lundi 7 mars 2016

LA STRATÉGIE DES AS de Damien Snyers





Éditions ActuSF
223 pages
18 euros


4ème de couv :

Pour vivre, certains choisissent la facilité. Un boulot peinard, un quotidien pépère. Humains, elfes, demis... Tous les mêmes. Mais très peu pour moi. Alors quand on m'a proposé ce contrat juteux, je n'avais aucune raison de refuser. Même si je me doutais que ce n'était pas qu'une simple pierre précieuse à dérober. Même si le montant de la récompense était plus que louche. Même si le bracelet qu'on m'a gentiment offert de force risque bien de m'éparpiller dans toute la ville. Comme un bleu, j'ai sauté à pieds joints dans le piège. L'amour du risque, je vous dis. Enfin... c'est pas tout ça, mais j'ai une vie à sauver. La mienne.


L'avis de Dup :

Lorsqu'on m'a proposé la lecture de ce roman, j'ai dit oui tout de suite, sans réfléchir une seule seconde. Il s'agit d'une sorte de réflexe chez moi : belle couverture = belle lecture ! Et cette couverture justement, que l'on doit à Dogan Oztel a vraiment tout pour me plaire. Suffisamment énigmatique tout en restant sobre, il se dégage de cette illustration une certaine sérénité. Et bien vous savez quoi ? Question sérénité, je me suis fait complètement avoir car ce récit n'a rien de serein du tout. 

Damien Snyers, par l'intermédiaire de son personnage principal James nous prend par la main dès les premières phrases et nous entraîne jusqu'au bout de cette histoire sans qu'on ait le temps de dire ouf. James, un elfe, est le narrateur et la première personne du singulier donne le ton dès le début. Et ce ton est particulièrement sympathique, grâce à une gouaille pleine d'humour. Quand un personnage  vous dit dès le début :" Avoir 4 as dans sa manche, c'était ça ma meilleure tactique aux échecs" moi je ne peux que l'aimer pour son côté déjanté ! 

James s'est associé avec deux autres personnages qu'il a rencontré en prison. Elise, une Moitié : demie elfe, demie humaine, et Jorg, un troll. Ensemble ils se sont spécialisés en arnaques en tout genre, histoire de gagner plus rapidement et plus facilement leur pécule. Parce que mine de rien, on a beau ne pas être issu de la haute, chacun n'en aspire pas moins à un avenir meilleur. 

Ils sont repérés par un vieil individu, aussi sombre que riche apparemment, alors qu'ils effectuent leur arnaque favorite dans un bouge malfamé. Il va les conduire auprès d'un autre homme, encore plus riche, encore plus vieux, genre en fin de vie. Ce dernier leur propose pour une somme astronomique THE vol du siècle : un somptueux rubis portant le singulier nom de Rein d'Isis. Le contrat alléchant aussitôt accepté par James, le commanditaire va s'assurer de la loyauté de l'elfe en lui posant un bracelet piégé au poignet. À la moindre trahison : boum ! Bracelet bien sûr qui s'avère impossible à enlever... 

Avec ce roman, j'ai eu l'impression de lire un Arsène Lupin transposé dans un univers imaginaire. Un univers teinté de Fantasy bien sûr avec des mages, des elfes et des trolls qui cohabitent avec les humains. Encore que ces derniers sont tout juste tolérés, subissant la plupart du temps un bon "délit de sale gueule". L'action se situe en Pologne, dans la nouvelle ville de Novy-Krakow créée par les mages. Une touche steampunk est appliquée légèrement de ci, de là. Une technologie surprenante est présente, mais jamais détaillée, explicitée. C'est comme ça, et nous autres lecteurs on n'a plus qu'à dire ok. Et ça marche, car finalement on n'est pas très loin de notre monde actuel, le parallèle étant souvent accentué par quelques digressions pleines d'humour de l'auteur. 
P 106 :"J'avais pris une calèche à vapeur pour m'y rendre. En montant dedans, j'y avais retrouvé du calme, un silence qui faisait oublier l'extérieur, la rue et son agitation. À la base, les concepteurs avait prévu de construire de grandes machines, pour y faire voyager plusieurs personnes à la fois mais le projet n'avait jamais pris. Personne n'aurait accepté la proximité des autres pendant le trajet. Le mélange d'odeurs dans un espace clos, rester debout quand il n'y a pas de place, le bruit... Voyager enfermé avec des inconnus, une idée totalement absurde. Ici au moins, je pouvais faire ce que je voulais sans subir un flot de questions de la part de quelqu'un que je ne reverrais jamais de ma vie. Sans compter les conversations inintéressantes que j'aurais subies des autres voyageurs. Je crois que j'aurais préféré traverser la ville à pied."

L'intrigue même si elle est très classique, est pleine de rebondissements, de retournements de situation qui donnent de jolies l'accélérations dans la lecture. Au milieu du récit débarque un quatrième personnage, Mila que j'ai apprécié immédiatement mais qui m'a frustrée également car j'aurais apprécié en savoir plus sur elle. L'auteur se rattrape en nous offrant après la fin du récit une nouvelle qui lui est dédiée. Serait-ce le cachet de l'éditeur d'en demander un peu plus à ses auteurs ? En tout cas, j'ai reconnu le même procédé que dans Royaume de vent et de colères de Del Socorro que j'avais beaucoup apprécié. À noter également à la fin de l'ouvrage une interview sympathique de l'auteur.

La stratégie des As est un récit à la fois divertissant et frustrant. On se sent bien dans ce monde où l'ambiance est si singulière en compagnie de James, et les seulement 220 pages me le ferait plutôt classer dans la catégorie nouvelle que roman . J'aurais bien repris une louche de 100 pages afin de mieux connaître l'univers proposé mais aussi tous les autres personnages. Je ressens un potentiel énorme là-dedans que j'espère bien voir développer un jour. Un jeune auteur qui nous vient de Belgique à découvrir et à suivre donc !



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