mardi 20 novembre 2018

[BD] CRAPULE tome 1 de Jean Luc Deglin





Editions Dupuis
128 pages
14.50 euros



50% insupportable, 50% irrésistible, 100% chat !

Crapule est un chat, un vrai. Le genre qui porte bien son nom. Dans son appartement au coeur de la ville, qu'il partage avec sa maîtresse, chaque jour comporte son lot d'aventures et de bêtises : missions d'exploration dans les placards, amour fou avec les rideaux et séances de câlins incongrues... Parfois au grand dam de sa propriétaire qui doit réparer les dégâts. Mais on pardonne toujours à Crapule, tant il est mignon.






Crapule, toute la famille l'a découvert dans le Journal de Spirou (abonnés depuis 17 ans !). Tout le monde a totalement flashé pour ce chat, ni beau, ni gentil, ni câlin. Un vrai chat quoi. On dirait le nôtre ... D'ailleurs le surnom du chat à la maison c'est justement "Crapule". Coïncidence ?

Jean Luc Deglin réinvente le chat en BD. Il n'est pas humanisé, ou caricaturé,  c'est un vrai chat. Son "heureuse" propriétaire est une jeune femme dynamique et pleine d'humour. Elle a un sens du second degré qui me plaît énormément. Rien ne la destinait à devenir propriétaire d'un chat, enfin "à devenir la propriété d'un chat". Alors la rencontre avec ce chaton noir peu sympathique a été pleine de quiproquos. Parce que Crapule ce n'est pas le gentil mignon chaton des vidéos youtube. Non c'est un vrai chat.


Un chat avec son sale caractère, un chat qui n'aime pas les papouilles et qui le dit bien !


Un vrai chat je vous dis. Et le dessin si sobre, convient parfaitement bien à ce couple qui s'est retrouvé ensemble par la force des choses et qui finalement s'entend plutôt bien.  C'est réaliste et drôle. En quelques traits, le chat est là sous vos yeux. Les propriétaires de chats retrouveront forcément les attitudes de leur animal. Les autres comprendront enfin ...😁



 La BD se dévore d'une traite, très vite. Puis on arrive à la fin ... et on la reprend au début. Je l'ai déjà lue 2 fois en une semaine, mini-Phooka aussi. Une vrai chouette BD à offrir et faire découvrir autour de vous.

Crapule, mon chat ! 💗




Le tome 2 vient de sortir:






Comment résister hein?



lundi 19 novembre 2018

LES JARDINS DE LA LUNE de Steven Erikson



LE LIVRE DES MARTYRS  # 1


Éditions LEHA
640 pages
25 euros




4ème de couv :


Saigné à blanc par des luttes intestines, d'interminables guerres et plusieurs confrontations sanglantes avec le seigneur Anomander Rake et ses Tistes Andii, le tentaculaire Empire malazéen frémit de mécontentement. Les légions impériales elles-mêmes aspirent à un peu de répit.


Pour le sergent Mésangeai et ses Brûleurs de Ponts, ainsi que pour Loquevoile, seule mage survivante de la 2ème armée, les contrecoups du siège de Pale auraient dû représenter un temps de deuil. Mais Darujhistan, la dernière des Villes libres de Genabackis, tient encore et toujours bon et l'ambition de l'Impératrice Laseen ne connaît aucune limite.

Cependant, il semble que l'Empire ne soit pas la seule puissance impliquée. De sinistres forces sont à l’œuvre dans l'ombre, tandis que les dieux eux-mêmes se préparent à abattre leurs cartes...





Wow, wow, wow ! Quel claque j’ai pris avec ce livre ! Je sais d’ores et déjà que ma chronique va partir dans tous les sens et je m’en excuse d’avance. Je ne sais vraiment pas par quel bout la prendre...

Un bref résumé ? Impossible, vraiment. À moins d’en mettre quatre pages et encore je sais pertinemment que je ne serai pas assez claire ! C’est embrouillé dans ma tête ? Même pas, c'est juste dense. Cependant j’ai l’impression d’avoir malgré tout une bonne vision globale de l’ensemble.

Imaginez une partie d’échec entre adversaires de haut niveau, où les coups sont anticipés trois ou quatre tours à l’avance au moins. Vous voyez les nombreux pions noirs et blancs de chacun ? Maintenant vous rajoutez tout un tas de couleurs différentes dans l’échiquier. Parce qu’ils sont nombreux à jouer sur Genabackis. Entre les locaux, et ils sont plusieurs peuples différents, humains et non-humains, l’Empire malazéen qui tente de les conquérir, les peuples anciens qui refont surface pour mettre leur grain de sel et les dieux. Et chaque dieu a sa couleur bien sûr, car ils ne s’entendent pas entre eux bien évidemment ! 

Et puis, alors que tout ce tome 1 se passe sur ce continent Genabackis, on comprend très vite que l’échiquier est bien plus grand, bien plus vaste. L'Empire malazéen lui-même vient d'ailleurs... Que l’histoire que nous compte Erikson remonte à des siècles avant cette époque narrée ici. Et quelle a son importance cette Histoire, et qu’on la découvre petit à petit, au travers de souvenirs de certains personnages ou parsemée dans des dialogues.

Cela donne le vertige n’est-ce pas ? Ou l’impression que l’on va se noyer ? Mais non, pas du tout. Steven Erikson nous embarque dans son maelstrom, mais jamais il ne nous lâche. On flotte grâce a une multitude de radeaux qui font la chaîne. Ce sont ses personnages. On passe de l’un à l’autre et ils sont TOUS fabuleux. Du plus insignifiant troufion au Commandant Chef des armées, dit Haut Poing. Du petit voleur des rues au Seigneur de Sangdelune. Puis les mages, les démons, les ascendants, les dieux… Waouh quelle œuvre !

Et que dire de la magie qui s’engouffre dans ces pages ? Ces Garennes que manipulent les mages (mais pas seulement eux), sortes de voies, de passages parallèles emplis de magie de toutes sortes. J’ai essayé au début de les retenir, de les noter, puis j’ai baissé les bras. Peu importe leur nom finalement, à chacune qui se manifeste, on découvre le rôle, leur utilité et c’est tout simplement énorme. Et puis il y a un lexique à la fin du roman qui facilite bien la tâche lorsque l’on est perdu et que l’on veut tout comprendre. Personnellement j’ai pris le parti de me laisser flotter, de laisser l’auteur m’imprégner de son récit et j’ai bien fait. Les jardins de la lune est un monstrueux coup de cœur et je suis ravie de prendre le train en marche avec les éditions LEHA.

Les jardins de la lune est donc le premier tome du Livre des Martyrs qui en comprend dix déjà écrits. Oui, dix... même pas peur ! Je signe de suite ! Les volumes suivants ont la réputation d’être à la hauteur voire même mieux. J’ai du mal à croire que cela puisse être possible. Affaire à suivre donc, mais en conclusion de ce volume, j'empreinte un bout de phrase du blogueur qui m'a donné envie de lire ce livre, Thrr-Gilag : " de l’épique, de la politique, des enjeux énormes, des personnages fabuleux, ou même les dieux ne sont pas à l’abri de leurs manigances et une histoire et des combats à couper le souffle." Ça suffit non ?
Que dire également sur cette superbe couverture qui prend tout son sens à la lecture ? On y voit toute la fureur d'une des batailles du roman, celle de la ville de Pale, c'est magique. Elle est tellement plus belle en plus que celle des éditions précédentes (vous pouvez les comparer en suivant le lien précédent ;)) ! Respect m'sieur Simonetti !




Maintenant je vais me la péter comme un auteur 😁, j’ai quelques mercis à distribuer suite à cette lecture :

- En premier lieu à Phooka pour m’avoir donné le goût de lire et de m’engouffrer dans ce genre littéraire de la SFFF alors que je ne lisais que des thrillers et des polars. J'aurai raté ce plaisir immense de lecture que je viens d'éprouver.
- En second lieu à Thrr-Gilag qui avait juste dit LA phrase qu’il faut pour que je mette un signal de rappel dans ma tête à propos de cette œuvre : « ... commençons par de l’épique, de la politique, des enjeux énormes, des personnages fabuleux, ou même les dieux ne sont pas à l’abri de leurs manigances et une histoire et des combats à couper le souffle. J’ai nommé la série Le livre Malazéen des Glorieux Défunts. Vous pensez que j’en fais trop ? Non non c’est juste que vous n’avez pas lu cette œuvre ! ». C'est ICI qu'il l'a dit.
- Un merci également à Emmanuel Chastellière et aux Éditions Leha pour avoir rendu ce livre plus digeste que les éditions précédentes visiblement.
- Merci à Babélio qui a fourni l'impulsion pour me lancer.
- Et enfin un merci à Stephen Erikson lui-même : il aura compris, je fais partie de ceux qui l'ont adoré. C'est tout l'un, ou tout l'autre nous dit-il en intro de cette nouvelle édition. :)


vendredi 16 novembre 2018

DES SORCIERS ET DES HOMMES de Thomas Geha (Phooka)



Éditions Critic
318 pages
19 euros




Sur la grande île de Colme, quand on sait mettre toute morale de côté, la vie offre de nombreuses opportunités. Boire, voler, rudoyer ou tuer, tel est le quotidien de Hent Guer, un guerrier redoutable, et de Pic Caram, un sorcier aux rubans. Tous deux écument routes et cités à la recherche de proies faciles. Toutefois, leurs plans se trouvent contrariés lorsqu’un matin de gueule de bois, Hent constate, impuissant, la disparition de Pic. Sur la grande île de Colme comme ailleurs, les talents d’un sorcier aux rubans attirent bien des convoitises ! Pour le mercenaire, pas question d’abandonner son partenaire de crime : spolier son prochain est beaucoup plus drôle avec l’aide d’un sorcier à la morale légère. Voici donc le récit des aventures de Hent Guer et Pic Caram, et les mésaventures de ceux qui ont la malchance de croiser leur route !





 "Lire Thomas Geha est un plaisir sans cesse renouvelé" 

Et cette fois-ci ne fait pas exception à la règle, puisque Thomas Geha arrive à nous surprendre aussi bien par la forme que par le fond.

Je ne vais pas revenir sur le récit lui même, car d'autres l'ont superbement bien fait et je vous conseille de lire, entres autres, les chroniques d'Aelinel et de Dup. Je vais seulement parler de mon ressenti.

Le livre commence doucement par de petites nouvelles qui nous permettent de rencontrer les deux héros. Cinq nouvelles au total, qui se complètement et nous apprennent à connaître Hent Guer, le guerrier et Pic Caram, le sorcier aux rubans. Comme le dit Dup, ne vous fiez pas au terme "aux rubans" qui donne une image jolie et colorée, pleine de douceur et de tendresse alors que les sorciers qui maîtrisent ce pouvoir ont la capacité de vie ou de mort sur les gens qu'ils rencontrent. On sent déjà là toute la duplicité de l'auteur ... Quant à Hent Guer, c'est un maître dans l'art du combat et de la ruse. Ces deux là se sont trouvés par hasard et forment une équipe on ne peut mieux assortie. L'un protège l'autre et leur complémentarité ne fait aucun doute. Aucun doute non plus sur leur motivation: se faire un max de fric pour avoir la belle vie. Ha bon ? Ce ne sont donc pas des héros au grand coeur ? 

Alors là, non pas du tout. Et c'est la deuxième grosse surprise du roman. Thomas nous a concocté deux héros, pas très "héroïques", plutôt des anti-héros en fait. Bien sûr on pense à Steinbeck, à Howard et son merveilleux Conan, mais Hent et Pic sont à part. Oui ils volent, tuent et mentent à tour de bras, mais on ne peut pas s'empêcher de les aimer. 

Alors quand arrive la dernière partie du roman, la novella, qui devient presque une sorte de procès des deux compères, le lecteur est pris dans un tourbillon de sentiments ambivalents. "Oui ce sont des affreux mais ....", un peu comme des parents qui trouvent toujours des excuses à leur enfant turbulent.  Difficile d'accepter qu'ils soient "mauvais", difficile de s'en détacher. Personnellement j'ai été très mal à l'aise, ma tête me disait que Hent et Pic étaient vraiment d'odieux personnages, tandis que mon coeur me disait le contraire et je me sentais balancée d'un côté et de l'autre. Et c'est là, un vrai coup de maître de l'auteur car généralement dans un roman (surtout en fantasy) le lecteur identifie immédiatement le bon et le méchant, les choses sont claires dès le départ et si on peut tout à fait aimer un méchant, on le fait en son âme et conscience. Ici le parti pris est totalement différent: Thomas nous présente ses deux héros, on part du principe qu'ils sont les "bons". Du coup on s'y attache, puis petit à petit les différentes nouvelles nous font suivre des points de vue différents et on réalise alors que ces "héros" n'en sont peut-être pas, mais c'est trop tard! Alors nos sentiments sont ambigus, on se sent bafoué, trahi, et pour ma part par exemple j'ai beaucoup flippé à l'idée que je défendais contre mon gré des affreux-méchants!  J'en ai même voulu à Thomas Geha de m'avoir manipulée à ce point !! Pour mon plus grand plaisir bien sûr ...

L'autre point sur lequel je voulais revenir c'est bien évidemment la construction du livre. Ces petites nouvelles qui nous permettent de découvrir les protagonistes du récit et le monde dans lequel ils évoluent, donnent un rythme insensé à la lecture. Point de longues chevauchées qui permettent de découvrir le décor en détail, sur un rythme lent et indolent (ne vous méprenez pas, j'adore ça en fantasy). Ici c'est plutôt du speed dating !  On se concentre sur les personnages, sur leurs actions et leur comportement et c'est d'une efficacité incroyable. Aucun temps mort bien sûr, aucun moment pour rêvasser chaque mot est important et c'est quasiment en apnée qu'on arrive à la fin du roman. Fin heureuse ou malheureuse, je n'ai toujours pas réussi à décider d'ailleurs !!!!

Des sorciers et des hommes est, une fois de plus, une merveilleuse surprise concoctée par Thomas Geha. Il revisite la forme et le fond pour piéger ses lecteurs et c'est une sacrée réussite ! De la fantasy sombre et drôle, perturbante  et immorale à coup sûr et dans laquelle le sentiment du lecteur est soumis à de monstrueuses pressions. Bref, un livre que vous devez absolument découvrir si vous ne l'avez pas déjà fait!

jeudi 15 novembre 2018

GRISHA # 3 de Leigh Bardugo



# 3 - L'OISEAU DE FEU


Éditions Milan
404 pages
16,90 euros


4ème de couv :

MANIPULATION. PARJURE. TRAQUE.

Un royaume au bord du chaos.
Un tyran sur un trône d'ombre.
Une sainte sans pouvoirs.
Sans alliés. Sans armée.
Le combat final de la lumière contre les ténèbres.

AMOUR. LOYAUTÉ. DÉLIVRANCE.

Le salut de Ravka mérite-t-il tous les sacrifices ?
Seule l'Invocatrice de lumière en décidera.






/!\ spoil sur les tomes précédents !


Suite à sa confrontation violente avec le Darkling, Alina se sent vidée de tout pouvoir. Couvée par un Apparat toujours plus mielleux, je dirais même visqueux, vis-à-vis de sa Sankta Alina, elle est en proie aux doutes et fort sujette à l’introspection. Alina supporte de moins en moins la vénération qui l’entoure. Son enfermement lui laisse le temps de s’interroger sur ses motivations et elle se rend bien compte de la dualité de ses ambitions. Est-ce bien sauver Ravka qui l'anime ou simplement une soif de pouvoir toujours plus grand ?… comme le Darkling finalement ? Heureusement elle reste entourée de ses amis les plus chers et c’est ensemble qu’ils vont s’enfuir de la Cathédrale Blanche souterraine.


Ils ont toujours comme objectif de débusquer l’oiseau de feu pour fournir le troisième amplificateur à Alina, et ils ont enfin une piste à explorer. Ce sera le fil directeur de ce troisième tome dans un Ravka qui se délite de plus en plus, ravagé par un Darkling de plus en plus haineux, mais également de plus en plus puissant, un Nikolaï écarté du pouvoir. Le Fold s'étend toujours plus loin...

Le point fort de Leigh Bardugo est sans conteste la force de ses personnages. On les aime tous, même le Darkling, même l'Appar...non pas lui ! Qu’ils soient principaux ou secondaires, l'autrice sait sortir les traits de caractère qui les rendent chacun unique, indispensable à cette saga. On s’attache même au môme qu’on croisera à peine une ou deux fois au cours de la lecture. L’équipe de Grishas qui entoure Alina est on ne peut plus hétéroclite : Genya, David, Arshaw et cette peste de Zoya, mais je suis bien incapable de dire lequel je préfère. La vieille Baghra aussi est une sacrée figure : une vieille ronchon qui cache bien son jeu, vous verrez ! Nikolaï va être bien mis à mal dans ce troisième tome, mais lorsqu’il aura la possibilité de parler, son humour sera toujours un délice. Et puis Mal, toujours là, toujours présent avec son amour indéfectible pour Alina. Un roc !!!

Encore une fois Leigh Bardugo nous entraîne à cent à l'heure dans cette quête, presque une fuite en avant. Les embûches, les faux espoirs et les coups de théâtre sont légions. On ne s'ennuie jamais, ce tome trois est un vrai page turner.

Un final grandiose et totalement inattendu m’a plus que ravie. Je parle là de la vraie fin, pas de l’épilogue niaiseux qui est largement dispensable. Vous avez aimé les tomes précédents ? Ruez vous sur cette suite alors ! Pour les autres je n’ai qu’un conseil : la magie des Grishas de Bardugo est vraiment géniale à découvrir, démarrez vite le tome un ! Quelle série !!!
Je suis triste de laisser de tels personnages, mais je fais confiance à l’autrice, il reste encore quelques régions de son monde à explorer! Avec Six of Crows on avait découvert Kerch et fait une incursion dans Fjerda. Avec Grisha c’était Ravka et très brièvement Novyi Zem. Il reste donc ce dernier et Shu Han. Go, go, go !


Leigh Bardugo sur Bookenstock :



mercredi 14 novembre 2018

Quatrième interview de Stefan Platteau












Fantasy à la carte :

Bonsoir, As-tu déjà lu un roman de fantasy que tu as détesté? Si oui lequel et pourquoi?

Stefan :

Hello,


En général, si je déteste un bouquin, je l'arrête en cours. Je ne me l'inflige pas in extenso. De façon générale, si le livre est une collection de clichés, ça ne passe pas. J'ai par exemple arrêté L'épée de vérité assez tôt... ouais... ce serait un très bon exemple de mauvais bouquin, ça, L'épée de vérité...



Riz-Deux-ZzZ :


Bonjour, je reviens ici avec un peu plus de 200 pages de Manesh au compteur et les 3 interviews précédentes en tête... 
Effectivement, je retrouve une influence nordique que j'apprécie mais j'avoue avoir un peu plus de mal à discerner le coté hindou (culture que je ne connais pas du tout soit dit en passant donc ceci explique peut-être cela !). 
La horde de cochons m'a perturbé au départ (je suis traumatisée du Silence des Agneaux) mais je trouve l'idée tellement originale et traitée de façon tellement sérieuse que j'adhère complètement ! Et ne parlons pas du mystère enfin résolu des toilettes sur un bateau... :D

Stefan :

Les inspirations Hindoues ne sont pas toutes évidentes, pour qui n'est pas connaisseur...



Elles sont aussi moins visibles dans les 200 premières pages tu premier tome, pour une raison toute pratique : le récit du Barde se déroule dans le grand Nord, loin du royaume de l'Héritage ; quant au récit de Manesh, il reste à ce stade dans les abords de la seigneurie de Marmach et dans la forêt voisine, loin des grandes agglomérations. Le tome 3 nous mènera de plein pied dans les villes de l'Héritage, où l'influence hindoue est parfois plus flagrante. En attendant, vous la ressentirez par petites touches : dans les narvin que les gens se peignent sur le front, les bains religieux dans le fleuve sacré, les ascètes sadours, qui obtiennent des faveurs du ciel par leurs dévotions, la caste religieuse des bramynn, la crémation des morts et la dispersion des cendres dans les eaux sacrées, les éléphants et puis les singes du sud... on la retrouve aussi dans la mythologie (l'armement des géants Lunaires, par ex, grands utilisateurs de Chakras et d'Urumis, qui sont de pures armes védiques ; ou dans l'apparence et les atttributions de divinités telles que Nyagacha, ou encore dans la mention des astras, armes divines obtenues par dévotion, qui sont un emprunt direct à la mythologie Hindoue). Enfin, les ascendances solaires et lunaires des lignées de héros font écho au Mahabaratha, le grand épique indien.



Dup :

Je vais poser une question qui risque de faire sourire tes aficionados, mais je rappelle pour ma défense que je n'ai à mon actif pour l'instant que Manesh.
Ton cycle est-il terminé avec la sortie de Meijo ?
Si oui, sur quoi bosses-tu aujourd'hui ? 

Stefan :

Je vais commencer par la seconde question : je bosse sur le quatrième (et avant-dernier) tome des Sentiers des Astres.

Quelle était la première question, encore? :p



Fantasy à la carte :

Aimerais-tu voir ton cycle Le Sentier des astres adapté au cinéma ou en série?

Stefan :


Haha ! Alors, évidemment, rêvons... une adaptation, oui, à condition qu'on ne me colle pas Vincent Cassel dans le rôle de Manesh. ça le ferait pas du tout. Trouvez-nous plutôt un acteur, je ne sais pas, iranien, ça lui ressemblera beaucoup plus : nez busqué, carnation cuivrée, cheveux noirs bouclés... si vous avez d'autres idées pour le casting, ça pourrait m'amuser assez de les entendre !



Cédric Jeanneret :

Une petite question sur la version audio :

Manesh est prononcé de deux manières, "Mané" par ses proches et "Maneche" pour les autres, est-ce de ton choix ? Et si oui pourquoi ce choix ?

Une autre question de worlbuilding : qu'elles sont les inspirations / caractéristiques des colonies de l'Héritage et de ce qui semble être une théocratie (si je comprend bien ce que j'ai pu glané dans les romans)

Stefan :

Hello Cédric, Mané est simplement le diminutif de Manesh. Pas de mystère !



Ta question sur les Royaumes de Chimère (le Crépuscule) appelle une loooongue loongue réponse. Comme je suis à la veille d'un week-end "off", je t'en donne déjà la première partie, et poursuivrai lundi (comme ça tu as tout de même quelque chose à te mettre sous la dent).



Or donc, le vaste ensemble géographique qu'on désigne généralement sous le nom de "Royaumes du Crépuscule" est une mosaïque de cités-états, petits royaumes, tribus nomades, habités par des peuples hétéroclites, inspirés des Pachtounes ou d'autres peuples d'Asie mineure ou centrale. Ces royaumes se sont trouvés unifiés une première fois sous la coupe de l'Empire Vintalu (la Cité de Varius) à la toute fin de l'ère antique. Autrement dit, sous l'autorité du Théocrate Sargon Antelu, représentant sur terre des dieux du Vintou. On connait la suite : l'Empire Vintalou s'est écroulé suite à la défaite des Dieux à la Gigantomachie, mais le soudain déclin des géants a ouvert une longue période de chaos. L'île de Firos (au sud-ouest de l'Héritage) est la première à émerger de cette période sombre avec une civilisation brillante, l'empire Firanthin, qui nous a laissé l'écriture courante encore utilisée dans l'Héritage, ainsi que la langue commune des marins. Dans son expansion vers l'ouest, cet empire a fini par se heurter à une autre puissance : l'Empire néo-Vintalou du Thécrate Janghilu, premier à tenter la réunification du territoire jadis possédé par les Dieux du Vintou. Nombre de Royaumes de Chimère sont tombés sous sa coup, mais son règne n'a pas duré très longtemps, et son empire s'est effondré avant celui de Firos.



(la suite lundi)

Hubert

Je n'ai pas de réelle question pour Stefan Platteau, juste dire que je suis tombé sur Manesh au milieu d'un week-end loin de chez moi où la pluie m'a fait me réfugier dans une librairie qui avait mis un présentoire qui devait s'intituler à peu de choses près "le meilleur auteur de fantasy francophone". J'ai le défaut de suivre aveuglément les conseils des libraires, je suis complètement tombé dans le sentier des astres et votre travail sur les ambiances et le rythme.
Du coup juste un grand merci, je m'emploie en ce moment à embarquer le plus de gens possibles dans cette histoire. 


Stefan :

Eh bien ! Comme quoi, la pluie a du bon ! Quelle était la librairie, que je m’indigne de ce dur coup posté à ma modestie ?


Je suis plongée dans Manesh. Effectivement, la Harde noire fait carrément froid dans le dos. J'étais loin d'imaginer qu'on avait fait des procès à de "pauvres" cochons...
Ma question, par contre, n'a rien à voir : comment choisis-tu les prénoms, noms et noms de lieux ? Pour les sonorités ? Pour leur signification ?
Merci ! :D 


Stefan :

Pour leurs sonorités, surtout… il y a quelque chose de magique à nommer un personnage. Les sons produits, les mots qu’ils évoquent, leur caractère âpre, dur, ou au contraire doux ou chantant, font immédiatement émerger des esquisses de personnalités… qu’il peut être intéressant, d’ailleurs, de prendre à contre-pied, pour éviter la facilité. Nommer une ville, un personnage, une région ou une mer, c’est d’emblée faire apparaître une forme floue qui va se préciser peu à peu, mais dégage déjà une vague couleur, des contours sans netteté. C’est aussi affirmer son existence, quelque part dans le secret d’un lointain monde secondaire (nomme-t-on des choses qui n’existent pas ?) ; c’est enfin affirmer son plein pouvoir dessus !

Soit dit en passant, c’est d’ailleurs exactement ce que font les mages dans l’univers des Sentiers des Astres, lorsqu’ils nomment des esprits : ils s’emparent de vagues forces éphémères, sans contours ni définition, qui dérivent autour d’eux, pour leur donner une forme, des attributs et une permanence ; et par la même occasion, ils les soumettent à leur volonté.

Pour créer les noms des habitants de l’Héritage, je m’inspire de listes de prénoms celtiques et hindous, dont j’essaie de croiser les racines et les sonorités, pour obtenir ce caractère celto-védique propre à mon univers. Les Firwane sont davantage inspirés de noms et prénoms finnois, les habitants du Freyanth de noms scandinaves, etc.




Bonsoir Stefan, mon dieu Vincent Cassel dans le rôle de Manesh, quelle horreur! Il faudrait un vrai droit de regard sur le casting, non mais! Qu'il est bon de rêver. D'ailleurs, entre toutes tes activités, tu as quand même le temps de dormir? 



Stefan :

Il m’arrive vaguement de dormir entre deux envolées rédactionnelles, mais alors je suis réveillé par une image terriblement nette du visage de Vincent Cassel flottant au plafond. Il me fixe dans les yeux et prononce distinctement : « L’ombre de la souris dans la seconde lune, comment la nommez-vous ? » Avec effroi, je m’entends répondre : « Nous la nommons Mickey Mouse. » Alors Cassel pince les lèvres avec son petit air dur et digne à la fois, et très cérémonieusement, m’assène : « Puis-je porter le nom de Manesh Mickey Mouse » ? En général, je me réveille en hurlant.






Bonsoir Stefan, J'aimerai savoir dans quelle ambiance tu te plonges pour écrire ? As tu des habitudes particulières ? peux tu écrire partout, n'importe quand ? Des manies, des rituels ? Merci d'avance ;) 


Stefan :

Puisque vous en parlez : j’ai de très nombreuses manies, toutes plus horrifiques les unes que les autres. Notamment, je ressens toujours d’horribles fourmillements dans le nez lorsque je parle en public, ce qui me force à me le grattouiller machinalement (en public, donc). Il parait que si vous avez le nez qui gratte, c’est que quelqu’un pense à vous ; du moins, c’est ce qu’on dit en Belgique. Il va de soi que lorsque je parle en public, nombre de gens, hormis les inattentifs, pensent forcément à moi. Comprenez-vous l’intensité de ma torture ? Ah, comme je redoute de devoir un jour passer à la télé, devant plusieurs dizaines de milliers de téléspectateurs concentrés ; assurément, je finirais le pif en sang !


Mais pour s’en tenir à mes petites manies d’écriture (ou à mes rituels, comme on veut) : Je peux écrire dans des tas de lieux et circonstances, y compris des lieux que la décence m’empêche d’évoquer, mais ma préférence va au train, dont je fais grand usage pour me rendre au vrai-boulot-où-l’on-s’ennuie (note : en vrai, je ne m’y ennuie pas du tout, à ce boulot, et même, je l’aime bien, et je salue mes chers collègues au passage). Le train a quelque chose de magique pour écrire : déjà, c’est un voyage, le paysage défile, il y a ce mouvement qui vous porte, ce bercement délicat… je ne vais pas le nommer pour ne pas empiéter sur ses petits secrets, mais je connais un collègue qui est belge et publie chez Actu SF et qui, en plus de ces deux tares (coucou Jérôme, c’est pour rire !), travaille à la SNCB, et abuse de son droit de voyager gratos pour se taper des journées entières dans le train à écrire, en se rendant d’une ville à l’autre sans raison valable. C’est dire comme ça marche bien ! Moi, j’aime bien aussi le train. Mais bien sûr, ça ne fonctionnerait pas sans une autre composante, absolument essentielle : la musique ! Avec le casque sur les oreilles et une BO adéquate, je peux écrire n’importe où. Le casque m’isole des conversations et autres bruits du monde moderne ; la musique me plonge dans mon propre univers. Pour écrire de la fantasy, le leitmotiv de mes choix mélomanes est : étrangeté et dépaysement. Donc : de la Dark ambiant, du soundmapping, des OST de jeux vidéo, du Dead can Dance, des musiques de film, mais en évitant tout ce qui est trop tapageur et pourrait m’empêcher d’entendre avant tout la musique des mots. Et en général, quand je commence une scène, je l’écris entièrement sur le même album. C’est plus facile pour se replonger dedans.


Dites, maintenant que vous avez fini de lire ma réponse : vous ne voudriez pas cesser de penser à moi un moment ? Je voudrais bien récupérer mes doigts pour d’autres usages que de torturer mon tarin.