mercredi 3 octobre 2018

UN GRAND FEU DE JOIE - Partie 2/5








PARTIE 2/5




Ils s’engagèrent dans les escaliers qui menaient à l’une des caves de la maison forte. Merillac était rarement descendu à cet endroit. C’était le travail des servants. Et, il devait bien l’admettre, il détestait la noirceur du lieu. Même en ce moment, il se sentait plus à son aise au-dehors. Quelque chose ici lui rappelait la bête furieuse des contes de son enfance, celle dont le corps gluant glissait le long des murs sombres pour mieux s’enrouler autour du cou de ses proies. Ils parvinrent devant l’entrée. Le chef de garde était de plus en plus nerveux.

― Alors Hert ? Les hommes attendent dehors. Les orcs seront bientôt là. Il faut partir.

― Juste un moment, si vous permettez.

À l’aide du trousseau de clés fourni aux supérieurs, Hert ouvrit la porte. Elle grinça sur ses gonds, dévoilant une pièce longue et noire comme la nuit. Merillac frissonna malgré lui. Sur sa gauche, il aperçut quelques étagères, vieilles comme le monde. Elles avaient été vidées de toutes leurs jarres de vin, de leurs jambons séchés et de leurs réserves d’eau douce. L’odeur n’était pas aussi forte qu’à l’habitude, signe que l’endroit avait été visité durant les dernières heures.

― Hert…

― Par ici.

Le locanentes se dirigea vers le fond de la pièce. Soupirant, Merillac se décida à le suivre. Il constata que ses pas soulevaient une poussière lourde. Des poutres de part et d’autre du mur soutenaient la cave. Elles s’enfonçaient dans la terre comme les pattes d’une monstrueuse araignée. Les deux hommes dépassèrent un couloir et arrivèrent à une autre porte, que Hert ouvrit de nouveau. Ils parcoururent une quinzaine de mètres dans une obscurité presque totale. Autour d’eux, une épaisse couche de torchis jaunâtre s’étalait entre les pierres.

― Damnées catacombes, grogna Merillac. Qui vient encore ici ? On n’y garde rien. Même les corps embaumés des ancêtres d’Enguerrand ont été déplacés au cimetière.

Il y avait pourtant quelque chose. Au bout de quelques pas, Hert s’arrêta devant une forme haute recouverte d’un sac de toile. À cet endroit, une lumière pâle venue de la cave éclairait le lieu.

― Qu’est-ce que c’est que ça ?

Sans répondre, le jeune soldat saisit le tissu et, d’un geste large, le jeta au sol. Face aux deux hommes apparut un tonneau cerclé de métal. Il était barré d’un trait de peinture rouge sombre. Merillac eut un mouvement de recul.

― Qu’est-ce que cette chose fait là ?

Son gendre se tourna vers lui.

― Vous vous souvenez de ce matériel qu’on a fait venir d’Olangar il y a huit mois pour extraire le fer dans les collines de Bardoem ?

Merillac demeura immobile.

― La poudre noire… souffla-t-il. Celle que l’on croise avec du mildur. Je croyais que tout avait été utilisé pour entamer la roche.

― Presque tout. Il n’y avait plus que ce tonneau. Et vous savez comme moi qu’aucun noble de province n’est autorisé à conserver cette mixture explosive.

― Les lois d’Olangar l’interdisent. Enfant maudit, que s’est-il passé ?

Hert hocha la tête.

― Quand il s’est rendu compte qu’il restait de la poudre noire, le seigneur d’Enguerrand m’a demandé, avec quelques gars, de stocker le tonneau ici, et de tenir ma langue. Il pensait que ça pouvait être utile en temps de guerre.

― En temps de… Sang des dieux !

Le chef de garde recula d’un pas en fixant le tonneau.

― Et si quelqu’un avait découvert ça ?

― Aucun risque. Les servants n’ont pas la clé pour passer la seconde porte.

― Tu ne m’as pas prévenu ! rugit Merillac.

Son subalterne plissa les lèvres.

― Navré, Sigmon. Il se trouve que j’étais de surveillance à la carrière à ce moment-là. Si Hémon vous avait trouvé, c’est à vous qu’il aurait confié la mission de ramener le tonneau et c’est moi qui n’en aurais rien su. Ai-je eu tort ?

« Sigmon ». Il était rare que Hert l’appelle par son prénom, spécialement pendant les heures de garde. Merillac balaya l’air de la main.

― Par l’Enfant maudit, c’est d’Enguerrand qui a eu tort ! Jamais cette chose n’aurait dû se retrouver là ! Pense un peu… Les chambres d’Evyna et d’Andréan se trouvent dans cette tour ! Et le baraquement des gars est juste à côté !

― Aucun risque, répéta Hert. Rien ne brûle ici. Et… ce qui se trouve dans ce tonneau ne suffirait pas à flanquer le bâtiment par terre si ça explosait ici. Au-dessus en revanche…

Dans le noir des catacombes, Merillac s’immobilisa.

― Au-dessus ?

― Sigmon… Quand les orcs seront là, ils mettront la maison forte à sac et tôt ou tard, ils fouilleront les étages de la tour. Imaginez que nous condamnions tous les accès sauf la porte du bas qui donne sur les escaliers. Imaginez que ce tonneau se trouve dans le scrimvero et qu’il explose au bon moment.

Merillac ne bougeait toujours pas.

― Avec tous les livres que contient la bibliothèque, murmura-t-il. Enfant maudit… ça provoquerait un incendie terrible.

Hert lâcha un sourire froid.

― Un feu de mort pour eux, et un grand feu de joie pour nous.

Merillac pesta de nouveau.

― Ça implique qu’un gars reste là pour allumer la mèche, tu y as pensé ? Et par le sang des dieux, d’Enguerrand m’a confié la garde de la maison forte, il ne m’a pas demandé de la détruire !

― Je suis volontaire pour être celui qui fera exploser le tonneau, répondit Hert sur un ton calme. Quant à la maison forte…, ça me désole, mais si on ne le fait pas, les orcs s’en chargeront, vous le savez aussi bien que moi.

Les fumées d’Ymer.

Merillac s’en souvenait parfaitement. Il les avait vues dans le lointain : cela signifiait des morts par centaines chez les gars de la province voisine. Il regarda autour de lui, comme si le lieu avait déjà cessé d’exister.

― Un grand feu de joie, prononça-t-il, amer.




***




Le reste n’était que détails et Merillac n’essaya pas de dissuader Hert. Sans doute parce qu’une partie de son âme refusait aussi d’abandonner la place aux orcs sans combattre.

Comment s’échapper ? C’est simple. La chambre du lèniste donne sur la bibliothèque. La fenêtre n’est pas munie de barreaux. Un tracé de poudre suffisamment long… Une échelle de corde… J’aurai le temps de fuir. Laissez un cheval attaché au pont des daims, je le trouverai et je vous rejoindrai.
Les deux soldats ressortirent des catacombes et de la cave. À l’instant où ils passaient la porte, Merillac attrapa Hert par l’épaule.

― Écoute-moi bien ! D’accord pour ton plan. Deux gars vont t’aider à monter le tonneau dans le scrimvero et ils quitteront le lieu aussitôt. Mais par l’Enfant maudit, tu me promets deux choses. La première, c’est de ne pas en dire un mot à qui que ce soit, et surtout pas à Malek !

Hert acquiesça.

― Et la seconde ?

Le chef de la garde plongea son regard au fond du sien.

― Dès que tu as allumé cette mèche, tu déguerpis, tu m’entends ? Tu fiches le camp par cette fenêtre, tu descends et tu cours sans te retourner. Je ne veux pas que ma fille soit veuve à vingt ans. Et… pourquoi ?

Le jeune soldat tiqua.

― Je vous demande pardon ?

― Ce n’est pas ce lieu que tu as fait le serment de défendre. C’est sa population. Elle est loin. On est les derniers péquenauds à ratisser l’endroit. Le hameau est vide, notre travail consiste à renseigner Hémon sur ce qui arrive et à lui ramener tout ce qui se mange. Alors… pourquoi tu veux prendre ce risque ?

Cette fois, Hert ne sourit pas.

― Tout ce que j’ai eu, c’était ici. Cet uniforme. Ces galons. Votre fille. Je ne laisserai pas la charogne verte envahir la maison forte sans rien faire.




***




Quand il réapparut au grand air, les hommes virent que le chef de garde avait sa mine des mauvais jours. Ils l’ignoraient, mais le ceannere songeait à ce vieux conte de Malek Roken, celui où le commandant d’un navire de guerre se laissait sombrer avec son bateau dans la tempête. Ils ne le savaient pas non plus, mais Merillac pensait aussi à la bibliothèque, dans laquelle Hert Cassevar allait transporter un tonneau de poudre noire. Dans ses jeunes années, Sigmon avait eu la chance d’être initié à la lecture et à l’écriture par un prêtre des trois dieux, le prédécesseur du lèniste actuel. Très brièvement bien sûr. Encore maintenant, le vieux soldat butait sur certaines lettres. Le titre de certains ouvrages lui échappait. Mais grâce à son professeur, il s’était… intéressé ? Non, le mot était trop fort. Mais il avait passé du temps entre ces grandes étagères. Il avait feuilleté les livres. Et avant d’être happé par le métier des armes et la sécurité de la maison des Enguerrand, il en avait lu quelques-uns.

Celui des contes. Ce commandant de vaisseaux. Et il y avait d’autres histoires aussi. Celle du mercenaire qui pactisait avec l’Enfant maudit pour gagner une bataille. Celle du seigneur qui défiait un dragon des montagnes du Nord pour le cœur d’une belle dame.

Il se souvenait d’images. De détails. Face aux gardes qui le dévisageaient, il s’efforça de les refouler très loin dans son esprit.

Ils comptent sur toi. Hémon aussi.
Le vide et la solitude régnaient sans partage autour des soldats et des quelques paysans présents dans la cour de la maison forte. Une triste cour sans cages aux poules, sans enclos ni bestiaux, sans les incessants défilés des maraîchers et des lavandières. Il fallait garder les hommes en mouvement. Et, sang des dieux, les faire partir dans l’heure. Merillac tendit le bras vers les caisses encore au sol.

― Où en est le chargement ?

― Presque fini, répondit l’un des jeunes enrôlés. Mais ça pèse sérieusement sur les carrioles. Il va falloir attacher ça.

― Alors, faites-le ! aboya le chef de garde. Et toi, et toi…

Il désignait deux des soldats. Des gars dont il savait qu’ils ne poseraient pas de question.

― Filez en cuisine. Hert a un travail pour vous.

Ils s’exécutèrent tandis que Merillac empoignait une caisse. Malgré lui, il leva les yeux vers la fenêtre de la bibliothèque.

Quand même, c’est moche… Faudrait pas au moins que je m’en occupe moi-même ?
Ça ne l’effrayait pas. Et il y avait cette tentation de faire tomber lui-même la tour sur les bêtes sauvages qui envahissaient le royaume. Mais non, il ne le pouvait pas. Il avait juré à Hémon qu’il escorterait et protégerait le dernier convoi en partance de la maison forte. Pas question de laisser les hommes quitter le domaine sans lui. Quant à Hert…

… Hert, Enfant maudit…
… c’était un bon bretteur, un sacré combattant. Il était vif et souple. Il n’aurait aucune difficulté à faire ce qu’il avait annoncé puis à rejoindre très rapidement la petite troupe. Lui pouvait prendre le risque. Et ses arguments…, eh bien, ils n’étaient pas dénués de sens ni de logique. Les orcs allaient évidemment explorer la tour. On pouvait en tuer vingt, ou peut-être trente avec de la chance, en faisant sauter le tonneau dans la bibliothèque au bon moment. Quelques dizaines d’ennemis contre un bâtiment qui serait incendié de toute façon. Cela en valait la peine.

Les livres.
Sigmon grogna. Il saisit une autre caisse et la chargea dans la carriole la plus proche en serrant les dents. Il n’avait pas peur de rendre compte de l’action d’Hert devant Hémon d’Enguerrand. Mais à cet instant, le vieux soldat redoutait de croiser le regard de Malek, qui était venu prêter main-forte aux hommes dans la cour.




***

La suite mercredi prochain


mardi 2 octobre 2018

Interview participative de Clément Bouhélier # 1





Il est prêt, il piaffe, il voulait même tricher et avoir les questions avant le 1er octobre... :)
Nous aussi nous sommes prêtes !
Je vous laisse découvrir sa PRÉSENTATION et la SURPRISE qu'il nous a concoctée !

Petites remarques : Vu la taille de la présentation, on l'installera ensuite sur un billet à part, elle ne suivra pas chaque page de l'ITV.


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Hello à toutes et à tous !


Je m'appelle Clément, je suis né à Besançon, je vis à Lyon, et après quelques années passées dans la presse locale et le milieu associatif, j'ai rejoint le monde du référencement web. J'écris le soir et le week-end et...


... on s'en fout.

Pardon ?

... ferme-la ! Très sincèrement; est-ce que tu penses que quelqu'un en a quelque chose à faire ?

Bah c'est une interview alors je me disais...

Rien du tout ! Fais ce que tu sais faire, ça suffira.

Non mais dites donc, c'est mon interview et ça ne m'arrive pas si souvent, alors j'ai le droit d'en profiter un peu ! Déjà, vous allez être poli... et d'ailleurs, qui êtes-vous ?

La petite voix dans ta tête. Et celle que tu glisses en italique dans tes bouquins pour que le lecteur se glisse, lui, dans la tête de tes personnages. Je suis bien pratique et tu as tendance à abuser un peu de moi... Comme des points de suspension d'ailleurs... (tu vois ce que je veux dire, hein...). Bref, il est de bonne guerre que je te rappelle à l'ordre.

Euh... Quand même...

Arrête avec les points de suspension ! Et arrête de parler de toi, je te dis que ça n'intéresse personne !

Quand vous dites "Fais ce que tu sais faire"...

Raconte-leur des histoires, pas TON histoire ! C'est ce qu'ils veulent, ce qu'ils attendent ! Et c'est légitime non ? Ce putain de monde file vers le gouffre. Qui sait ce qu'il en restera dans quelques dizaines d'années ? Alors en attendant, on a bien le droit de rêver un peu. De tirer le rideau entre soi-même et le quotidien de temps en temps. Et puis, faire lire, c'est aussi avertir.

Donc, vous voulez que...

... tu écrives ! Ni plus ni moins. Que tu fasses entrer autant de rêve que possible dans leur vie, et que tu les invites à lire encore, à lire plus, à lire les bouquins des copains et de tous les autres. Surtout dans le domaine de la SF et du fantastique, parce que le genre est quand même méchamment maltraité, alors même qu'il ne cesse de hurler ce qu'on devrait tous entendre.

Bon, admettons... ça tombe plutôt bien, il se trouve que j'ai quelque chose sous la main. Une nouvelle.

Pourquoi tu n'as pas commencé par ça ? Tu ne penses pas que ça leur plaira davantage que ta petite vie ?

C'est-à-dire que je ne suis pas trop sûr de moi. C'est ma première véritable nouvelle. Je n'ai pas la prétention de penser qu'elle avertit, ou quoi que ce soit de ce genre. Disons qu'elle fait un clin d'oeil à ceux qui aiment lire, et elle rappelle qu'on peut tous avoir un rapport aux livres.

Elle parle d'Olangar ta nouvelle, c'est bien ça ?

Oui, elle se passe dans le même univers que les deux livres qui viennent de sortir, "Bans et Barricades". Ça se déroule quelques années avant, il y a des personnages du roman qui apparaissent.

Bien, ça devrait faire l'affaire.

Donc, je leur donne, vous êtes sûr ?

Tout à fait. Ton ambition, c'est de leur raconter des histoires, non ? Du mieux que tu peux ?

Oui, je pense. C'est vrai que si au passage, les droits d'auteur pouvaient être un peu plus...

Ce n'est pas leur problème. Donne-leur ta nouvelle je te dis !

Bon. Mais avant, ça me semblerait bien de remercier Bookenstock non ? Parce qu'il y a beaucoup de gens très talentueux qui écrivent, alors le fait de me choisir, c'est flatteur.

... euh, oui. Ca oui, tu peux.

Eh bien... merci à vous, Dup et Emma ! Je vous le redis, c'est vraiment gentil de m'avoir choisi pour ce "mois de..." ! Et, toi... Je veux dire vous... vous savez, il se peut qu'il y ait des questions. C'est le principe du "mois de..." sur ce site.

D'accord, mais pas besoin d'anticiper. Laisse les lecteurs décider de ce qu'ils veulent savoir ou pas.

Ça me va. Dites, puisque vous êtes là, vous ne voudriez pas leur présenter la nouvelle en deux mots ?

...


Je me permets de vous demander parce que je raconte mal. Enfin, quand je n'écris pas, c'est plus compliqué. Et comme vous avez l'air à l'aise avec ça...

OK OK ! Ils sont tous là ?

Je crois...

Bien. Alors... (ah cette manie des points de suspension, ça devient pénible, j'ai pris le TOC aussi !).

... imaginez Olangar, la capitale d'un royaume où se côtoient Elfes, Nains et Hommes. Imaginez un monde qui s'industrialise, qui étend ses constructions de fer dans les campagnes, qui commence à briser ses travailleurs pour le luxe de quelques puissants. Et imaginez qu'une menace pointe à l'horizon. Une armée a débarqué à l'Ouest. Ses soldats sont de monstrueuses masses de muscles. Ils avancent vers les vieilles provinces du Sud. Ce sont des sauvages. Des barbares. Des ignorants. Du moins, c'est ce que l'on dit. Et ils arrivent. Les Orcs arrivent.



Une nouvelle de CLÉMENT BOUHÉLIER


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Place aux questions !



Dup:

Preum's !

Bonjour Clément,

Dis moi quel western as-tu regardé en boucle pour nous transcrire une attaque à cheval d'un train vapeur si grandiose ? C'est une question qui me titille depuis ma lecture en apnée de ce passage !


Clément:


Eh bien j'en ai bouffé du western, et pas qu'un peu, mais très sincèrement, je n'arrive pas à me souvenir d'une seule scène d'attaque de train ! Vraiment.

Sauf erreur de ma part... Pas dans Rio Bravo, pas dans La prisonnière du désert, pas dans La charge héroïque, pas dans Le fils du désert, pas dans Fort Alamo, pas dans Il était une fois la révolution, pas dans Les sept mercenaires, pas dans High noon, pas non plus dans les westerns spaghettis avec Clint Eastwood (mais là, peut-être que je fais une erreur), pas davantage dans les oeuvres plus récentes (Josey Wales, Mort ou vif...), pas dans Mon nom est personne... et même pas, je crois, dans 3h10 pour Yuma.

Bon sang Dup, ça me vient d'où ? Quand même pas de la Ballade des Daltons ? :) Peut-être que ça n'a rien à voir avec un western en fait. Il y a une scène d'attaque de train dans Le Tour du monde en 80 jours de Jules Verne dont je me souviens assez bien. Peut-être que c'est ça. Sinon... je ne vois pas.

Je crois que c'était surtout une scène nécessaire. Il me fallait une longue chevauchée durant laquelle mes personnages principaux échangent et apprennent à se connaître. Mais il n'aurait pas été crédible qu'ils partent à cheval, étant donné que le train est le moyen de transport le plus utilisé dans le royaume d'Olangar. Donc, d'une manière ou d'une autre, il fallait que le train ait un problème.

Je me suis en tous cas bien amusé à l'écrire. (ATTENTION, SPOIL DANS CE QUI SUIT) C'est un moment électrique, durant lequel les deux héros doivent coopérer pour faire face aux hommes de la pègre lancés à leurs trousses. Mais ça n'est pas qu'un affrontement : c'est aussi le moment durant lequel le passé refait surface pour Torgend d'une manière qui n'est pas négative. D'une certaine manière, c'est le premier pas vers sa "guérison".


Bonjour Clément
J'ai vu une interview vidéo récente où le journaliste parlait de plusieurs tomes dans le même univers qu'Olangar. Qu'en est il vraiment? L'univers s'y prête bien et j'ai très envie de lire d'autres aventures dans ce monde.

Clément:

Bonjour. Oui, j'ai vu cette vidéo aussi et c'est plutôt marrant de voir ce qu'Olangar a suscité ! Par contre, même si je remercie beaucoup le libraire pour sa présentation du bouquin, je ne sais pas d'où vient cette "information". Deux par an, ce serait un sacré challenge...

Cependant, même si les livres n'arrivent pas à ce rythme-là, je suis le premier à avoir envie de continuer à explorer cet univers. Il y a certains personnages qui ont encore des choses à faire, et encore des aventures à vivre. Il y a d'autres thématiques possibles, d'autres parties de ce monde à révéler. Et d'un autre côté, il y a les origines de ce royaume, c'est également une piste que j'ai envie de suivre.

Bref, je ne peux pas vous en dire plus pour le moment... mais sauf accident, oui, il y aura d'autres Olangar ;)


Bonjour,
ici on veut tout savoir... On dit "tu" ou "vous" ?... (moi aussi j'aime les points de suspension) ça vire vite au tu sans qu'on tue les auteurs !
On veux savoir si c'est plutôt café ou thé, gourmandises sucrées ou salées...
Après on aborde des questions plus compliquées !
Bon mois à tous !


Clément:

Bonjour. Ah, voilà, les questions intimes... Je les redoutais ! Café ou thé donc... les deux mon général, ça dépend du moment de la journée et de l'humeur. Côté gourmandises... plutôt sucrées. Et si tu me promet que le "tu" ne tue pas, alors oui, on peut se dire "tu" :)


Super ça commence !
Bonjour Clément et bienvenu ;)
Perso je n'ai pas encore lu Olangar mais je me suis déjà fait happée par Chaos et Passé déterré. Je voulais savoir si c'était facile pour toi de passer d'un style à l'autre : entre SF, Fantastique et Fantasy, tes livres touchent à beaucoup de genres différents et vu les commentaires, des changements réussis !


Clément:

Eh oui, c'est parti, me voilà sur le grill de Book en Stock ! En fait, la question du style ne se pose pas trop, dans la mesure où je n'ai pas le sentiment de varier beaucoup. Dans Olangar, même s'il s'agit d'un roman de fantasy, il y a une véritable enquête. Une double enquête même, puisque l'on suit à la fois le tandem Evyna / Torgend et les Nains de la Confrérie. Les personnages principaux sont confrontés à un complot d'ampleur, mais la motivation première d'Evyna est la vengeance : elle traque un coupable. Pour cela, accompagnée de Torgend, elle remonte une piste, elle trouve des indices, elle croise des informations... et les Nains font la même chose de leur côté. Cette part du roman justifiait selon moi une écriture inspirée des codes du thriller.

Ce choix m'a énormément facilité les choses : cela permet de se glisser plus facilement dans la tête des personnages, et donc de les dévoiler davantage, de les complexifier et (j'espère...) de les rendre à la fois accessibles et attachants.


Bonjour Clément, et la petite voix dans la tête... (moi aussi j'abuse des points de suspension un peu trop souvent oups) Une présentation géniale ! Du coup vous êtes nombreux dans ta tête? 


Clément:

J'allais dire : "Nous ne répondrons pas à cette question et nous nous réservons le droit d'appeler nos avocats !" Mais rétablissons la vérité : nous sommes bel et bien plusieurs dans ma tête... mais c'est moi qui commande, donc tout va bien ;)

Ceci dit, c'est peut-être nécessaire d'avoir ces petites voix dans la tête quand on écrit des bouquins... du reste, c'est peut-être nécessaire pour tout le monde ? Si on ne pouvait pas se réunir et dialoguer de temps en temps avec nous-mêmes, on s'ennuierait, non ?
lundi 1 octobre 2018

UN GRAND FEU DE JOIE - Partie 1/5







Un grand feu de joie








Une nouvelle dans l’univers d’Olangar

Bans et Barricades – Tome I (août 2018)
Bans et Barricades – Tome II (septembre 2018)









"… goose-stepping morons like yourself should try reading books
instead of burning them !"

(Professor Henry Jones – Indiana Jones and the Last Crusade)






― Les orcs arrivent !

Le cavalier entrait par la grande porte. Son cheval garda le galop en traversant la cour de la maison forte, et ne s’arrêta que devant les charrettes stationnées au pied de la palissade sud. L’après-midi était avancée. Le soir commençait tout juste à étendre ses ombres sur le hameau tout proche des murailles. À l’arrivée de l’homme, les quelques soldats et les paysans cessèrent aussitôt de charger les caisses de légumes secs et de viande salée sur les carrioles. Ils se précipitèrent vers le messager : celui-ci tomba de sa monture plus qu’il n’en descendit.

― Ils sont à Angerac ! Moins de trois heures d’ici !

Il n’était pas blessé. Mais il paraissait épuisé. Ses mains tremblaient. Pas seulement ses mains en fait. Tout son corps. Ceux de la place forte ne le connaissaient guère, mais ils l’avaient déjà vu à plusieurs reprises. L’homme servait dans la petite baronnie de Gern, toute proche. Il était éleveur, assez riche pour posséder sa propre bête, et il portait parfois les nouvelles entre les provinces. Hémon d’Enguerrand – le seigneur de ces terres et de la maison fortifiée – le rémunérait pour savoir ce qu’il se passait chez ses voisins.

Hert Cassevar se détacha du groupe de soldats. À vingt-trois ans, le locanentes – « second » dans le patois local – commandait les cinq hommes du mur nord, sous l’autorité du chef de garde Merillac. Il en faisait beaucoup pour paraître à la hauteur. Sans doute trop : il redoutait par-dessus tout qu’on le soupçonne de favoritisme. Depuis deux ans, il était le gendre de Merillac. Il s’imposait les mêmes exercices qu’au reste de la troupe, il prenait les quarts les plus tardifs. Et il soignait son allure en toutes circonstances, en coiffant ses cheveux bruns mi-longs, en se rasant de près, et en brossant toujours son uniforme avant ses rondes. Ses efforts payaient : les soldats de la maison forte d’Enguerrand appréciaient le locanentes. Moins que le chef de garde lui-même bien sûr, mais on ne pouvait guère prétendre à la renommée de Merillac : lui avait connu l’époque des batailles entre les provinces du Sud et il s’y était distingué.

Cassevar arriva à hauteur du cavalier.

― Enfant maudit, garde l’équilibre camarade !

Il plia les genoux et passa l’un de ses grands bras sous les épaules du messager qui menaçait de s’écrouler. Le pauvre gars était pâle comme la mort. Avait-il vu les orcs ? Ou seulement quelques flammes annonçant la présence de la Horde qui, depuis des semaines, déferlait sur le pays ? En tous les cas, la peur semblait le paralyser. Un instant, Hert hésita à lui demander confirmation. Il y avait une quinzaine d’hommes autour d’eux. Pas uniquement des soldats. Mais…

… Hémon d’Enguerrand a fait évacuer la populace, nous sommes les derniers…

… mieux valait être fixé vite.

― Les orcs, tu en es certain ?

Le messager demeura immobile un moment. Il ferma les yeux et, l’espace d’une seconde, quelque chose se joua derrière ses paupières.

Le fer des cuirasses et des haches. La vague mortelle sur les remparts d’Angerac.

Il hocha la tête mécaniquement.

― Des dizaines de Peaux-Vertes. Une avant-garde.

Il trembla de nouveau et hoqueta avant de reprendre.

― Ils nous sont tombés dessus sans… sans qu’on les voie venir.

― Que s’est-il passé ? Vous n’étiez pas prêts à vous battre ?

Le cavalier leva les yeux vers Cassevar.

― Même si on l’avait été, ils nous auraient massacrés. Ils étaient des dizaines. Ceux qui ont pu ont fui vers les montagnes. Les autres…

Il s’interrompit.

La mare de sang en un instant. Les cris… horribles.

Les soldats autour des chariots échangèrent quelques regards. Hert repéra des interrogations et surtout une peur lourde. Aucun n’avait jamais vu d’orc. Mais par l’Enfant maudit, ce que l’on colportait à leur sujet…

… verts sombres, hauts comme un homme et demi, larges d’épaules…

… cela faisait froid dans le dos. Pas étonnant qu’Hémon d’Enguerrand ait pris ses dispositions pour la population. Lui s’était montré prévoyant quand était arrivée la nouvelle du débarquement des orcs à Dionas, le port de l’ouest, et la progression de l’ennemi à travers le royaume, en direction des provinces.

Le locanentes n’eut pas le temps de réagir aux annonces du messager. Une voix claqua dans son dos.

― Reprenez votre tâche !

Tous se retournèrent. Sigmon Merillac se tenait dans l’ombre de la porte qui donnait sur la palissade sud. Comme à son habitude, il avait attaché ses longs cheveux blanc-gris au niveau de sa nuque. Il portait son uniforme bleu nuit de chef de garde. Malgré ses soixante-cinq ans et les rides qui couvraient son front, il entretenait sa musculature : à la lutte, il l’aurait encore facilement emporté contre n’importe quel homme du pays. Sa large moustache filait sous la commissure de ses lèvres. Il disait qu’il s’était marié ainsi et refusait de la couper. Même Hémon d’Enguerrand, disait-on, n’avait pu l’y forcer.

Sa voix grave avait résonné dans la cour. Aussitôt, les soldats et les paysans se remirent à empiler les caisses sur les charrettes. Ils n’avaient pas moins peur. Mais aux ordres du chef de garde, on réagissait en toutes circonstances.

Merillac désigna le messager.

― Hert, emmène celui-ci en cuisine et fais-lui boire un peu de bière noire, ça le requinquera !

Puis, comme certains lui jetaient des regards craintifs, il rugit.

― Et alors, quoi ? Vous n’avez pas vu les fumées à l’ouest il y a deux jours ? Ymer a brûlé ! Vous pensiez que les orcs obliqueraient vers le Ménil ? Qu’ils nous épargneraient ? Eh bien ravalez vos espoirs ! Le seigneur d’Enguerrand a mené le peuple vers les monts du Sommeil, c’est là que nous irons aussi ! Parce que ça nous permettra de rester en vie, tous autant que nous sommes.




***




Malek avait observé la scène depuis la fenêtre du scrimvero. Accolé à la bibliothèque installée dans la tour de la palissade sud, le lieu offrait une vue sur la cour, et permettait d’entendre tout ce qui s’y disait ou presque. Le prêtre lèniste n’avait rien manqué de l’arrivée du cavalier ni de l’échange qui avait suivi.

Par les trois dieux…

Il ne croyait pas aux prophéties catastrophistes de certains de ses pairs, qui voyaient dans l’invasion orque le signe d’une faute des hommes. Il avait assez lu et étudié l’histoire d’Olangar pour savoir que les guerres naissaient de la politique et non d’une quelconque volonté divine. Et pour avoir assisté au long conflit entre les provinces du Sud plusieurs années en arrière, il ne connaissait que trop bien les conséquences des batailles pour le peuple.

Cette fois…

Cette fois, ce serait pire encore. Si la moitié de ce que l’on racontait sur la Horde était vraie, ce serait comme si l’Enfant maudit lâchait ses chiens de feu sur le pays tout entier. À un peu plus de quarante ans, Malek avait toujours habité ici, parmi les petites gens, prêchant la parole de Diom et donnant les offices quand il ne se retirait pas dans la bibliothèque pour étudier et écrire. Depuis deux décennies, il le constatait, la communauté vivait paisiblement. Les soubresauts de la révolution d’Olangar, qui avait eu lieu quelque quatre-vingts ans plus tôt, paraissaient enfin céder la place à une période d’accalmie. Bien entendu, le risque de disette ne se trouvait jamais bien loin : dans les terres encore agricoles du Sud, il suffisait d’une mauvaise récolte pour faire naître les famines. De temps à autre, la diarrhée rouge faisait des ravages dans les campagnes. Et la possibilité d’un nouveau conflit entre l’une ou l’autre des provinces n’était pas à exclure. Cependant, bon an mal an, on vivait bien. Les paysans pestaient contre l’industrialisation galopante et contre ces grandes manufactures qu’on appelait de plus en plus fréquemment usines, mais grâce au progrès, ils s’équipaient désormais d’outils de meilleure qualité pour le travail des champs. On mangeait davantage qu’avant. On se soignait de mieux en mieux. Les enfants étaient moins nombreux à mourir en bas âge. Chaque fin de semaine, on dansait sur la place du hameau, et ces temps-ci, il n’était pas rare que de jeunes couples se forment.

Voir tout cela détruit. Voir les terres d’Enguerrand ravagées.

Malek ferma les yeux. Il avait prié longuement. Il avait imploré les trois dieux. Il avait scruté l’horizon des heures durant, en espérant qu’apparaissent au loin les bannières de l’armée royale d’Olangar. Mais, semblait-il, le chancelier Pierre d’Argencour garderait ses soldats derrière les murs de la capitale.

Si nous survivons à cela, rien ne sera plus pareil. Si des troupes ne sont pas envoyées pour protéger les provinces, le Sud haïra la capitale plus encore qu’aujourd’hui.

Mais l’heure n’était pas à imaginer l’avenir. Pas plus qu’elle n’était à la prière. Au pied de l’autel, les lamentations n’avaient pas été entendues. Ou alors, comme le martelaient certains prêtres, ce qui arrivait était la volonté des trois dieux. Il fallait penser au présent : entasser toute la nourriture possible sur ces chariots et fuir vers les monts du Sommeil où une grande partie de la population d’Enguerrand avait déjà trouvé refuge.

Malek se détourna de la fenêtre du scrimvero.

Face à lui se trouvait la table sur laquelle il avait noirci tant de pages. Et autour, la bibliothèque. Elle s’étendait sur toute la largeur des murs, grâce à des armoires taillées sur mesure. Deux ans plus tôt, le lèniste avait convaincu Hémon d’Enguerrand de l’élever sur un étage supplémentaire. La chose n’avait pas été très difficile : le seigneur aimait les livres presque autant que son prêtre. Il y voyait, disait-il, « la forge de l’avenir », tout particulièrement pour Andréan et Evyna, ses deux enfants.

Là, entre ces ouvrages qu’il ne laissait jamais se couvrir de poussière, Malek parvenait à une forme de paix intérieure. On le disait capable de dénicher un livre les yeux fermés entre ces murs et il en riait. Non, il ne le pouvait pas. Quoique… Peut-être. En tous les cas, la chose était vraie pour les ouvrages de psaumes et ceux qui concernaient la théologie. Il les avait lus et relus.

Et il y en a bien d’autres que tu trouverais les paupières closes. Les légendes d’Olangar dont tu t’inspires pour raconter les histoires du soir aux enfants d’Hémon et à ceux du hameau. Les récits de la création du royaume. Les poèmes de Ramelo. Les ouvrages scientifiques de Thorar d’Ambran.

Malek respira profondément, comme pour s’imprégner de l’odeur de la bibliothèque et du scrimvero, qu’il allait quitter sous peu. Bien entendu, malgré une excellente entente et une complicité de longue date, le seigneur n’avait pas laissé le choix à son prêtre. Celui-ci avait pourtant supplié.

― Juste quelques ouvrages, Hémon…

― Il n’en est pas question, Malek. La nourriture, les armes. C’est tout ce que l’on mettra dans les chariots.

― L’histoire de la province, celle de tes ancêtres…

― Non, ce qui est vital uniquement. Sinon le peuple pourrait croire que les livres passent avant lui. Cela me déchire le cœur autant qu’à toi, mais tu ne prendras pas un seul de ces ouvrages.

Malek traversa la pièce au pas de course malgré ses sandales et sa bure. Abandonner la bibliothèque. Le scrimvero. Tout cela… Il préférait ne pas y songer.




***




Ceannere, vous avez un moment ?

Hert sortait de la cuisine. Il avait aperçu Merillac dans le couloir sombre qui menait aux escaliers de la tour. Cela tombait bien : il tenait à lui parler. En public, Hert ne cessait jamais de lui donner du ceannere, le mot que les habitants employaient pour désigner le principal responsable militaire d’une place forte. Là, alors que personne n’était en vue, il aurait pu s’abstenir, mais le jeune soldat espérait que le chef de garde comprendrait : il souhaitait évoquer un sujet grave.

Le locanentes s’avança de quelques pas. Merillac avait supervisé toutes les opérations de dernière minute, mais pas seulement. Depuis le départ du seigneur d’Enguerrand, de ses deux enfants, et de la plus grosse partie des villageois, il s’était efforcé de maintenir un semblant d’existence entre les murs. Avec la fuite générale, tout était devenu silencieux. Pas de chants d’hommes et de femmes au labour. Pas de cris de gamins dans la cour. Pas de fracas de marteau sur l’enclume du forgeron. Pas de hennissements des chevaux aux écuries. Le néant les avait happés. Les odeurs aussi s’en étaient allées. Point de foin, de puanteur de fumier, ou de senteurs venues des récoltes. La maison forte et son village paraissaient avoir banni la vie, comme si les orcs avaient commencé le carnage avant même leur arrivée.

Ceannere, j’ai discuté avec quelques hommes. Fuir devant les Peaux-Vertes… pardonnez-moi l’expression, mais ça nous écorche la gueule.

Le chef de garde le reluqua de la tête aux pieds.

― Vous préférez attendre que les orcs vous écorchent tout court ? Vous n’avez pas entendu assez d’histoires ?

Hert secoua la tête de dépit.

― On sait. On le sait tous. Mais par l’Enfant maudit, il y a quelque chose à faire avant d’abandonner le domaine.

Dans la pénombre du couloir, le regard de Merillac s’alourdit. Durant un instant, le locanentes vit le beau-père et non plus le supérieur.

― Ce n’est pas la première fois qu’on doit laisser derrière nous la ville et la maison forte, insista le vieux soldat. Il y a dix ans, pendant la guerre des provinces, on l’a fait.

― Sauf qu’à l’époque, les mercenaires d’Aurémon ne sont jamais arrivés jusqu’ici. Mais les orcs débouleront dans quelques heures et on dit qu’ils brûlent tout sur leur passage. Cette fois, quand nous reviendrons des monts du Sommeil, il n’y aura plus rien. Tout cela…

Il n’acheva pas sa phrase. Instantanément, le visage de Merillac retrouva ses traits durs.

― Écoute-moi bien. On a parlé de l’armée des elfes qui accourait pour nous porter secours et elle n’est pas là. On a parlé des soldats du chancelier et ils ne sont pas là non plus. Alors merde aux oreilles en pointe et merde à d’Argencour ! La vérité, c’est que les orcs sont des milliers et que nous comptons péniblement une centaine de gars capables de tenir une épée. Si on restait, on se ferait tailler en pièces comme ceux d’Ymer et d’Angerac.

Il vit la lueur dans les yeux de son subalterne et désigna la raie de lumière au bout du couloir.

― Tant que les hommes et les femmes vivent, on peut rebâtir.

Il y eut quelques secondes de silence. Que Hert rompit.

― J’ai pensé à quelque chose, ceannere. Si vous voulez me suivre.




***

La suite mercredi prochain

PARTIE 2/5




Bibliographie de Clément Bouhélier







Par ordre chronologique de parution d'un fidèle des Éditions Critic :))












Les chroniques
Phooka







samedi 29 septembre 2018

La couv du prochain Manon Fargetton chez Gallimard jeunesse !



En grand, pour son originalité !



Sortie prévue le 18 octobre !



Le pitch :

“ Deux lignes d’explosions ravagent la Terre. Nul n’en connaît l’origine mais, quand elles se rejoindront au large de notre côte atlantique, notre monde sera détruit. Sur les routes encombrées de fugitifs qui tentent en vain d’échapper au cataclysme, six hommes et femmes sont réunis par le destin. Ensemble, ils ont dix jours à vivre avant la fin du monde...”