jeudi 1 juin 2017

Interview de Lionel DAVOUST Tome 1


© Elyra C.


Moi, moi, moi… 

Bon sang, mais qu’est-ce que c’est que ce bruit ? C’est drôle. Ça rappelle les mouettes de Nemo, mais sans le « à » devant. Ça couine et ça piaille, et on dirait même que c’est prêt à rigoler, sans jamais franchir le pas. Une espèce de fausse modestie de pacotille.

Moi, moi, moi… 

Sacré p! de b! de m!, mais d’où ça vient ? C’est continu, tant que je bosse, que j’écris, que je tape. Attends, si je m’arrête un instant d’écrire ce petit texte… Ah, oui, ça s’arrête. Ça fait du bien quand ça s’arrête. Mais là, ça ne s’arrête pas, puisque je tape encore.

      Moi, moi, moi… 

Minute.

Ah, ben oui. Ça vient effectivement de mon… clavier. WTF ? Il est abîmé ou quoi ? Hier, il faisait un bruit parfaitement normal. Et si j’écris autre chose… ? Et puis que je reviens ici… ?

    Moi, moi, moi… 

Fichtrefoutre, alors ça, c’est vraiment bizarre. C’est uniquement en écrivant cette présentation pour Book en Stock que ça me le fait. Dis-donc, le clavier, tu te ficherais pas un peu de ma tronche ?

   Moi, moi, moi… 

Ou… quoi ? Tu me préviens ?

Me préviendrais-tu que toute présentation d’un auteur par lui-même est un exercice éminemment paradoxal, risqué même, car l’écriture est l’une des disciplines où l’individu s’efface le plus derrière l’œuvre, mais où, pourtant, l’ego est le plus développé, car il faut une persévérance digne des plus grandioses mégalomanies pour passer des centaines d’heures sur un même récit, dans une solitude quasi-absolue, et penser malgré tout qu’au bout du compte, ça intéressera quelqu’un ? Et que tu veux ainsi m’éviter de tomber accidentellement dans une logorrhée sans contrôle où, après quatre brouillons ratés, je risquerais d’ériger un monument à ma propre gloire avec la plus honnête des intentions, ce qui serait peut-être excusable, mais fortement gênant pour tout le monde, sans parler de l’ennui que cela ne manquerait pas de générer ? C’est ça que tu me dis, clavier ? Heureusement que je t’ai compris, dis ! Je suis bien content d’avoir regardé tant d’épisodes de Flipper quand j’étais môme, où les humains comprenaient comme par magie aux couinements du dauphin le fin mot de l’histoire trente secondes avant la fin de l’épisode et réglaient tout d’un coup.

Trente secondes, il se trouve que c’est exactement le temps qu’il me reste pour remercier Dup et Phooka de nous héberger tous collectivement pour ce mois. Car cela me touche beaucoup et me fait très plaisir que nous puissions nous rencontrer et discuter ainsi. Merci !

Et je suis bien content aussi, finalement, d’avoir ce clavier qui couine. J’espère arriver à t’écouter aussi longtemps que possible, copain. Tiens, voilà une sardine !
Hum.
Bien. Super. Non, mais, OK, d’accord.

Maintenant, il y a une sardine sur mon clavier. 






********************







Bonjour Lionel,


C'est un immense plaisir de te recevoir ici. Merci beaucoup pour ta présence.

Ma première question: comment passe t'on d'ingénieur agronome à auteur de fantasy?



Lionel:

Merci beaucoup à vous deux pour avoir organisé cette chouette rencontre, je suis sincèrement très honoré et touché d’être ici, merci à vous !


Haha, comment, ou pourquoi ? :p Je vais te dire les deux alors, à commencer par le second.


Pourquoi : parce qu’au fond de moi, je crains de rester un terrible et indécrottable rêveur. J’ai grandi entouré d’imaginaire, mes deux parents étaient de gros lecteurs de SF (mon père achetait Galaxie à l’époque où on le trouvait en kiosque, ma mère a encore tout un rayon d’Ailleurs et Demain aluminium…) et ça a fait partie de ma culture depuis toujours. Mais j’avais une autre passion, un autre rêve, et c’était la mer, les baleines, les dauphins (je fais totalement partie de la génération Grand Bleu).
J’avais donc ces deux passions en grandissant, avec l’aspiration de n’en laisser tomber aucune. J’ai bossé dans le milieu de la biologie marine assez jeune, à travers les zoos d’abord pendant les étés, et puis en parallèle, fallait évidemment faire des études, et comme j’avais quelques facilités, j’ai fini en prépa bio, comme c’était ladite « voie royale ».
Sauf qu’à mon époque, la prépa bio ne préparait qu’aux écoles d’agronomie, un milieu pour lequel, à l’origine, je ne nourrissais guère d’intérêt. Heureusement, Rennes proposait un cursus d’halieutique (l’agronomie de la mer, pour faire vite), donc je n’ai plus eu qu’un but : y aller.
Avance rapide : j’entre à Rennes, je finis mes études, je continue à me spécialiser vers mon but final, mais je découvre, comme souvent, qu’il y a un écart entre la vision romantique du commandant Cousteau et la réalité du terrain – la biologie marine, la cétologie (l’étude des cétacés), c’est beaucoup, beaucoup d’analyse de données (ce qui ne m’amuse que très moyennement) et pas mal de galère pour chercher des financements. En parallèle, je sais que je veux écrire, avoir une composante créative dans mon existence, même si je ne sais pas encore la forme que ça aura. (Pour la petite histoire, j’ai jeté les toutes premières bases d’Évanégyre il y a plus de quinze ans pendant mon stage de fin d’études à La Rochelle :) ).
Mes études finies, je me rends compte que la recherche, à laquelle je me destinais, ne correspondait pas du tout à mon fonctionnement ni à mes aspirations. Mon boulot « sérieux » venant en gros de se révéler une impasse, je décide de me jeter sans filet vers mon autre passion et de trouver un moyen de construire une vie avec, en me disant, tant pis, je trouverai bien dans l’intervalle une autre façon de gagner ma croûte (petits jobs, contrats épisodiques, voire ne pas manger du tout, après tout).


Ce qui nous emmène sur le comment.
En parallèle, j’étais entré dans l’équipe du fanzine Proscrit (dirigé par Stéphane Heude) depuis deux ou trois ans, et une rencontre a été déterminante en 2000 à Étonnants Voyageurs : Stéphanie Nicot, qui dirigeait à l’époque la revue Galaxies (avec un S), m’a repéré comme étant motivé, et proposé d’entrer dans la revue comme critique. J’étais curieux de tout, je voulais écrire, mais je voulais surtout comprendre comment le milieu littéraire fonctionnait, du coup, je voulais m’essayer à tout. Jean-Daniel Brèque, qui dirigeait les fictions anglophones de Galaxies, et qui m’a mis le pied à l’étrier comme traducteur, m’a permis de faire mes premières armes et m’a formé. J’ai beaucoup aimé l’exercice, et par chance, ça m’a donné une timide stabilité financière. De là, j’ai monté les échelons, appris en faisant pas mal de choses, sous l’égide de plein de personnes qui ont cru en mon potentiel (je dois mentionner en particulier Lucie Chenu, qui a dirigé beaucoup d’anthologies et m’invitait régulièrement à ses sommaires), prenant des projets de plus en plus ambitieux, que ce soit au niveau éditorial, de la traduction ou de l’écriture. J’avais énormément à apprendre et j’ai essayé de le faire dans l’ordre, mais j’avais été un lecteur très difficile à satisfaire à l’adolescence, et je crois avec le recul que ça m’a servi. Cela me dictait des exigences déjà très arrêtées sur ce que doit faire un texte pour susciter l’intérêt du lecteur… parce que j’étais déjà moi-même difficile à intéresser (en toute honnêteté, je crois que la description technique précise, ça serait : « super chiant »).


Aujourd’hui, quand je peux, je pars en volontariat écologique sur le terrain, pour me rendre utile, et pour n’avoir que la partie « marrante » de mon ancien boulot ;) 









Bonjour Lionel,

Enchantée de faire partie des chanceuses du mois de... des vénérables mais aussi d'avoir croiser un compatriote breton (pas d'origine mais de <3) aux Imaginales.

D'ailleurs madame est charmante ;) et a su nous faire patienter entre tes conférences de façon très sympa.

Bon alors voilà j'ai la messagère du ciel dans ma PAL de ce mois-ci et j'avoue que c'est un beau pavé ;) je ne m'y attendais pas.

Au vu des échos de nos vénérables je vais me régaler. Donc avant ça je vais faire dans le général pour mes questions et plus axé ensuite lorsque je l'aurai débuté.

Dans la continuité de la question de Phooka : Pourquoi la fantasy? et pas un autre genre?

Le scénario t'est-il venu facilement pour la messagère ou a-t-il longuement tournoyé dans les méandres de ton esprit scientifique d'agronome?

Et pourquoi parler de sardine en présentation je croyais que l'on devait emmener du saucisson???

A bientôt




Lionel:

Merci Aely, ravi d’être ici, et grand merci pour madame, à qui je transmets ! (Elle relit tout de toute façon pour s’assurer que je ne me la pète pas trop, ce qui est une de mes plus grandes trouilles en ce monde, avec les fruits de mer. Je sais, c’est bizarre pour un biologiste marin.)


Pourquoi la fantasy… Il y a la réponse intellectuelle et la réponse viscérale.
La réponse viscérale, c’est une question de goût et d’inclination, bien sûr. Le décalage avec la réalité, la vision autre du monde, qui s’ancre non pas dans la technologie (bien que je sois un geek) mais dans les potentialités pures de l’être humain m’a toujours fasciné et attiré (ça se voit tout spécialement dans Léviathan). Personnellement, je suis convaincu des infinies possibilités de l’humain, ce qu’on peut apparenter à une vision spiritualiste, mais la plupart des visions spiritualistes du domaine me bassinent prodigieusement quant à leur naïveté et leur ignorance des réalités du monde naturel, laquelle me paraît une irréfutable démonstration de la volonté de puissance nietzschéenne (mais je m’égare).
À l’origine, j’ai des affinités pour le surréalisme et le réalisme magique, et aussi la création de mondes, l’aspect démiurgique – tout cela, de facto, me fait entrer dans les cases de la fantasy, soit, en résumé : magie + monde imaginaire. Et ça me va bien, tant qu’on s’efforce de pousser l’enveloppe du genre, de le questionner dans ses frontières, dans ses codes, sans jamais oublier la notion de divertissement (car on raconte des histoires, notre premier objectif est de divertir le lecteur).


Ce qui m’amène au versant intellectuel, auquel je réfléchis plus récemment : j’aime par-dessus tout la fantasy en raison de la liberté inégalée qu’elle offre. Rien n’y est interdit tant qu’on conserve une cohérence narrative et une hypothèse de monde imaginaire qui tient la route. J’adore la science-fiction, cependant (je risque encore de me faire des potes) on y rencontre une mouvance revendiquée fortement par certains critiques et auteurs, dans laquelle je ne me retrouve absolument pas, et c’est celle de faire de la SF une littérature d’idées avant toute chose – tout le problème étant, à mon goût personnel, dans ce « avant toute chose ». Bien sûr que la SF porte des idées, mais toute littérature de qualité, je pense, porte des idées ; bien sûr, nous sommes beaucoup à espérer faire de la littérature qu’on voudrait un peu intelligente, qui ouvre des portes de réflexion – en un mot, on a parfois des ambitions, ce qui est louable –, mais je pense qu’on raconte des histoires d’abord et avant tout. Nous ne sommes pas des essayistes, nous sommes des amuseurs, et il ne faut pas le perdre de vue – c’est ce qui me gêne dans ce que je perçois comme un effet pervers d’une quête par ailleurs honorable de légitimité.


Après, rien n’interdit à l’amuseur de questionner, de provoquer, de susciter des interrogations, de mettre en exergue des motifs humains, bien au contraire ! La fiction est peut-être, justement, un prodigieux support pour cela – le conte, une des racines de la fantasy, en constitue l’exemple ancestral. Mais les priorités sont pour moi clairement hiérarchisées. Si je prends un roman, je veux qu’on m’emmène, qu’on me raconte une histoire, qui me fasse vibrer, peut-être réfléchir, mais c’est le divertissement qui m’emporte d’abord, et d’ailleurs, les questionnements passent paradoxalement d’autant mieux que le divertissement est réussi. Tout cela n’interdit évidemment pas à la fantasy de déployer des idées (et elle le fait très souvent), mais elle ne se définit jamais d’emblée comme ça ; elle met en avant l’émerveillement, le récit, le conte, l’épique, le mythe ; elle met en avant l’histoire, et ça correspond simplement mieux à mon approche de la narration.


Alors attention, tout ce qui précède (c’est bien le sense of wonder qui forme l’un des piliers du genre !) est évidemment constitutif de la SF tout autant que de la fantasy, et beaucoup d’auteurs le font merveilleusement bien (relire par exemple la SF de Roger Zelazny). Encore une fois, j’ai énormément de respect pour la SF, je l’aime et j’ai grandi avec Sheckley, Van Vogt et plein d’autres. Mais j’ai du mal avec les gardiens du temple, d’où qu’ils viennent, surtout quand il s’agit de défricher de nouveaux espaces et d’expérimenter ; les classifications m’étouffent dès lors qu’elles visent à définir ce qui est convenable ou pas, et ce discours a pris trop d’ascendance en SF pour moi. En fantasy, ces gardiens du temple n’existent (pas) encore (trop), on se concentre traditionnellement davantage sur le plaisir, et donc, on me fout encore pas mal la paix quant à ce que je peux ou ne pas faire. Et je compte bien faire ce que je veux.


Parce qu’au fond, je vais t’avouer un truc : je ne sais pas si La Route de la Conquête ou La Volonté du Dragon ne sont pas peut-être des livres de SF, en réalité ! Ce sont assurément des problématiques de SF (le premier contact), Évanégyre est assurément du planet opera, donc théoriquement, tout ça, c’est de la SF ! Pratchett disait « La science-fiction, c’est de la fantasy avec des boulons » – la distinction me paraît d’autant plus artificielle qu’en vérité, les deux genres sont frères (ou sœurs ?). Ils ont une histoire très différente mais ils sont parvenus aujourd’hui quasiment au même point, à des discours voisins, en employant un arsenal simplement différent. Les deux utilisent un biais métaphorique pour a) s’amuser, en racontant une histoire qu’on espère bonne et b) en construisant un monde imaginaire ou du moins en décalage avec le nôtre. La SF extrapole sur le connu, la fantasy extrapole sur l’inconnu (le magique), mais c’est une différence de moyens plutôt que de finalité, à mon avis. Pour tout te dire, j’espère que dans cinquante ans, les genres auront fusionné. La technologie paraît assurément magique aujourd’hui, et la magie s’est toujours étudiée sur une base empirique (bien que biaisée). Alors, quoi ? Finalement, Star Wars, c’est de la fantasy ou de la SF ? En fait, je crois que le grand public s’en fiche pas mal et que le fan de Star Wars, de Star Trek, s’intéresse tout autant à Game of Thrones et à True Blood : il s’intéresse à l’imaginaire, point. C’est mon cas. Et pour moi, au final, c’est la seule distinction réellement opérante. C’est la même famille et le même état d’esprit.



Fiou, voilà qui était interminable. ^^


Concernant la gestation de La Messagère du Ciel, et de « Les Dieux sauvages » en général, j’avais l’idée finale dès les premiers jets de Port d'Âmes, soit il y a dix ans maintenant. Je n’avais pas forcément la structure dans les détails, mais les grands enjeux, Mériane, Wer et Aska, l’époque, oui. Quand j’ai enfin pu m’y mettre en 2016, c’est là que j’ai planifié, et ça a été un procédé assez hybride entre la construction (j’ai le fin mot de l’histoire, le passé de tout le monde, les véritables enjeux) et la découverte de certains points de scénario qui m’ont surpris moi-même (par exemple, vers les 2/3 du roman, Izara prend une décision politique assez radicale – elle s’est imposée sur le moment, cela ne faisait pas partie des choses qui étaient prévues à l’avance). C’était un peu angoissant car je préfère savoir pleinement où je mets les pieds avant d’attaquer, mais pour un projet de cette complexité, c’était impossible de planifier tout dans le détail. Ça a été un exercice de lâcher-prise assez salutaire au final, et qui m’a permis, je crois, de donner pas mal d’énergie au livre, et qui m’a appris beaucoup sur moi-même


Le saucisson c’est pour moi ! La sardine c’est pour Flipper. Chacun sa friandise ! 












Bonjour Lionel

Ravie que tu sois à l'honneur pour ce mois organisée par Book en Stock

Je me suis demandée concernant Evanegyre si tu avais prévu la chronologie du monde depuis le début de la création de l'univers ou si au contraire c'était plus libre pour pouvoir y insérer divers événements?





Lionel:



Merci et ravi qu’on se retrouve tous ici ! :) 


Alors, la chronologie d’Évanégyre, c’est les deux. Il y a des âges très définis avec un esprit très clair pour moi, des ères différentes du monde, si tu préfères, avec des évolutions progressives. (On en a vu trois dans les publications, sur les cinq que compte la chronologie maîtresse de l’univers.) Mais celle-ci me laisse aussi énormément de place pour improviser, rajuster, zoomer sur des lieux, des événements qui m’intéressent ou qui émergent organiquement du reste. C’est autant un processus de construction (définir les grands ensembles) que de découverte progressive (quand je vais dans le détail et que les conséquences et les causes se répondent et se mettent en place, dictant d’autres résonances). Il y a autant de création ex nihilo que de réflexion sur ce que j’ai déjà. 








Ô la boulette a encore frappé! Tu n'as pas fait que de la fantasy mais aussi du thriller. Je crois que je suis amoureuse lol

Leviathan a l'air génial et honte à moi qui adore de genre je n'en avais pas entendu parlé. Du coup pourquoi ce changement de cap? ;)





Lionel:

Ahaha :) Attention, comme j’ai dit, madame lit tout :p


Merci pour Léviathan ! Alors, pour être exact… C’est de la fantasy urbaine. Mais avec les codes du thriller. En fait, ça commence par du thriller assez classique, mais ça bascule dans le fantastique, l’ésotérique, puis le magique. Donc on est clairement là aussi dans l’imaginaire – mais qui avance masqué. En gros, c’est du thriller ésotérique où la magie fonctionne – donc c’est de la fantasy, non ? J’ai bon ? ;)
Du coup, je ne considère pas du tout Léviathan comme un changement de cap ou une anomalie dans ma bibliographie, c’est juste un récit plus proche des frontières entre littératures générale et de l’imaginaire, plus ambigu, et il se trouve qu’il été publié de l’autre côté de la barrière sans étiquette (une expérience très intéressante pour moi sur la perception des genres hors du milieu, et de la générale par le milieu). Mais il aurait pu trouver sa place en collection de genre traditionnelle sans problème à mon avis. C’est juste plusieurs choses à la fois, et ça dépend l’angle qu’on favorise pour le définir. Comme je l’ai mentionné, je n’aime pas les cases ;) 







Bonjour Lionel,

Je te découvre grâce à ce "Mois de..." et pour l'occasion j'ai commencé à lire Port d'âmes :-) Face à un univers si riche et élaboré, je me demandais comment tu travaillais tes textes : est-ce que tu es du genre "architecte", avec une armature / idée de base que tu suis jusqu'au bout, sans dévier, ou est-ce que tu es plutôt du genre "jardinier", suivant un fil conducteur tout en te laissant porter par tes personnages et les évènements, "improvisant" au fur et à mesure de l'avancée de l'intrigue ?





Lionel:


Merci pour ta lecture et hello ! 
J’en ai un peu parlé plus haut, mais de façon plus générale, je suis quand même globalement très architecte. J’ai besoin d’avoir ma fin, mes grands mouvements, mes personnages avant de pouvoir écrire une seule ligne. Et dans l’écriture, chaque jour, je me définis ce qui va se passer dans une scène : qui veut quoi, pourquoi c’est compliqué, quelle est la finalité, ça se passe où, quels sont les coups de théâtre ? Mais ça me sert de plus en plus de filet de sécurité plutôt que de chemin absolu à suivre. Les personnages me surprennent (et tant mieux), je fais toujours des détours, altère le plan prévu au fil de l’écriture, je rectifie le cap, me laisse porter par les impératifs et l’élan qu’acquiert le livre au fur et à mesure de sa progression, tandis que je découvre ce dont il veut *vraiment* parler. Je finis presque toujours à la fin prévue, en revanche. La fin est pour moi ce qui vient justifier et éclairer tout le chemin parcouru : c’est la clé de voûte, donc le but vers lequel je tends. Il m’est arrivé parfois d’en trouver une meilleure en cours de route, mais c’est très rare, et uniquement sur des nouvelles. En revanche, bien sûr, la mise en scène, comment la vivent les personnages, se décide sur le moment, en fonction de tout ce qui s’est produit avant – je suis globalement incapable d’écrire une scène à l’avance, a fortiori la fin, parce qu’il se développe au fil du récit cette énergie, cette dynamique, qui va influencer l’humeur de tout ce qui suit, et j’ai besoin de parcourir ce chemin au fur et à mesure pour connaitre l’atmosphère ce qui vient, page après page. 










Bonjour

A forcé de traîner sur book en stock j'ai fini par acheter un de tes livres... Je vais essayer de le lire en plus du partenariat. J'utilise le tutoiement car moi aussi j'ai beaucoup regardé Flipper...

Ma question : ce qui m'a frappé en commençant "la route de la conquête " ce sont les paysages,les étendues. Quels lieux réels ont pu t'inspirer avant de devenir des lieux l'imaginaires ?

Bon courage je sens qu'il va y avoir une horde de fan dans le coin !




Lionel:

Merci à toi pour ta lecture ! Ah, Flipper – il vaut mieux rester aux jolies histoires et ne pas trop creuser la véritable histoire de la série, malheureusement… Et merci pour ta sensibilité aux espaces de La Route de la Conquête :) 


Je voyage pas mal, dès que je peux, ce qui inspire forcément pas mal. Mais c’est marrant, je n’ai pas d’inspiration particulière pour La Route de la Conquête. J’avais juste cette idée à l’origine d’un peuple nomade et de chars à voiles – c’est devenu l’Océan Vert. La première question, du coup, c’était : pourquoi vivre sur de telles machines branlantes et dangereuses ? La notion de la steppe avec ses herbes extrêmement résistantes s’est imposée, dictant le mode de transport, la faune, etc. En fait, derrière ça, et la philosophie umsaïe, j’ai construit en réalité une toile écosystémique assez compliquée pour faire tenir le tout (mon côté biologiste tenait à tout savoir dans le détail), qui n’est quasiment pas évoquée dans le texte final (parce que je pense que ça n’amuse que moi et que ça ne servait à rien narrativement), mais qui se fonde sur des notions de convergence évolutive et de bloqueurs hormonaux qui explique la façon dont toute la vie s’organise dans la steppe. Or, comme les spiritualités, coutumes et philosophies humaines naissent beaucoup de leur environnement immédiat, les Umsaïs se sont construits là-dessus, en accord avec le milieu où ils ont évolué. 








En parlant de bruits... moi j'ai le choix entre les travaux autour de chez moi... ou mon fils ! Pas facile de lire! Lol! Attention au clavier fatigué il y a un mois de questions auxquelles répondre !





Lionel:

J’en ai parlé sur Facebook, je vous jure, alors que j’écris ça y a un truc sur le chantier d’à côté qui fait le bruit du TARDIS. C’est très, très bizarre. J’ai failli sortir mon magnéto pour l’enregistrer. 







La suite: Tome 2




17 commentaires:

  1. Bonjour Lionel,

    C'est un immense plaisir de te recevoir ici. Merci beaucoup pour ta présence.

    ma première question: comment passe t'on d'ingénieur agronome à auteur de fantasy?

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  2. Bonjour Lionel,
    Enchantée de faire partie des chanceuses du mois de... des vénérables mais aussi d'avoir croiser un compatriote breton (pas d'origine mais de <3) aux Imaginales.
    D'ailleurs madame est charmante ;) et a su nous faire patienter entre tes conférences de façon très sympa.
    Bon alors voilà j'ai la messagère du ciel dans ma PAL de ce mois-ci et j'avoue que c'est un beau pavé ;) je ne m'y attendais pas.
    Au vu des échos de nos vénérables je vais me régaler. Donc avant ça je vais faire dans le général pour mes questions et plus axé ensuite lorsque je l'aurai débuté.
    Dans la continuité de la question de Phooka : Pourquoi la fantasy? et pas un autre genre?
    Le scénario t'est-il venu facilement pour la messagère ou a-t-il longuement tournoyé dans les méandres de ton esprit scientifique d'agronome?
    Et pourquoi parler de sardine en présentation je croyais que l'on devait emmener du saucisson???
    A bientôt

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    1. Ô la boulette a encore frappé! Tu n'as pas fait que de la fantasy mais aussi du thriller. Je crois que je suis amoureuse lol
      Leviathan a l'air génial et honte à moi qui adore de genre je n'en avais pas entendu parlé. Du coup pourquoi ce changement de cap? ;)

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  3. Bonjour Lionel
    Ravie que tu sois à l'honneur pour ce mois organisée par Book en Stock
    Je me suis demandée concernant Evanegyre si tu avais prévu la chronologie du monde depuis le début de la création de l'univers ou si au contraire c'était plus libre pour pouvoir y insérer divers événements?

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  4. Bonjour Lionel,
    Je te découvre grâce à ce "Mois de..." et pour l'occasion j'ai commencé à lire Port d'âmes :-) Face à un univers si riche et élaboré, je me demandais comment tu travaillais tes textes : est-ce que tu es du genre "architecte", avec une armature / idée de base que tu suis jusqu'au bout, sans dévier, ou est-ce que tu es plutôt du genre "jardinier", suivant un fil conducteur tout en te laissant porter par tes personnages et les évènements, "improvisant" au fur et à mesure de l'avancée de l'intrigue ?

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  5. Bonjour
    A forcé de traîner sur book en stock j'ai fini par acheter un de tes livres... Je vais essayer de le lire en plus du partenariat. J'utilise le tutoiement car moi aussi j'ai beaucoup regardé Flipper...
    Ma question : ce qui m'a frappé en commençant "la route de la conquête " ce sont les paysages,les étendues. Quels lieux réels ont pu t'inspirer avant de devenir des lieux l'imaginaires ?
    Bon courage je sens qu'il va y avoir une horde de fan dans le coin !

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  6. En parlant de bruits... moi j'ai le choix entre les travaux autour de chez moi... ou mon fils ! Pas facile de lire! Lol! Attention au clavier fatigué il y a un mois de questions auxquelles répondre !

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  7. bonjour Lionel !

    Je crois que j’ai un penchant pour les têtes rasées qui écrivent de la fantasy, car il y a vraiment beaucoup de chauves sympas dans ce genre littéraire, est ce que vous vous arrachez les cheveux à force de nous trouver des sujets plus originaux les uns que les autres ! ;)non… je plaisante ! Je suis plongée dans PORT d’AMES et je le déguste, j'aime beaucoup l'atmosphère … si Andrée la papivore souhaite connaitre le cheminement de ton écriture, moi, j’aimerai bien connaître l’idée de base de cette histoire qui parait en fait très actuelle, drogue, politique, complots, otages … ?
    Merci d’avance

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  8. Une Dup qui arrive après la bataille ! C'est bon, personne ne m'a piqué la question qui me turlupinait : Dans Port d'âme qui se passe à Aniagrad, Rhuys est un "expat" de Rhovel. La messagère du ciel se déroule en Rhovelle.
    Quelle explication nous donnes-tu pour cette montée en grade justifiée par un 2L E ?
    Où se situe Kaledan sur notre carte de la Rhovelle (même si moi je sais maintenant, pas les autres)?
    Aura-t'on un jour une planisphère d'Évanégyre ? Ben oui, j'aimerai bien voir où positionner Aniagrad !
    Je suis très terre à terre, je sais, mais c'est mon petit côté scientifique dont je n'arrive pas à me débarrasser.

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  9. Bonjour Lionel !
    Je viens tout juste de refermer Port D'Âmes et que ce fût dense ! J'en ressors ravie et pleine de questionnement sur le Transfert, les Anges et j'en passe... mais je vais me garder quelques (nombreuses) questions sous le coude, en ne commençant que par celle-ci : cet aperçu d'Évanégyre m'a très nettement donné envie d'en savoir plus, mais de La Volonté du Dragon, La Route de la Conquête ou de la Messagère du Ciel, je ne saurais pas par lequel poursuivre, quel est la chronologie historique de l'univers que tu as créé ?

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  10. Bonjour Lionel,

    Je m'en viens entrouvrir la porte de Book en Stock dans le cadre de ce mois de... alors que je termine tout doucement la lecture de Port d'Ames, découvrant par la même occasion une très belle plume...

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  11. Bonjour Lionel,

    Port d'âmes m'a fait rêvé et j'ai tout particulièrement aimé votre plume ainsi que la poésie de ce livre. Je voulais donc savoir si vous écriviez de la poésie? ou plus généralement la place de la poésie dans votre écriture? (Ma première question pour une "mois de..." je suis toute excitée :) ).

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  12. Psss, bah voilà, je m'absente une demie-journée et déjà mille questions ! (dont plusieurs que j'aurais pu poser donc les réponses m'intéressent, surtout celle de Dup :P )
    Ouf on ne m'a pas volé la mienne !
    Bon LA question qui me turlupine...
    Mais pourquoi les orques ?
    (je sais on pourrait aussi me demander pourquoi Snow, mais ce n'est pas de moi qu'on parle :P )

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  13. Hello Lionel, et ravie de te retrouver ici ! Bon, une petite question préliminaire, vu que je ne vais pas tarder à attaquer Les dieux sauvages : vas-tu te révéler aussi sadique que certains auteurs de ma connaissance ? Vais-je pleurer, trembler de rage, trépigner ? Il me tarde !

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  14. Bonjour M. Davoust, étant une vieille bique lectrice de sf et de fantasy depuis un temps certain, j'avoue avoir été très très agréablement surprise en découvrant "Port d'Âmes" et "La route de la conquête". Car, fait assez rare en fantasy, vos livres ont du fond. J'y ai lu, en filigrane, des critiques assez salées sur certains aspects de notre société (amenées avec une rare élégance, je dois dire)...A moins que je me sois fourvoyée... Bref, qu'est ce qui vous a poussé à vous pencher sur les religions dans "La Messagère du ciel "?

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  15. Bonjour Lionel, je me plonge dans les lectures de deux de vos livres "Port d’Âmes" et "La Messagère des Dieux" et reviens très vite pour mes premières questions. D'ores et déjà du temps que vous allez nous consacrer, hâte d'échanger avec vous et de découvrir les questions de mes camarades avisé.
    Voici déjà mon billet de présentation sur mon blog. http://passiondelecteur.over-blog.com/2017/06/vous-avez-aime-le-mois-de-nathalie-dau-chez-book-en-stock-vous-adorerez-le-mois-de-juin-consacre-cette-fois-a-lionel-davoust.html

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