mardi 21 mai 2024

LA SONDE ET LA TAILLE de Laurent Mantese

 

Éditions Albin Michel Imaginaire
624 pages
24.90 euros



Les informations sur le site des éditions Albin Michel Imaginaire






☇ L'avis éclair de Phooka sur La sonde et la taille  ☇



Un retour en Hyperborée aux côtés d'un Conan vieillissant et malade mais qui n'a rien perdu de son chien.
C'est violent et rude.
C'est une énorme claque.


L'AVIS DE PHOOKA:




    Quelle claque, bon sang mais quelle claque. Grande fan de Conan depuis toute petite, j'avais lu tout ce qui était sorti chez Neo et J'ai Lu à l'époque. J'adorais son univers sombre, violent et sans concession. Évidemment j'ai vu (et revu et rerevu) les films de MiliusDepuis, je ne m'y suis jamais replongée, gardant cette lecture comme une madeleine de Proust (un peu sanglante la madeleine mais bon ...) . Quand Albin Michel Imaginaire a commencé à teaser la sortie de La sonde et la taille, j'avoue avoir hésité. Hésité parce c'est Conan et que j'avais peur de ne pas retrouver l'univers de "mon" héros tel que dans mon (lointain) souvenir. Hésité aussi parce que le pitch annonçait un Conan vieillissant et malade (un peu comme moi du coup ...) et que je n'avais pas envie de le voir vieillir signifiant mon propre vieillissement aussi (oui je sais appelez un psy si vous voulez). Bref ... Mais le discours de Gilles Dumay, qui disait en substance que le roman l'avait scotché, m'a incité à me lancer.

    Dès les premiers pages j'ai su que le roman allait me plaire. Tout y est: la violence sans concession, la noirceur, la mort dont dépend la vie (ou l'inverse), les grandes étendues, les mystères et Conan. Conan, le roi des Sept Nations. Un roi vieillissant et malade que les discours politiques et autre salamalecs ennuient toujours autant. D'autant plus qu'il souffre et qu'il doit serrer les dents sur le trône pour écouter ses sujets tergiverser et essayer de l'entuber parce qu'ils pensent tous qu'il est sénile. Mais Conan reste Conan et quand il faut taper du point sur la table il le fait. Pourtant il n'aspire qu'à une seule chose: qu'on lui foute la paix. Bon il a toujours été comme ça notre barbare. Pas causant, préférant les actes aux paroles. Mais Conan est las et malade. Il a du mal à garder sa grande carcasse debout, il souffre. Il est vraiment très vieux et il sait qu'il va mourir bientôt et pas d'un coup de hache. Pourtant il veut régler les problèmes avant de partir. Une dernière fois. Un dernier baroud. À sa façon. Mais le temps presse, parce que les ennemis sont aux portes et justement du temps, il ne lui en reste de toute façon plus beaucoup. Heureusement, il peut compter sur son ami de toujours Tokaiev, son Khajym et sur son capitaine de la garde royale,Cassius. Et Conan a un trésor qui lui donne la force de survivre: son fils adoptif, Colin. Colin c'est la touche de ciel bleu dans un univers de tempête. Petit, difforme, un peu idiot (pas qu'un peu d'ailleurs), il est l'étincelle, le minuscule rayon de soleil de tout le roman et de tout l'univers de Conan. Il permet de croire en l'humanité. Colin et ses chèvres, c'est un diamant brut au milieu du charbon. Les gens s'entretuent oui ... mais il y a Colin. Il reste donc une chance pour l'humanité.

    Le récit se resserre sur quelques jours, quelque part en Hyperborée chaque action est détaillée, expliquée avec une profusion de mots qui visent toujours juste. On y retrouve l'hypocrisie des prêtres et des ducs. Rien ne change en ce bas monde, Conan a toujours des comptes à régler avec ceux-là! De nombreux personnages jalonnent ce roman, tous très différents mais pourtant ils se fondent parfaitement dans le décor. Ils ont tous leurs attentes, leurs envies et ils constituent la trame du récit. Une trame au-dessus de laquelle trône Conan qui malgré sa décrépitude a encore la mainmise sur tous. Ou presque ... Et ça il doit le régler urgemment. 

    Alors comme au bon vieux temps, quand Conan tuait à tour de bras, le sang va couler. Mais pas que le sang d'ailleurs, toutes sortes de fluides corporels vont vous éclabousser au cours de cette lecture. Parce que la mort n'est pas propre et léchée. Elle ne l'a jamais été dans les romans d'Howard. Les blessures sont horribles, la souffrance toujours présente, la déchéance et la mort sont contées par le menu. Ne croyez pas que cette violence soit du voyeurisme ou autre artefact pour attirer le lecteur. Non loin de là. Tout ceci fait partie intégrante de l'univers du Cimmérien. Ça l'a toujours été et ça le reste. Et c'est l'atmosphère si particulière de ce roman, mais aussi du monde dans lequel évolue Conan en général.

    La question à laquelle il m'est plus difficile de répondre: faut il connaître l'univers de Conan avant de se lancer dans cette lecture? Sans doute pas. Idéalement si vous avez au moins vu les films avec Schwarzenegger, ce serait une bonne chose, histoire d'avoir une idée du contexte. Mais même sans, il est parfaitement possible de s'immiscer dans ce récit, grâce au talent de Laurent Mantese qui au delà d'un récit à propos de Conan, crée une atmosphère incroyable, noire, brute et féroce, sans le moindre soupçon de bonté ... sauf Colin, cette petite lumière qui brille au fond des ténèbres. C'est de la fantasy épique comme il y en a peu ces derniers temps (ou du moins comme j'en lis peu ces derniers temps). C'est une grosse claque dont on se remet difficilement. Pour un premier roman, il faut reconnaître que l'auteur a dû taper fort. Très fort même.

La sonde et la taille est un roman de fantasy épique dont vous vous remettrez difficilement et si le voyage au fil des pages est rude et douloureux, il n'en restera pas moins un voyage extraordinaire que vous n'oublierez pas de sitôt. 

Je vous conseille de lire la très belle chronique de Just a Word qui donne moult détails si vous n'êtes toujours pas convaincu. 



dimanche 19 mai 2024

Semaine 20/2024 sur Bookenstock [bilan]

 

Ohlala, ça sent le relâchement pré-Imaginales par ici, il a fallu que je me batte pour pouvoir vous faire ce mini bilan... Bon, ok, pas grand chose à annoncer, juste rappeler les quatre chroniques sorties par mes mémés, comme d'hab.

Deux CC pour Dup, un presque CC pour Phooka et une déception.

  • 1er CC : Le royaume de Pierre d'Angle Tome 3 de Pascale Quiviger : Les adieux


  • 2nd CC : Code ardant de Marge Nantel, un post-apo énorme !






Et puisqu'il y a de la matière...


Chez Dup


Un arrivage surprise !


Chez Phooka





À dimanche prochain dans 15 jours,

(IMAGINALES dimanche prochain)



La bise


Bookenstock




vendredi 17 mai 2024

CODE ARDANT de Marge Nantel

 


Éditions Mnémos
480 pages
24 euros




L'avis express de Dup sur Code Ardant de Marge Nantel

Un road-trip à allure de western dans un monde post-apocalyptique bien crédible.
Une lecture jouissive.

L'AVIS DE DUP



Aujourd'hui je vais faire mon coming out, j'aime le post-apo. Je n'aime toujours pas la SF, sauf le post-apo. Voilà, c'est dit. Un grand merci à Estelle qui m'a poussée à dire oui ! 

Marge Nantel imagine un futur proche remodelé par le dérèglement climatique. Plus d'énergie fossile non plus, tout le monde se tourne vers l'énergie solaire et apparemment il reste de quoi fabriquer des batteries performantes pour stocker cette énergie produite durant le jour.

Mais le plus gros bouleversement a été La page blanche : plus d'internet suite à l'implosion de tous les serveurs ainsi que les data center. À l'ère où tout était devenu immatériel, cette perte a entraîné celle de la technologie. 

Conséquences de tout cela, conditions de vie dégradées et insécurité permanente. Les armes ont toujours un avenir florissant devant elles et les confrontations se terminent toutes dans un bain de sang. Certaines villes se sont érigées en forteresse pour garder au chaud le peu de technologie qu'il leur reste, mais suscitent de violentes jalousies. Espionnages, alliances, trahisons sont au programme.

Nous suivons une bande de convoyeurs dirigée d'une main de fer par Cécile, ex-mercenaire. Elle est entourée d'une grosse poignée de singuliers personnages hyper attachants dont le seul point en commun est la manipulation d'au moins une arme avec brio. Sioux le "médecin"-snipper, Souris le contorsionniste-lanceur de couteaux, etc.

Ils allaient repartir de la forteresse d'Albi où ils venaient de décharger une grosse livraison au contenu douteux lorsque la forteresse explose, ne laissant qu'un tas de ruine et un Ardant. Cécile faisant le lien entre la livraison et l'explosion décide de remonter la piste immédiatement. Ils reviennent donc sur leurs pas, avec Endah, l'Ardant rescapé.

Alors koitèskecéça un Ardant ? Ce sont des hommes conditionnés et surentraînés dès le plus jeune âge, modelés à grand renfort de drogues de toutes sortes, mais principalement des psychotropes, accentuant l'impact du bâton et de la carotte. Ils sont formés pour défendre leur Maître, être objet sexuel, et sont également de véritable enregistreurs de conversations. Ils fonctionnent aux codes. Un code pour play, un code pour pause, un autre pour stop et enfin un autre encore pour effacer ! Ben oui, il n'y a plus ni IA, ni robots en fonctionnement. En revanche, la matière première humaine ne manque pas...

Notre fine équipe va très vite se rendre compte qu'ils se sont insérés au plein milieu d'un combat politique de grande ampleur et ne vont pas avoir d'autre choix que d'aller de l'avant car ils seront poursuivis de toute part. Endah leur a juste transmis qu'il fallait rejoindre "le prieur". C'est un véritable western-rodéo que l'on suit où les chevaux des bons sont deux jeep et cinq ou six motos, pareil du côté des méchants en nombre bien sûr surnuméraire. Le récit va à cent à l'heure.

Plus ils avancent, plus ils comprennent les enjeux que je vous laisse découvrir, et plus leur motivation se mue en quête ultime probablement suicidaire. Et bien sûr, à ce moment là, on est profondément attaché à toutes ces gueules cassées, touché par le lien indéfectible qui les relie et je vous promets qu'on saigne et pleure avec eux. La plume de Marge Nantel est implacable, les dialogues bruts de décoffrage, et l'ensemble donne un page turner absolument jouissif. Code Ardant est un gros coup de coeur.


jeudi 16 mai 2024

LES MAUDITS de Katja Lasan




Éditions Cyplog
Parution 30/06/2022
Nouvelle couverture
447 pages
5.99 euros en numérique









☇ L'avis éclair de Phooka sur Les maudits de Katja Lasan  ☇


Un roman plein de (bonnes) idées, mais un peu trop brouillon.



L'AVIS DE PHOOKA:





    Éloé, une jeune suissesse autrice à succès hérite d'une bastide en pays Cathare. Ni une, ni deux, elle fonce découvrir cet endroit au fin fond de l'Ariège et s'installe dans cette grande bâtisse abandonnée depuis quelques années. L'endroit est très isolé et a la réputation d'être plus ou moins hanté. En tout cas il porte malheur puisque tous les précédents habitants ont trouvé une fin assez horrible. Mais Éloé ne prend pas peur pour si peu et pour elle ce changement d'air est une bonne chose car l'inspiration a tendance à la déserter alors qu'elle doit rendre son prochain manuscrit très bientôt. Mais voilà, il semble quand même que des "choses bizarres" se produisent dans la maison. Elle aperçoit des silhouettes, des objets changent de place et elle va finir par se rendre compte qu'elle se retrouve bien malgré elle au milieu d'une histoire peu commune.

    Ce roman m'a laissé une sensation étrange, il y a des choses que j'ai adorées, des choses trop lourdes ou d'autres trop rapides. On va détailler tout ça.

Ce que j'ai aimé: Les personnages ! Éloé est une jeune femme qui se retrouve à faire face à des phénomènes surnaturels qui la dépassent et si dans un premier temps elle est surprise ou incrédule, elle va prendre la mesure des évènements et y réagir du mieux possible. Ce n'est pas le genre d'héroïne qui a les deux pieds dans le même sabot. Autour d'elle, Adebran et Ermessende forment un couple incroyablement touchant (et je ne vous en dirais pas plus pour vous laisser les découvrir). Le trio Théo, Aubin et Marcel forme une équipe de choc qu'il est agréable de suivre. Katja Lasan a su leur donner des pouvoirs qui ne semblent pas crédibles au début mais qui prennent de l'ampleur au fil des pages. Et puis il y a les méchants ... vraiment très méchants que je vous laisse découvrir. Pour moi c'est la force du roman. Ces personnages sont une base solide.

    Côté récit, ayant eu l'occasion de voir le site de Montségur plusieurs fois et m'étant intéressée à son histoire, j'ai apprécié de m'y baigner à travers les pages du roman. Mais parfois j'ai trouvé que la partie historique était un peu trop lourde pour un roman de ce genre. Bien que ce soit intéressant, ça cassait le rythme.

    Mais ce qui m'a perturbée le plus ce sont les changements brutaux dans le style ou l'atmosphère du roman. On passe de temps en temps d'une "simple' (mais agréable) romance contemporaine à de l'horreur. Et la transition est brutale. Parfois c'est bien trouvé (l'irruption de la "méchante" chez les amis d'Éloé), mais à d'autres moments c'est "too much" et ça n'apporte rien *attention spoiler* (non ce n'est pas parce que le cadavre d'un mec a été émasculé que le "méchant" a bouffé la partie manquante ... ça n'apporte rien au récit, bien au contraire ça en fait "sortir" pour se dire que ce passage ne sert à rien). Autre point qui m'a dérangée c'est la volte-face d'un des personnages, une volte-face extrêmement brutale et choquante. C'est bien mais il m'a manqué quelque chose. Je n'arrive pas à expliquer quoi mais ça manquait de crédibilité.

    Tout ça pour dire que Les maudits est un one-shot qui se lit plutôt bien mais qui aurait mérité d'être un peu "élagué" comme si l'autrice avait trop d'idées pour un seul volume (en particulier tout ce qui concerne les univers parallèles). Et trop d'idées tue l'idée. Je suis sûre qu'un diptyque aurait été mieux construit et donc plus agréable à lire. En l'état, j'ai eu parfois du mal à accrocher surtout vers le milieu du roman.

En attendant si vous aimez le pays Cathare, les fantômes et autres créatures surnaturelles surprenantes. Si vous aimez l'action, l'horreur avec un gros soupçon de romance vous allez vous régaler. Par contre si vous aimez les chats, il y a un passage qu'il faut absolument sauter ... (d'ailleurs faudrait peut être mettre des trigger warning, même si je n'aime pas trop ça à la base)