L'avis express de Dup sur The Poet Empress de Shen Tao
L'AVIS DE DUP
Sous cette magnifique illustration que l'on doit à Kelly Chong se cache une fantasy épique puissante qui permet de dire clairement que les éditions Olympe ne publient pas que de la romantasy. J'avais déjà été surprise par les romans de M.L. Wang, et bien rebelote avec The Poet Empress. Surprise fort agréable par ailleurs.
Wei est l'aînée d'une fratrie nombreuse dont les membres meurent les uns après les autres, de malnutrition tant la famine est sévère dans la région depuis quelques années. Son père et elle se tuent aux rizières pour si peu de récolte, sa mère se prive à outrance pour les plus jeunes. Seul Bao son jeune frère résiste encore.
Wei est prête à tout pour les sauver et lorsque cette possibilité se présente, elle n'hésitera pas une seconde. Le second fils de l'empereur vient d'être promu héritier au dépend de son aîné, il doit se constituer un harem. Malgré sa basse extraction, malgré son manque d'atout féminin et son physique ingrat, elle arrivera à faire partie de cette première sélection et atteindre les portes du palais impérial.
Mais son calvaire est loin d'être fini ! Il va lui falloir apprendre les codes de ce nouvel univers et survivre au sein du harem, des manigances des eunuques et des autres concurrentes, de la jalousie de l'impératrice elle-même. Un véritable panier de crabes hautement dangereux.
Wei va découvrir que le pire reste à venir lorsqu'enfin le prince Terren la remarque, elle, l'insignifiante, au milieu des plus belles fleurs du pays. Parce qu'au milieu des crabes il s'avère au-dessus du lot, un scorpion mortel. Son attitude tout comme ses actes sont odieux, vraiment.
Tout cela reste classique, vu et revu... jusqu'à ce qu'on découvre le système de magie mis en place par l'autrice qui sort carrément des sentiers battus. Les princes développent un sceau avec des pouvoirs servant l'empire. Celui de Terren est celui de la guerre. Il manie toutes sortes de lames par la simple pensée. Et puis il y a une magie liée à l'écriture de sortes de poèmes qui est bluffante, même si elle n'est pas bien explicitée.
Wei est un personnage fort et déterminé. Elle va passer du statut de paysanne illettrée à celui d'une figure puissante au sein du palais. Cette progression est lente et se fera dans la douleur. On la suivra au plus près car elle est la narratrice de l'histoire. Et même si elle n'est pas toujours sympathique, on ne peut qu'éprouver de la compassion pour elle.
Le prince Terren, cet héritier tyrannique capable de tuer quelqu'un simplement parce que son thé a mal été servi, est un antagoniste d'une grande complexité. Le gap qui existe entre l'enfant doux, timide et attentionné et l'adulte cruel, maniaque paranoïaque est sidérant. Ses actes sont clairement impardonnables, et pourtant, plus on avance dans l'histoire et plus on se rend compte qu'il fait partie de ces monstres qui ont été créés. La vérité sur son "éducation" est glaçante et on arrive presque à développer de l'empathie pour lui !
Pour un premier roman, Shen Tao maîtrise son univers et son intrigue haut la main. Le fait que la seule façon pour Wei de réussir à tuer Terren soit d'écrire un poème sur lui qui vient du cœur sera le sel de cette histoire. Cela implique qu'elle doit le connaître parfaitement, voire l'aimer, alors même qu'elle le hait de tout son être pour ce qu'il lui a fait subir. C'est un véritable tour de force de l'autrice cet équilibre instable entre amour et haine.
J'ai adoré cette lecture profondément tragique, magnifiquement tragique devrais-je dire. L'accroche de la 4ème de couverture prend tout son sens une fois la lecture achevée : " Pour tuer un monstre, peut-être faut-il en devenir un...". The poet empress est un one shot et je ne peux que vous encourager à le découvrir. C'est un premier roman, inutile de dire que je serai au rendez-vous pour le suivant.
* Service de presse *


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