lundi 28 mai 2018

[Audio] GAGNER LA GUERRE de Jean-Philippe Jaworski









Durée : 35 h et 54 min
Version intégrale Livre audio
Date de publication : 02/06/2016
Langue : Français
Éditeur : Audible Studios


Le pitch :



"Gagner une guerre, c'est bien joli, mais quand il faut partager le butin entre les vainqueurs, et quand ces triomphateurs sont des nobles pourris d'orgueil et d'ambition, le coup de grâce infligé à l'ennemi n'est qu'un amuse-gueule. C'est la curée qui commence. On en vient à regretter les bonnes vieilles batailles rangées et les tueries codifiées selon l'art militaire. Désormais, pour rafler le pactole, c'est au sein de la famille qu'on sort les couteaux. Et il se trouve que les couteaux, justement, c'est plutôt mon rayon...". 



Gagner la guerre est le premier roman de Jean-Philippe Jaworski. On y retrouve avec plaisir l'écriture inimitable de l'auteur des nouvelles de Janua vera et don Benvenuto, personnage aussi truculent que détestable.





Alors que je me suis offert l’an dernier aux Imaginales la superbe édition des Moutons électriques de ce roman, je continue ma découverte des écrits de Monsieur Jaworski avec la version audio tant je suis sous le charme du narrateur Jean-Christophe Lebert. Le pavé de 682 pages s’est donc transformé en 36 heures d’écoutes merveilleuses.

Monsieur Jaworski et Monsieur Lebert c’est le combo gagnant !

Je n’ai pas lu Janua Vera qui est pourtant le tome 1 de cette série « Récits du Vieux Royaume » qui est un recueil de nouvelles, mais cela ne nuit en rien pour la compréhension de cette histoire.
Adieu la Gaule et ses tribus celtiques de la série « Rois du monde », ici Jean-Philippe Jaworski nous plonge dans un univers médiéval italien teinté de renaissance où l'art, et notamment la peinture prend une belle place. 

Nous découvrons la fabuleuse Cité-État de Ciudalia sise en bord de mer où le climat y est doux. Ciudalia est dirigée par deux podestats élus, dont le podestat Leonide Ducatore, responsable militaire de la défense de la cité. Lorsque le roman débute, ils viennent de gagner la guerre contre le royaume de Ressine dont les descriptions rappellent fortement l’empire Ottoman. Le personnage principal et narrateur est Don Benvenuto Gesufal qui est l’exécuteur des basses œuvres du podestat. En effet ce dernier, machiavélique et retors, magouille en permanence pour faire main basse sur la totalité du pouvoir ciudalien. Cette guerre n’était rien moins qu’une mise en scène servant ses desseins, et ce faisant, il va engluer Don Benvenuto dans ses intrigues politiques.

Don Benvenuto, c’est LE personnage charismatique à l’état pur, une des meilleures fine lame de Ciudalia, belle gueule (un peu cassée tout de même), cabotin voire grande gueule, ce qui lui jouera plus d’un tour. Avant d’être au service du podestat, il appartenait à la Guilde des Chuchoteurs (assassins, voleurs). Il nous compte donc ses aventures et au fil des pages il endossera bien des statuts : homme de main, héros de guerre, puis traître, puis brièvement prisonnier, puis fugitif (Rhooo ce chapitre entier sur l’évasion de Benvenuto du palais par les toits puis les ruelles de Ciudalia, je l’ai écouté deux fois tellement j’ai adoré), puis exilé, puis hors-la-loi, puis.… tellement de casquettes ! Et il les porte si bien, ce personnage croustillant avec son humour noir et cynique. C’est un régal de suivre ses péripéties, on ne s'ennuie pas une seule seconde.

Ce que j’adore aussi c’est que de temps en temps, au détour d’une action, d’une réflexion, Benvenuto nous apostrophe avec un "Vous vous doutez bien que..."  ou un "Non ne riez pas !" Et puis, page 435 il y a tout un paragraphe consacré entièrement à une diatribe nous concernant nous lecteurs, et le délice c’est qu’il nous imagine (et nous aussi du coup) vivant à son époque !
« Et vous, oui, vous ! mon très cher lecteur ! Vous vous prélassez bien au chaud, sur votre coussiège favori ou dans la cathédre de votre cabinet de lecture, en tournant d’une main indolente les pages de ce volume où je risque bien de perdre ma santé, ma vie, sans compter ma réputation. Est-ce que vous mesurez seulement ce que j’ai sué, d’angoisse et de labeur, sur l’ouvrage que vous avez le culot de parcourir comme un conte divertissant ? Vous vous rendez compte de ce que je risque, à vous dévoiler ainsi les dessous de la politique ciudalienne ? Vous croyez peut-être que je fais ça uniquement par plaisir ? Ou par malveillance ? Vous croyez qu’on accouche d’un pavé pareil seulement pour l’agrément de cafarder ?
Tant de légèreté, tiens, ça me dégoûte !
Alors pour l’épopée du sorcier et de ses deux primates, vous repasserez. Moi j’en ai ma claque, de l’historiographie !
Et estimez-vous heureux que je vous raconte la fin de mon histoire, à moi !
Face à tant d’ingratitude, je pourrais bien tout laisser en plan ! »
Tout cela clamé, voire vociféré par un narrateur parfait. C'est la première fois que j'adore me faire engueuler ! :))

La plume de l’auteur est toujours aussi savoureuse, riche et recherchée, qui n’empêche pas certains jurons bien enlevés et des passages en argot franchement savoureux. Que l’on soit dans la narration ou dans l’action, Jean-Philippe Jaworski sait capter en permanence l’attention de son lecteur. Je serai sûrement allée plus vite en le lisant, c’est sûr, mais je ne regrette en rien de me l'être laissée conter par cet excellent narrateur qui m’a captivée du début à la fin.

On est bien dans de la Fantasy néanmoins. Benvenuto fera route pendant quelques chapitres avec Sassanos le mage nécromant du podestat dont les pouvoirs sont pour le moins surprenants. On n’y croisera également un nain et deux, trois elfes qui nous offrirons quelques poèmes délicieux.

Gagner la guerre est un merveilleux coup de cœur. Don Benvenuto surpasse largement Bellovèse dans mon cœur, son côté canaille sans doute :))  Je ne peux que vous conseiller de vite le découvrir, si ce n’est déjà fait. Choisissez votre support, audio, papier ou numérique, mais découvrez de toute urgence Don Benvenuto. Personnellement je vous conseillerai l'audio-livre qui est en tous points remarquable !

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