jeudi 7 octobre 2021

MY DEAR F***ING PRINCE de Casey McQuiston

 


Éditions Lumen
602 pages
17 euros





L'avis express de Dup sur My dear f***ing Prince de Casey McQuiston

Un roman feel good comme on aimerait en lire plus souvent, profond, émouvant, et un background intéressant !


L'AVIS DE DUP



Lorsque j'ai choisi de lire ce livre, je m'attendais à une bluette MM sur un léger fond de politique américaine. Et bien j'avais faux sur toute la ligne ! L'histoire entre Alex, fils de la présidente américaine et Henry, petit-fils de la reine d'Angleterre et troisième prétendant au trône, est loin d'être une bluette. Quant au background, il n'était pas léger, mais je crois que j'ai enfin compris cette histoire de grands électeurs qui anime les campagnes électorales américaines.

L'histoire entre Alex et Henry est loin d'être banale. Tout d'abord parce que jusque là, Alex était persuadé d'être hétérosexuel. Ensuite, à chacune de ses rencontres avec Son Altesse Royale Prince Tête de Gland comme il le surnommait, il n'avait qu'une envie, lui mettre son poing dans la gueule trop parfaite d'Henry. Et c'est d'ailleurs ce qu'il a fait, enfin essayé de faire, au mariage de Philip, le frère d'Henry... Résultat, les deux garçons se vautrent dans la pièce montée à 75 000 dollars, et boum, incident diplomatique énorme. Et le tout, en plein début de la campagne présidentielle de sa mère.

Des deux côtés de l'Atlantique les équipes des relations internationales se démènent pour monter un stratagème histoire de démentir la haine visible entre eux. Bah, ça ne va pas se faire tout de suite, mais le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils ont réussi à gommer toute animosité... et au-delà de leurs espérances !!!

Ce que j'ai beaucoup aimé dans cette relation c'est surtout ce questionnement profond d'Alex qui est pour le moins dérouté du tour pris par leur relation. Mais c'est un personnage entier, intègre, qui analyse tout et sait reconnaitre ses erreurs. Mais une fois qu'il a pris la décision d'accepter, il fonce tête baissée, même s'il n'est pas question de coming out officiel tant que la campagne présidentielle n'est pas finie. De même, cela remet en question son rôle dans la campagne et surtout l'idée de la carrière politique qu'il envisageait de suivre.

Ils ne se voient pas souvent, on s'en doute, mais les échanges de mails où de SMS sont vraiment sympas, croustillants parfois, pleins de réparties toujours. J'adore les romans à moitié épistolaires. Les jeux de mots dans les intitulés, dans les signatures, etc... Oui, je suis une éternelle ado 😇. Bon, ça c'est le côté léger, mais je peux vous dire que ces deux garçons m'ont fait vibrer d'émotions aussi, c'était fort !

Et puis, il y a Henry. Quel personnage celui-ci ! Fracturé par le décès de son père et par la transparence de sa mère depuis. Emprisonné par l'étiquette et les 15000 règles qui en découlent, mais qui arrive à s'en affranchir en privé. Irrémédiablement gay et profondément amoureux d'Alex depuis leur première rencontre, mais persuadé que jamais cet amour ne sera partagé à cause des contraintes de la monarchie. Féru d'histoire, il a toujours une anecdote sur les monarques gays d'antan. 

Leur liaison mise au grand jour, les coups bas politiques, le parallèle entre les réactions de la famille d'Alex à fond derrière lui et la réaction de la reine d'Angleterre, un délice d'hypocrisie... un petit-fils "déviant", et  en plus avec un "métèque" : Alex est à moitié mexicain. Le tout est finement amené et c'est délicieux.

Quant au background sur la campagne présidentielle que je pensais détester, et bien j'avoue que je me suis prise au jeu et j'ai fini cette lecture en apnée jusqu'à la promulgation des résultats officiels. Le personnage de Zahra, bras droit de la présidente, est assez fabuleux : un dragon survolté !!! Les autres personnages ne sont pas en reste, bref, je me suis régalée.

My dear f***ing Prince est un roman pour ados, mûr cependant l'ado hein, car certains passages sont bien hot. Avec une plume très agréable Casy McQuiston nous livre un concentré d'espoir pour un monde plus tolérant, bref un monde meilleur où tout le monde serait à la même enseigne quelque soit sa couleur de peau ou son orientation sexuelle. Un feel good en quelque sorte, et sur ce thème ce serait super d'en lire plus souvent !



mardi 5 octobre 2021

Neuvième page de l'ITV de RAPHAËL BARDAS

 

À LIRE OU À RELIRE !







— Comment qu’vous disez ? grommela mollement la Morue.
— Barre d’As ! sursauta Silas. Je crois qu’on parle du surnom de ma…
— Teu teu teu ! protesta Rossignol en gonflant son accordéon dans un vacarme qui empêcha Silas de terminer sa phrase.
Ils le regardèrent, se demandant bien ce que le musicien bavard allait encore inventer pour les baratiner et leur refourguer l’addition.
— Bardas ! s’exclama-t-il enfin. Raphaël Bardas ! L’homme qui se prétend écrivain et qui a fait de nous ses jouets quelques mésaventures durant.
— Mouaif, soupira la Morue. Jamais entendu parler.
— Un auteur de théâtre ? tenta Silas. Ce nom ne m’est pas complètement étranger, et je ne sais pourquoi, mais il m’évoque la presqu’île de Dados Rojos, ses vins trop forts et ses siestes crapu...
— Non Silas ! Quand cesseras-tu de ne penser qu’à…
— Qu’à ?
— Ce n’est pas vraiment le moment de parler d’amour mon tout beau. Alors non. Non, ou plutôt juste un peu oui, mais pas aussi exactement que ton joli ciboulot pourrait l’imaginer Silas. Le Bardas, c’est le sale type qui, depuis son monde à lui, nous trimbale de rade et rade, et port en port, et de mort en mort…
— Et de couche en couche !
— Oui ! Amis, oui !
— Et d’castagne en castagne ?
— Oui Morue, le Bardas, dans son monde, il est écrivain. Il a écrit des caisses et des caisses de livres à jouer, avec des amis, des jeux de rôles comme on dit là-bas. Parce qu’il a rien contre un peu de convivialité et une bonne histoire à vivre à plusieurs, pour peu qu’il y ait du claquos, de la vinasse et du sauciflard… et ce qu’il aime, en plus de raconter des histoires de copains, c’est nous les faire vivre à nous. C’est comme ça qu’un jour il a fait de nous les Chevaliers du Tintamarre et qu’il nous a embarqués dans le Voyages des Âmes cabossées. Mais bien avant ça, il s’est fourvoyé avec des gars comme le Gaborit ou le Granier de Cassagnac, et bien d’autres comme eux. Il a traîné ses guêtres d’auteur dans les Royaumes Crépusculaires ou encore sur Cosme, avant de se mettre à co-inventer ses propres univers. Amnesya 2K51, Venzia, Retrofutur !
—D’la confiture ?
— Non, Morue, mais ce qu’il invente parfois se voudrait tout aussi sucré… Capharnaüm, et le tout petit roman qui en fut tiré, Aux traîtres indomptables, du sucre, du miel, des épices et tellement de soleil ! Nul doute que c’est un peu ces amours là, ces univers qui le hantent, qui l’ont poussé à nous faire vivre ce qu’il nous a fait vivre.
— Ou mourir !
— Ou mourir oui… d’ailleurs, j’ai fini mon cruchon, qui qui paye la douloureuse ?
— Ce soir c’est Bardas les gars, c’est Bardas qui paye l’addition ! Hein Rossi, j’ai bon ?
— On dit « Qui régale » ! faut tout qu’j’vous apprende.
— C’est Bardas qui régale ? Rien n’est moins sûr les amis !


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Fantasy à la carte :

Bonjour Raphaël, je dois dire que ta première rencontre avec l'Imaginaire est très drôle. C'est bien, tu as persisté. Pour ma part, c'était avec Robin Hobb, L'Assassin Royal, gros coup de cœur et révélation de ma passion pour le genre fantasy. Autre question, est ce que tu as besoin d'écouter de la musique pour écrire ou te faut-il un silence absolu ?


De la musique ? Oui, mais exclusivement instrumentale. Dès que je suis au clavier je ne peux plus supporter la moindre parole, ça me perturbe et m'empêche d'écrire. Quelle que soit la langue d'ailleurs, même l'anglais que je comprends mal, ou l'allemand que je ne comprends pas du tout.

Ce sont presque toujours des musiques de films, mais sans forcément que celles-ci soient connotées aux univers dans lesquels j'écris. Il est même préférable que ces musiques soient plutôt calmes et qu'elles ne me plongent pas dans un univers trop prégnant. Par exemple, si une playlist aboutit sur la Marche Impériale de Starwars ou sur la Godfather's Vals de Nino Rota, je zappe immédiatement car les images mentales qui me viennent parasitent trop mon travail. Après, certains compositeurs me conviennent mieux que d'autres, par exemple Ramin Djawadi, Alexande Desplats, Johan Johannsonn, James Newton Howard, Max Richter... je ne sais pas trop pourquoi d'ailleurs, mais en ce moment ils me vont bien.

J'écoute aussi assez souvent Jordi Saval, Paco de Lucia, Isaac Albéniz, Joaquin Rodrigo (tiens, deux prénoms qui ne sont pas pour rien dans mes deux romans...).


J'écoute tout cela avec des écouteurs, mais je n'ai pas besoin d'un silence absolu dans mon environnement proche. Par exemple, j'arrive généralement beaucoup mieux à écrire s'il y a de la vie autour de moi alors je préfère m'installer sur la table du salon, plutôt que dans mon bureau (qui est fait dans un coin de ma chambre à coucher). De fait, tant que j'ai de la musique dans les oreilles, je peux très bien écrire dans un café ou une médiathèque, par exemple, même si l'occasion se présente rarement.


Dup :

Bonjour Raphaël,

Je complète un peu la question précédente de Jessica. As-tu besoin d'un environnement proche immuable, ou peu importe l'assiette sale non débarrassée de ton précédent repas ? Carbures-tu au café comme Estelle Faye
De même, travailles-tu à heures fixes ou c'est quand l'inspiration vient ? Le boulot en ce cas peut déborder sur la vie annexe, genre impossible là tout de suite d'amener le gamin au karaté ou au foot.
Si tu es en train de faire tout autre chose et qu'une idée te vient, tu la notes où ?


Allez zou ! Je n'ai pas besoin d'un environnement proche immuable, MAIS, j'ai besoin que ce soit rangé... je ne peux pas commencer à écrire s'il y a du bordel sur la table ou que le sol est dégueu. Bon, en général la question ne se pose pas, mais il m'arrive de passer l'aspirateur à cause d'un ou deux moutons avant de pouvoir me mettre au taff.

Si j'écris en journée, je bois des litres de café ou des infusions réglisse-menthe, et bissap aussi, très souvent. En soirée, je ne vous cache pas que j'ai bien souvent un verre de bourbon, un ti-punch ou un verre de vin à portée de main. Et donc je viens de répondre à la question suivante : non, je ne travaille pas à heure fixe. En revanche, le planning fait que la plupart du temps j'écris de 18h30 à 20h30 les lundis, et mardi soir. Enfin, ça c'était l'année scolaire dernière, cette année je n'ai pas encore trouvé de créneau régulier.

L'écriture déborde plus sur mon humeur que sur mon planning... du coup pas de pb pour emmener les gosses au sport, mais si je viens de passer deux heures à écrire, il est possible que j'ai du mal à être dispo pour une conversation dans le monde réel avant un petit moment. Je m'immerge beaucoup, alors j'ai du mal à en ressortir. En fait, je suis très long à démarrer, un vrai diesel, je fais un gros effort intellectuel et émotionnel pour m'auto-harponner dans mon univers, son histoire, ses personnages, mais du coup, quand je suis enfin lancé, j'ai du mal à revenir.

Quand une idée me vient, la plupart du temps je ne la note pas, je me dis qu'elle va encore rebondir un temps dans ma tête, et murir jusqu'au bon moment, celui où je serai devant l'écran. Je passe aussi beaucoup de temps assis à remplir des docs d'idées, de worldbluiding, etc. à pré-construire plutôt qu'à rédiger. Même en cours d'écriture, il m'arrive de rouvrir les docs fondateurs pour les modifier et les mettre en cohérence avec les évolutions imposées par l'avancée de l'histoire... Après, lorsqu'une idée me vient au mauvais moment et qu'elle me semble vraiment hyper importante (un contresens dans un truc écrit la veille et qu'il ne faut surtout pas laisser passer, une idée de ouf pour le dialogue que je vais devoir rédiger ce soir-là, ou une meilleure idée que ce qui était prévu dans le chapitre suivant...), là je crée une petite note dans le bloc-note de mon téléphone. Pas de carnet, pas de crayon, jamais. Je perds le papier, toujours. Et quand je le retrouve je n'arrive pas à me lire de toute façon, n'oublions pas que j'ai grandi avec des gants de boxe :D 


Fantasy à la carte :

Bonjour Raphaël, dis-moi comment ça se passe pour la communication autour de la sortie de tes romans, est-ce que l'équipe de Mnémos t'impose par exemple des lieux de dédicace ou est-ce c'est à toi seul de t'organiser pour dédicacer dans un maximum de lieux ?


Bonjour, je suis de retour après une pause santé une peu forcée, et fort content de vous retrouver ! :)

Alors, pour la promo, je suis contractuellement engagé à en faire. Il y a dans mon contrat une clause qui dit que je ferai des dédicaces et participerait à des salons, mais aucune quantité ni aucun lieu n'est mentionné. En gros, la clause du contrat ne sert sans doute qu'à nous rappeler que livre ne peut vivre sans que l'auteur se manifeste un minimum.

En fait, avec la crise sanitaire, c'est plutôt l'inverse qui s'est produit : des tonnes de dates annulées, des librairies qui rechignent à nous recevoir, et puis, les salons, comme Livre Paris ou les Imaginales, reportés plusieurs fois, puis annulés, etc.

De mon côté, j'aime vraiment rencontrer les gens et bavarder, alors j'accepte un peu tout ce qui m'est proposé : dédicaces, salons, émissions de radio... c'est d'ailleurs une de mes nouvelles activités ! J'enregistre depuis quelques temps des capsules sur les littératures de l'imaginaire. c'est une WebTV et une radio locales, et c'est à destination du grand public. C'est un peu "l'Imaginaire pour les nuls", avec des conneries à la Bardas dedans. Pour l'instant ce n'est pas encore diffusé car il y a encore des choses à revoir, mais on s'amuse beaucoup :)


Ramettes :

J'espère ne pas répéter une question (mémoire de poisson rouge) es-tu comme se qualifie Rossignol : " Je suis homme d'histoires... un conteur, un arrangeur de vérité, alors j'adjective, je qualifie, c'est là mon plus grand pouvoir voyez-vous!" (Voyage des âmes cabossées) ?


Non, tu ne répètes pas de question, mais j'imagine que tu connais déjà la réponse :)

Oui, j'adore l'esbroufe, j'adore raconter des histoires, et il m'arrive d'exagérer énormément, quitte à déformer un peu la vérité, si cela peut rendre le moment plus sympa...
Alors oui, j'en rajoute, je déforme, je gonfle le ballon jusqu'à ce qu'il éclate, parfois, mais je m'assure de toujours dire la vérité à la fin. Une fois que mon message est passé, si c'était le but, ou une fois que l'on a bien ri, si c'était ce but-là, je démystifie un peu, sinon les gens ne me prendraient plus au sérieux.

Voilà, j'aime bien détourner un peu le réel pour y ajouter une touche d'absurde ou d'ironie, ça aide pas mal à faire passer les messages, et ça m'est d'ailleurs très utile en cas de conflit.
Je suis plutôt "mauvais" dans les conflits. Bien que très long, mais alors vraiment très long à m'énerver, une fois que j'y suis je veux bouffer l'autre. Vraiment long à monter hein. Quand je faisais encore des combats au KO, il m'arrivait de me laisser frapper un paquet de fois pour être suffisamment motivé pour me battre ensuite. Mais une fois que le pitbull était réveillé, il voulait bouffer.

Dans l'engueulade ou le conflit du quotidien, c'est un peu pareil. Si je m'engueule, c'est pour gagner, et rien n'arrêtera ma mauvaise foi lorsqu'il est question d'avoir le dernier mot. Et je peux gueuler jusqu'à faire autant de bruit que Kingkong, je vous jure, mais je déteste me retrouver dans cette situation là... alors je fais tout pour que ça n'arrive pas. Et pour ça je mise tout sur la vanne, l'ironie, la parabole déformée à outrance jusqu'à ce que triomphe mon message.

Des fois ça marche. :D


 Fantasy à la carte :

Hello Raphaël, toi qui est scénariste de jeux de Rôle, et romancier Imaginaire, est-ce plus difficile d'imaginer une cité univers autrement dit se contenter d'explorer une ville et d'y maintenir l'action quitte à en faire presque un personnage ? Ou préfères-tu aller plus loin en construisant tout un univers autour de royaumes différents avec tout ce que cela implique dans l'élaboration d'une géographie précise, la pratique de différentes religions... Etc.


Lorsque j'ai commencé à écrire les Chevaliers du Tintamarre (à l'époque où il s'appelait le Hurlement des Veuves, en 2009), je n'avais qu'une idée générale de l'ambiance de l'univers et de ce qui y serait possible, mais j'avais plutôt tendance inventer au fur et à mesure en fonction de mes besoins dans Morguepierre. En gros, je savais juste, dans cette version là, que la ville était l'île promise à Sancho Panza par Don Quichotte, qu'il y avait un gros dieu capricieux sur la lune et que les nobles avaient des pouvoirs sur un métal appelé l'Hallucinium et que l'Empire pirate de Castel-Naguère allait venir lui en disputer la possession... c'est une version que vous ne verrez jamais ;)

Avec le temps, j'ai fait le ménage dans les versions et accumulé pleins d'idées sur la géopolitique du monde, ses peuples, ses courants de pensées et ses religions, composant une somme de textes assez foisonnante et très bordélique. C'est plutôt une manne de ce qui pourrait exister dans ce monde. Autrement dit, tant que je ne l'ai pas publié, rien ne dit que c'est vrai, ça reste pour moi une possibilité.

Lors de la rédaction des Chevaliers, la version qui a été publié, je n'ai eu besoin que de savoir ce qu'était Morguepierre, ses origines, son ambiance générale. Je n'ai presque pas puisé dans mon réservoir d'idées de ce monde. Pour écrire le Voyage des Âmes cabossées j'ai eu nettement plus besoin de mon doc de "worldbuilding" car il m'a fallut mettre en cohérence mes idées de peuples, d'intrigue à l'échelle cosmique, de religion, de géographie, etc.

Pour "Coureur des bêtes", la nouvelle publiée dans l'anthologie Frontière(s) des Imaginales 2021, j'ai aussi puisé dans ce tiroir à bordel. En fait, je n'ai pas besoin que ce soit complètement posé et cohérent. J'ai juste besoin que les idées existent et que je les sache possible dans la définition de mon univers et de sa symbolique. Ce n'est qu'une fois que je rédige vraiment, et que je me saisis de ces idées, que je les mets en cohérence et, aussi, que j'interroge ce qu'elles disent de mon univers et de mes histoires. Je fonctionne beaucoup à la symbolique en réalité, bien plus qu'au fait et à ses fondements.

Après, lorsque que j'utilise un concept comme par exemple celui des reines d'Estrellas (dans le Voyage), ou celui de l'Armée Sourde (dans Coureur des bêtes), je prends vraiment le temps de rédiger, rien que pour moi, un paragraphe "d'essai sémantique" pour questionner les idées soutenues par ces concepts, en quoi cela sert mon propos, en quoi cela pourrait le desservir, être compris de travers. Ce ne sera jamais nécessaire à la compréhension du roman ou de la nouvelle hein, mais moi j'ai besoin que ce soit là. J'écris de la fantasy, mais je parle aussi de tout autre chose, et j'essaie de faire en sorte que les deux puisse cohabiter.

Guillermo Del Toro a dit au sujet de l'Echine du Diable que ce n'était pas un film de fantômes, mais un film avec des fantômes. Et je crois que cela colle assez bien à ce que j'essaie de faire. Pas des histoires de fantasy, mais des histoires avec de la fantasy dedans.

Bon, j'ai soif, pas vous ?


Pour continuer la discussion, c'est par ici 


 

lundi 4 octobre 2021

SHUSHARRAH de Anthelme Hauchecorne et Emmanuel Chastellière

 


Éditions Scrineo
336 pages
18,90 euros





L'avis express de Dup sur Shusharrah de Anthelme Hauchecorne et Emmanuel Chastellière

Un roman d'anticipation dur, impitoyable et incroyablement réaliste... hélas !



L'AVIS DE DUP



Deux noms sur cette couverture. Anthelme Hauchecorne, Emmanuel Chastellière. Deux aimants. Comment résister ? Impossible. Deux auteurs que j'adore, tous deux invités en Mois2 ici, deux fois même pour Emmanuel. Il fallait donc que je découvre ce roman à quatre mains, une première pour tous les deux je crois bien.

Et puis quand on voit la beauté de cette couverture qui ressemble à une aquarelle high level, on a qu'une envie se plonger dedans. Les couleurs sont chaudes, accueillantes... et pourtant ! Je ne pense pas avoir rencontré un lieu aussi peu accueillant !!! 

Jeanne vit dans l'angoisse depuis qu'elle n'a plus de nouvelles de son frère Adam. Il avait réussi à lui en faire parvenir depuis qu'il avait rejoint Shusharrah. Alors elle s'inquiète, elle lui avait pourtant dit tout ce qu'elle pensait de ce rêve, de cette lubie juste avant qu'il parte ! Alors elle décide de le rejoindre.

De toute façon rien ne la retient ici. Ici, c'est une ville quelque part en France... Et puis ce n'est même plus la France, cela ne veut plus rien dire ces noms de pays. Il n'y a plus rien qui fonctionne, même déjà du temps de ses parents. Les cataclysmes suite au dérèglement climatique, les flux migratoires dus aux famines, guerres ou autres ont brassé tout ça, diminué drastiquement la population et aujourd'hui pour le peu de survivants c'est la loi de la démerde.

Elle empaquète le peu qu'il lui reste, et surtout ses quelques livres rescapés, seule chose à laquelle elle tient, et prend à son tour la route vers Shusharrah. Ben, un ami d'enfance l'accompagne. Et le périple commence dès le début, jusqu'à la côte. Puis le choix du passeur, le voyage en mer dans des conditions déplorables, les tempêtes, les menaces des pirates, et encore moults péripéties glauques que je ne vous raconterai pas, elle finit par débarquer, seule, au pied de Shusharrah.

Pas dans Shusharrah non, il faut la mériter pour y entrer. Au pied, dans un immense bidonville qui s'étale devant la montagne abritant la ville de tous les espoirs. Mais tout cela indiffère presque Jeanne, ce qu'elle veut c'est comprendre où a disparu Adam, son frère. S'il faut entrer dans Shusharrah elle rentrera, s'il faut rester dans le bidonville, elle restera.

J'ai eu beaucoup de mal avec ce personnage principal tellement froid, même si je reconnais une sacrée évolution sur la fin. J'avais beau me dire que c'était normal, qu'il fallait qu'elle se blinde pour supporter tout ce qu'elle traverse, je n'ai pas réussi à développer de l'empathie pour elle. Pour Dayot oui, et surtout pour la vieille Issa ♥. 

Sinon, les thèmes abordés le sont avec une finesse remarquable : L'immigration bien sûr, la précarité, les différences sociales, le racisme et tous les corollaires qui découlent de ce pack bien sombre. Shusharrah est un roman d'anticipation et non un post-apo ou une dystopie comme on pourrait le croire. Et cependant les thèmes abordés, terriblement actuels demeurent. 

Je dis anticipation parce que les auteurs ont bien souligné que les générations précédentes, c'est à dire nous, étions au courant des catastrophes imminentes dues au dérèglement climatique. Que les sonnettes d'alarmes avaient toutes été tirées. Mais que les décisions pour y remédier n'ont pas été prises, ou si peu, ou pas assez vite... Tellement vrai, tellement actuel !

Shusharrah est un roman profond qui va vous embarquer dans un univers impitoyable, un futur probable que nous laisserons peut-être (laisser moi m'accrocher à ce peut-être !) à nos petits-enfants, au mieux à la génération suivante. Shusharrah est un constat terrible de ce que peut créer un fossé entre une élite et le reste du monde. Et même si Shusharrah apporte également une note d'espoir, pour sauver l'humanité si ce n'est la Terre, j'ai trouvé ce roman dur, trop dur même pour l'adulte (confirmé) que je suis, alors qu'il est destiné aux plus de 15 ans... Le mieux est que vous vous fassiez votre opinion vous même je crois.


dimanche 3 octobre 2021

Semaine 39/2021 sur Bookenstock [bilan]

 

Semaine encore intense sur Bookenstock, avec un Mois de Raphaël Bardas qui ne faiblit pas ! Encore trois pages de plus, alors un grand merci aux participants et à Raphaël bien évidemment. Nous en sommes à 8 pages à mi-parcours !





Sinon, côté chroniques, comme d'hab deux chacune :





  • Jeudi une Dup moins enthousiaste sur un urban fantasy, Super Madrona de Helen Harper. Trop d'UF tue l'UF ??? Que nenni, elle est en train d'avaler goulument Vic Sawson #1 de Alex Ferder et elle se régale...





Et voilà, vous savez l'essentiel !

Prenez soin de vous et à la semaine prochaine

La bise

Bookenstock


vendredi 1 octobre 2021

SAMANTHA WATKINS tome 3 de Aurélie Venem [audio]

Tome 3

Chaos


Lu par : Ludmila Ruoso
Durée : 17 h et 57 min
Version intégrale Livre audio
Date de publication : 07/09/2017
Langue : Français
Éditeur : Audible Studios


le résumé




☇ L'avis éclair de Phooka sur le tome 3 de Samantha Watkins  ☇



Bon sang j'ai rarement trouvé autant de défauts à une série, tout en adorant son écoute au point d'y passer tout mon temps !



L'AVIS DE PHOOKA:







J'ai rarement eu un avis aussi ambigu sur une série. Je vous l'annonce tout de go. C'est souvent long, répétitif et niais, mais c'est aussi sombre, magnifique et émouvant et une fois plongée dedans, rien ne peut m'en sortir !

Samantha a donné sa vie pour sauver Phoenix à la fin du tome précédent. Quand on commence ce tome 3, elle pense être en enfer. La souffrance qu'elle ressent est atroce. Cette souffrance est en fait due à sa transformation en vampire car Phoenix n'a pas pu la laisser mourir. Lui, "l'Ange", le gardien des lois vampiriques, a enfreint les règles pour la sauver. Il savait que Samantha ne voulait pas devenir un vampire, mais il n'a pas pu se résoudre à la voir mourir. Il culpabilise pour ce qu'il a fait. Bien évidemment il ne va pas lui dire ... Et Samantha sera tout aussi incapable de lui avouer son amour. Et on est reparti pour une longue série d'actes manqués et de quiproquos.

Cependant, vues ses origines, Samantha n'est pas un vampire ordinaire et sa tâche première sera d'apprendre à maîtriser ses pouvoirs. Les maîtriser mais aussi les cacher car son lignage signe son arrêt de mort s'il est découvert. Évidemment tout ne pas pas se passer comme prévu.

Samantha devenue vampire gagne un peu en assurance. Elle n'en reste pas moins maladroite et emportée et surtout paralysée dès qu'elle veut aborder le sujet de son amour pour Phoenix. Phoenix, lui, est égal à lui même: impénétrable et exigeant. Pas facile de briser la carapace qu'il s'est formée pendant 500 ans ... Ils vont donc continuer à jouer au chat et à la souris pendant une bonne partie de cet opus. Mais, attention spoiler, la souris va quand même arriver à se faire croquer. OUF !!!

Cependant, au delà de leur relation, les dangers auxquels ils vont devoir faire face vont devenir quasiment insurmontables. Oui bon, enlevons "quasiment" de ma phrase précédente d'ailleurs ... La situation devient inextricable et la bataille finale est grandiose.

Et puis, il y a les personnages secondaires: François, le mousquetaire, Angela la meilleure amie de Sam et surtout Isis et Talanus si impitoyables et adorables tout à la fois. Talanus, cet ancien légionnaire romain, si dur et inflexible mais qui adore organiser des banquets et des fêtes tel une midinette. J'adore.

Alors pourquoi je râle. D'abord parce que c'est mon caractère :), ensuite parce que les hésitations et les atermoiements de Sam, les non-dits de Phoenix finissent par devenirs lourdingues. De plus le roman revient souvent sur le passé, pour expliquer, re-expliquer le contexte, comme si nous pouvions oublier . C'est donc souvent lourd et long ... MAIS c'est aussi fascinant, prenant et émouvant. Une lecture/écoute totalement addictive !

Donc comme je le disais au tout début, j'ai rarement trouvé autant de défauts à un récit tout en étant totalement sous le charme, fascinée et captive. Bon sang, j'ai déjà acheté le tome suivant évidemment !!