samedi 1 juillet 2017

Interview de Lionel Davoust Tome 8




Voici donc le Tome 8 !
Record battu Lionel, jusque là c'était Gabriel Katz qui le détenait avec 7 tomes.

vous pouvez retrouver le début de l'interview ici: 



© Elyra C.


Moi, moi, moi… 

Bon sang, mais qu’est-ce que c’est que ce bruit ? C’est drôle. Ça rappelle les mouettes de Nemo, mais sans le « à » devant. Ça couine et ça piaille, et on dirait même que c’est prêt à rigoler, sans jamais franchir le pas. Une espèce de fausse modestie de pacotille.

Moi, moi, moi… 

Sacré p! de b! de m!, mais d’où ça vient ? C’est continu, tant que je bosse, que j’écris, que je tape. Attends, si je m’arrête un instant d’écrire ce petit texte… Ah, oui, ça s’arrête. Ça fait du bien quand ça s’arrête. Mais là, ça ne s’arrête pas, puisque je tape encore.

      Moi, moi, moi… 

Minute.

Ah, ben oui. Ça vient effectivement de mon… clavier. WTF ? Il est abîmé ou quoi ? Hier, il faisait un bruit parfaitement normal. Et si j’écris autre chose… ? Et puis que je reviens ici… ?

    Moi, moi, moi… 

Fichtrefoutre, alors ça, c’est vraiment bizarre. C’est uniquement en écrivant cette présentation pour Book en Stock que ça me le fait. Dis-donc, le clavier, tu te ficherais pas un peu de ma tronche ?

   Moi, moi, moi… 

Ou… quoi ? Tu me préviens ?

Me préviendrais-tu que toute présentation d’un auteur par lui-même est un exercice éminemment paradoxal, risqué même, car l’écriture est l’une des disciplines où l’individu s’efface le plus derrière l’œuvre, mais où, pourtant, l’ego est le plus développé, car il faut une persévérance digne des plus grandioses mégalomanies pour passer des centaines d’heures sur un même récit, dans une solitude quasi-absolue, et penser malgré tout qu’au bout du compte, ça intéressera quelqu’un ? Et que tu veux ainsi m’éviter de tomber accidentellement dans une logorrhée sans contrôle où, après quatre brouillons ratés, je risquerais d’ériger un monument à ma propre gloire avec la plus honnête des intentions, ce qui serait peut-être excusable, mais fortement gênant pour tout le monde, sans parler de l’ennui que cela ne manquerait pas de générer ? C’est ça que tu me dis, clavier ? Heureusement que je t’ai compris, dis ! Je suis bien content d’avoir regardé tant d’épisodes de Flipper quand j’étais môme, où les humains comprenaient comme par magie aux couinements du dauphin le fin mot de l’histoire trente secondes avant la fin de l’épisode et réglaient tout d’un coup.

Trente secondes, il se trouve que c’est exactement le temps qu’il me reste pour remercier Dup et Phooka de nous héberger tous collectivement pour ce mois. Car cela me touche beaucoup et me fait très plaisir que nous puissions nous rencontrer et discuter ainsi. Merci !

Et je suis bien content aussi, finalement, d’avoir ce clavier qui couine. J’espère arriver à t’écouter aussi longtemps que possible, copain. Tiens, voilà une sardine !
Hum.
Bien. Super. Non, mais, OK, d’accord.

Maintenant, il y a une sardine sur mon clavier. 





Bonjour Lionel,

Tu parles de Twin Peaks (dont je suis une grande fan au point d'être allée voir sur place à quoi ça ressemble ;)). Aimes tu regarder des séries? Quelles sont tes préférées ? Aimerais-tu que le royaume d'Évanégyre soit le centre d'une série? Bon j'imagine que oui, ma question est idiote, mais as tu déjà songé ou été contacté pour transformer ton monde en série (ou web-série) en BD ou tout autre format ?



Lionel :

Haaaan, tu es allée sur place ♥  Ça va, tu n'as pas fais de mauvaises rencontres dans les bois ?

Oui, j’adore les séries et j’en ai toujours regardé beaucoup (je me tape en moyenne deux épisodes par jour, même si, à cause du boulot, je suis obligé de me réserver des formats de 26’ plutôt que de 52). J’aime énormément la narration au long cours que cela permet, le fil rouge, l’immersion. 

Celle qui se trouve sans hésitation au pinacle pour moi, qui m’a aussi beaucoup appris sur l’écriture (en me montrant qu’il me fallait avoir ma fin avant de penser à un début), c’est Babylon 5. Les trajectoires au long cours des personnages, la représentation assez vraisemblable de l’humanité du futur, la façon dont tout s’imbrique et l’humour ravageur y compris dans les situations désespérées en font pour moi un chef-d’œuvre. Battlestar Galactica 2004, que j’aime beaucoup, est peut-être celle qui s’est le plus approchée de ce souffle épique, mais son manque de cohésion au bout du compte la laisse inférieure à mon goût. Je suis aussi un fan au long cours de l’univers de Star Trek. Dans les plus récentes, celles que j’ai suivies avec le plus d’assiduité étaient Black Sails (waouh l’ambiance), Real Humans alias Akta Manniskor (waouh l’exhaustivité), évidemment Game of Thrones. Je ne dédaigne absolument pas une bonne petite sitcom de temps en temps, au contraire ; ça me fait du bien de me sortir un peu de l’imaginaire, et puis je suis complètement fleur bleue, et j’ai marché comme une midinette dans Friends (à l’époque ; je trouve ça assez réac aujourd’hui) et, plus tard, How I Met your Mother. 

J’adorerais qu’Évanégyre soit au centre d’une série, bien sûr, davantage que d’un film (même si je ne serais pas contre non plus, hein !). Je pense toujours à des adaptations de loin en loin de mes univers, j’ai grandi avec les tout débuts du transmédia quand ça ne s’appelait pas encore ainsi (on parlait encore plutôt de licences) et c’est un réflexe assez naturel de les construire en prévoyant la place pour ça. Au-delà de la narration à l’image, j’ai songé à du jeu de rôle, de la BD, du jeu vidéo. Il n’y a rien de concret dans ce domaine pour l’instant (de toute façon, c’est extrêmement long à concrétiser) mais il y a eu des volontés intéressées. À voir ce qui portera, ou pas, ses fruits. Ce que je souhaite vraiment, c’est garder une main sur le processus de telles déclinaisons pour ce qui est de l’histoire. Je voudrais que de telles additions, si elles existent, fassent partie intégrante de l’univers au même titre que les livres, et puissent obéir au même principe d’indépendance des récits, tout en faisant partie de la trame à part entière. 

Au fait, on m’a dit de te dire que ton chewing-gum préféré va revenir à la mode. 






Dup

À moi ! Ne crois pas que l'on va te lâcher comme ça !

Je disais donc que je voulais lire La volonté du dragon...mais je vais te dire ce qui me freine : sa taille ! Et oui, contrairement à d'autre, un petit livre car il fait moins de 200 pages (bon, je t'accorde que la police est petite) j'ai toujours peur d'être frustrée.
Sauf si tu me promets que tu vas y revenir à cette période et parler encore de l'Empire d'Aresth. De telle sorte que je le lirai un peu comme une introduction. D'une future trilogie ?

J'en viens donc à ma question : J'ai donc dans ma bibli les 4 romans parus à ce jour sur Évanégyre. Force est de constater qu'au fil des parutions la taille de tes romans croît (pour mon plus grand plaisir je le répète). Tu l'expliques comment ? Une meilleure perception du monde que tu créés ? Une meilleure confiance en toi ?


Lionel :

Je ne veux pas être lâché ! :) 

Alors : je promets GRAVE. Je suis très loin d’avoir couvert tout ce que j’aimerais dire sur la période des conquêtes d’Asreth. En revanche, je ne peux pas dire encore la forme que ça prendra. Des récits ponctuels, des nouvelles et des novellas comme dans La Route de la Conquête, c’est une certitude, il y en aura d’autres. Une ou des séries, il y en aura certainement aussi, mais j’avoue que je n’ai pas encore trouvé la forme juste (sauf pour tout ce qui raconte la fin de l’Empire, mais ça n’est pas pour tout de suite). C’est une période avec beaucoup d’évolutions dans les siècles, et il me faut trouver la forme juste pour traiter de tout ça, ou bien choisir des pivots capitaux, et ça implique de faire de la géopolitique de détail assez monstrueuse. 

Je suis content que tu apprécies l’augmentation de taille des livres ! Cela s’explique un peu par tout ce que tu dis. Déjà, j’étais un auteur de nouvelles à la base, et le roman a été un apprentissage d’un métier très différent quant à la forme. La toute première mouture de Port d'Âmes était une novella, qui a formé (avec la novella « L’Importance de ton regard ») une exploration fondamentale pour moi d’une forme plus longue. Mais ensuite, j’ai écrit le « vrai » roman Port d'Âmes (même s’il devait être lourdement retravaillé), qui faisait déjà un million de signes, et avec ça, j’avais franchi mon propre mur du son. Du coup, je devenais plus libre d’aborder les formats que je souhaitais. Et à partir de là, encore une fois parce que je suis un auteur de nouvelles à la base, j’ai toujours eu tendance à sous-estimer la longueur de mes histoires et la complexité de ce que je voulais traiter, ce qui doit jouer aussi dans l’augmentation de taille à mesure que je suis toujours plus capable de réaliser mes ambitions. La Volonté du Dragon devait être une novella, c’est un court roman. Je pensais que Port d'Âmes maigrirait au retravail, en fait j’ai coupé des scènes et j’en ai ajouté d’autres nécessaires et plus intéressantes. En parallèle à cela, il y a aussi une stratégie consciente de ma part qui consiste à faire découvrir l’univers avec des récits plus courts pour montrer au lecteur que je sais où je vais, que, si je me lance dans une série, il peut me faire confiance : d’une, j’ai déjà un peu de métier derrière moi (« Les Dieux sauvages » est ma deuxième trilogie après Léviathan), de deux, il y a un éditeur qui suit et qui croit au projet, ça ne va pas être annulé (comme hélas trop de séries) au deuxième volume sans qu’on ait jamais la fin. Mais cette confiance, je considère qu’il fallait la mériter, et que cela pourrait se faire avec des récits plus courts. 

Je prends garde au « piège du monde », toujours. C’est-à-dire, d’en rajouter sur l’univers et ses composantes simplement parce que je les connais mieux. D’une part, il y a beaucoup de choses que je sais déjà de toute façon et que je n’ai pas dites, mais surtout, d’autre part, je m’efforce toujours de n’expliquer que ce qui est pertinent pour l’histoire en question, et non me faire plaisir à déblatérer des éléments sur Évanégyre en m’écoutant écrire. J’essaie toujours de faire en sorte que chaque livre puisse être le premier pour le lecteur, mais qu’il puisse aussi satisfaire le connaisseur. Mon optique, pour cela, c’est de me limiter uniquement à ce qui a du sens pour cette histoire et ces personnages-là, et surtout de voir en quoi cela influence leurs vies. C’est tout ce qui importe, en fin de compte. 










Phooka :

Tiens je rajoute une question à la con (oui je suis championne pour ça). Comme tu peux le voir ici, notre prochaine invitée est Chloé Chevalier. Je sais que vous vous êtes au moins rencontrés à Grenoble (...). As tu lu ses romans? Quelle question aimerais tu lui poser? (Si tu en as une ce sera elle qui ouvrira son Mois de en Septembre ;))


Lionel :


Yep, en effet, j’ai eu le plaisir de partager la rencontre à Decitre avec elle et Gabriel Katz ! Je crois bien que c’était notre première table ronde ensemble. Je dois avouer que je n’ai pas lu les Récits du Demi-Loup, et donc, très sincèrement, j’aurais peur de poser une question débile (surtout si elle doit ouvrir le bal :) ) 










Licorne :

Lionel, merci pour toutes ces réponse, comme Amaruel, je serai présente au château de Comper, mais le 22 finalement ! Tu seras là aussi ? On pourra manger du pâté et surtout boire un coup en trinquant à la santé des filles de Bookenstock qui nous font vivre de sacrés bons moments auprès des auteurs ! A bientôt en Bretagne ! ;)


Lionel :


Merci à toi Licorne, content de te rencontrer également à Comper ! Yep, je suis là tout le week-end, et toujours prêt à trinquer (hé, c’est la Bretagne ;) ), encore plus à la santé de Phooka et Dup ! A très bientôt ! 








Gwen Snow :

Ah !

Avant que le mois ne se termine, j'ai encore une petite question ;)
Est ce qu'on aura (un jour) la chance de lire la chute d'Asreth, de savoir comment le dragon est tombé et comment Wer a recréé le monde ? (je suis hyper curieuse de ça maintenant que j'ai terminé La Messagère du Ciel :P )


Et si nous n'avons pas l'occasion de nous recroiser, merci tout plein pour toutes les réponses que nous a donné et merci pour tes livres :D


Lionel


Autant de petites ou grandes questions que tu veux :) 

Alors : oui à tout ce que tu dis, la chute de l’Empire, du Dragon, ce qui s’est passé, la refonte du monde. Oui oui oui, un grand oui enthousiaste et passionné, c’est probablement, dans Évanégyre, le projet qui me fait le plus envie pour continuer à l’heure actuelle (mais probablement pas encore le plus pertinent pour l’instant, parce que c’est horriblement ambitieux). Cependant, tu vas déjà avoir des réponses là-dessus dans les suites de La Messagère du Ciel, en principe. 

C’est moi qui te remercie pour tes questions, ton enthousiasme, merci à toi pour tes lectures et ta passion depuis toutes ces années, Snow. :) 







Ramettes :

Merci pour ce mois... comme tu as vu ma chronique est en ligne. En fait il faut que j'écrive mes chroniques avant que le mois soit trop avancé parce que ça m'a perturbée toutes tes réponses... Bon comme disait Olivier plus haut, te voilà avec de nouveaux fans...


Lionel :


Merci beaucoup Ramettes ! Tu révèles des dimensions inconscientes dans La Route de la Conquête auxquelles je n’avais pas pensé : la grandeur, le langage corporel… Je suis très content que tu aies fait un beau voyage sur cette route ! J’espère ne pas t’avoir trop perturbée quand même ! :)









Olivier BIHL :


Bonsoir Lionel, merci de tes réponses, à l'heure où va se clôturer cet excellent mois et peut-être les départs en vacances pour nous comme toi.... tes vacances se passent plutôt à l'étranger, consacré au farniente ? ou au contraire à l’écriture (et tu as intérêt à mettre les bouchées doubles pour le tome 2 tu ne peux pas nous laisser comme cela dans l'expectative lol) ? En profites-tu pour lire les récits de tes camarades ? Quelle est ta valise livres de l'été ? Et pourquoi Wer est-il si imbu de lui ?




Lionel :


Va… Vaquoi ? :p 

J’en prends trop peu, j’avoue, je suis toujours à faire cent choses à la fois (que j’aime) donc j’ai toujours beaucoup de mal à déconnecter. Le farniente n’est pas mon truc, glander sur une plage sans rien faire tout l’après-midi, je deviens dingue au bout d’une demi-heure, je sens littéralement l’énergie vitale fuir hors de mon corps. Donc, soit je pars au bout du monde mais pour découvrir des choses, faire du volontariat écologique… Soit je reste cloîtré chez moi à faire tous ces projets qui ne sont pas vraiment du boulot qui me font de l’œil depuis des mois, voire des années, ou à jouer compulsivement à tous ces jeux vidéo que j’ai accumulé depuis des mois, voire des années. En tout cas, une chose est sûre, quoi qu’il arrive, où que je sois, j’écris un peu tous les jours, je reste en contact avec mon histoire, pour ne pas perdre le fil ni l’habitude d’écrire (qui s’entretient comme un muscle). Le tome 2 avance, promis, les choses progressent ! J’en suis à un peu moins de 500 000 signes au moment où je rédige ça, mais comme il y a des notes mêlées à tout ça et que ça promet d’être plus gros encore que le 1… Je ne saurais pas tellement dire où j’en suis *vraiment*. 

Je suis toujours gêné pour répondre à ce que je lis, parce que je lis infiniment moins que je ne le souhaiterais, ou voudrais. Et c’est souvent dicté par des contraintes externes comme des festivals (où je suis l’interprète d’auteurs étrangers, donc il me faut connaître leur travail) ou des recherches personnelles ou qui serviront aux livres ; donc finalement beaucoup de non-fiction au bout du compte. Je m’efforce de suivre ce que font mes camarades, et ça me fait très plaisir en plus, mais c’est tout bonnement très difficile pour moi de suivre le rythme. J’essaie au moins de lire sans faute toutes les anthologies et revues où je suis publié (et même là, j’ai du retard). 

Pourquoi Wer est-il si imbu de lui ? C’est un Dieu qui a purifié un monde corrompu pour guider les hommes et ils ne sont pas toujours fichus de faire ce qu’il leur dit pour leur bien. Mets-toi à sa place : ça ne t’énerverait pas un peu ? :p À moins qu’il y ait d’autres raisons, à voir dans la suite de « Les Dieux sauvages »… ;)

Merci à toi Olivier !



ahum... mise en page de Quiche Dup 
:P


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