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lundi 27 janvier 2025

IN THE LIKELY EVENT de Rebecca Yarros

 


Éditions J'ai Lu
Grand format
540 pages
19,90 euros




L'avis express de Dup sur In the likely event de Rebecca Yarros


Un roman poignant, profond, qui ne peut laisser personne indifférent.


L'AVIS DE DUP



J'ai pas mal hésité devant cette proposition de Service Presse, c'était complètement sortir de ma zone de confort : de la littérature contemporaine... en 2021, en pleine débâcle américaine en Afghanistan... Mais voilà, c'était Rebecca Yarros qui m'avait tellement plu à la lecture de Fourth Wing et Iron Flame que j'ai craqué et décidé de lui faire confiance. Et bon sang que j'ai eu raison, car c'est un magnifique coup de coeur. 

Izzy et Nate se sont rencontrés pour la première fois à bord d'un avion, en 2011. Tout juste 18 ans, chacun partait construire son avenir, elle vers la fac pour des études de droit, lui vers l'armée. Izzy était complètement stressée par le vol et Nate s'est chargé de la distraire pour lui faire penser à autre chose. Mais l'avion a à peine décollé qu'il s'écrase dans le Missouri tout proche. Ils évacuent dans l'eau glacé, Izzy est blessée et Nate prend soin d'elle jusqu'à l'arrivée des secours. Mais cet épisode de 2011 n'arrivera que plus tard, en flash-back, comme quelques autres dates, mais peu, si peu hélas, qui narreront les quelques interactions entre ces deux là. 

Le roman démarre en 2021, sur le tarmac de Kaboul. Nate a roulé sa bosse au sein de l'armée, il fait maintenant partie des forces spéciales, et sa nouvelle mission est de protéger une délégation de conseillers expédiée par un sénateur américain pour "tâter le terrain". Et c'est la stupéfaction lorsqu'il voit parmi eux Izzy, elle qui lui a toujours dit qu'elle ne ferait jamais de politique. 

Mais que vient-elle faire dans cette poudrière où le gouvernement afghan perd pied ? Alors que chaque jour les talibans gagnent du terrain, prennent villes sur villes ! Avec en plus une bague de fiançailles qui doit peser 3 tonnes vu la taille du caillou ! Ainsi elle a fini par dire oui à un Tête-de-nœud ! Qu'importe, il ne veut pas savoir, il ne se préoccupe que de sa sécurité. Et pour assurer celle-ci, il faut qu'elle reprenne immédiatement l'avion dans l'autre sens.

Seulement Izzy a une toute autre raison que cette visite diplomatique, elle veut retrouver et évacuer sa sœur journaliste qui se trouve quelque part au fin fond de ce pays au bord de l'implosion. Et Izzy est têtue et a visiblement le bras long car elle peut modifier les itinéraires sécurisés planifiés pour traverser des zones instables voire inaccessibles pour mettre la main sur sa sœur. 

L'histoire de Nate et Izzy m'a happée, embarquée loin, très loin de chez moi pendant quelques jours. J'ai vibré, stressé, pleuré, ri, un tourbillon d'émotions qui ne s'est arrêté qu'à la toute fin. La magie des mots de Rebecca Yarros a encore frappé et je ne saurai que vous conseiller de plonger dans ce roman. J'étais en totale osmose avec ces deux personnages. Nate et Izzy resteront longtemps dans ma tête, à l'image de Violet et Xaden.

In the likely event n'est pas une romance, même si le lien qui unit nos deux protagonistes est intense, lumineux. Le contexte l'en éloigne complètement, il est dur, la guerre en Afghanistan imprègne les trois quarts de ses pages. Le peu d'interaction entre eux sur une période de dix ans également. Non, pas une romance, un roman sur le destin qui s'amuse à chahuter, à tournebouler, à éloigner puis rapprocher Izzy et Nate. C'est beau, c'est profond et ne peut laisser personne insensible. À lire absolument.


lundi 22 juillet 2024

LES GENS HEUREUX LISENT ET BOIVENT DU CAFÉ de Agnès Martin-Lugand

 


Pocket éditions
192 pages
7 euros




L'avis express de Dup sur ce roman

👎


L'AVIS DE DUP


Roman pioché dans le supermarché le plus proche de chez moi pour participer au challenge de Phooka, parce que soit disant, j'avais triché la dernière fois avec Reminders of him, parce que je connaissais l'autrice... bref. Alors là, 1) je ne connais pas l'autrice 2) c'est de la blanche, alors qu'on ne reproche plus rien hein !

Ce livre, je l'ai choisi parce que le titre m'a plu, je trouvais qu'il me correspondait bien...et aussi parce qu'il était pas bien épais j'avoue. Même pas lu la 4ème de couv... j'aurai dû ! 😛

Les gens heureux et lisent du café est juste le nom du café littéraire à Paris que Diane tient avec un ami Félix. Quand nous faisons la connaissance de Diane, elle est un véritable zombie, ne se remettant pas de son double deuil. Elle a perdu son mari Colin et sa fille Clara de 6 ans dans un accident de voiture, il y a deux ans. Elle ne sort plus, ne travaille plus, ne mange pas assez, boit trop et fume encore plus.

Et puis, sur un coup de tête, elle décide d'aller se reconstruire en Irlande. En Irlande parce que Colin voulait y aller alors qu'elle préférait les destinations ensoleillées. Elle joue la ville aux fléchettes et débarque ainsi à Mulranny, petit bled paumé sur la côte atlantique, un seul pub, et prend possession du cottage qu'elle a loué. Mais très vite elle tourne en rond, toujours avec Colin et Clara en tête, restant renfermée sur elle-même.

C'est son voisin, un être malotru et taiseux qui va finalement la faire sortir de sa coquille. D'abord en provoquant sa colère, puis sa curiosité pour son métier de photographe. Il se retrouve que le malotru, Edward, est canon... 

S'en suit une bluette un peu nullos, dans laquelle vient jouer l'ex d'Edward, cela tourne au pugilat entre les filles. Edward met un terme et les points sur les i à l'ex, et ouvre son coeur à Diane... et là, elle lui dit " Je ne veux pas que tu sois ma béquille, tu mérites mieux, je rentre à Paris" et c'est le point final ou quasi !!!

Et avec tout ça, l'autrice ne nous a pas fait miroiter le moindre paysage, tout juste une plage, une île avec une falaise. La pluie semble plus intéressante. Aucune impression non plus de l'ambiance chaleureuse des pubs irlandais, Diane va le traverser deux fois pour engueuler Edward et une fois pour prendre une cuite seule...

Les gens heureux lisent et boivent du café est un roman qui a eu un énorme succès et qui a lancé la carrière de romancière de Agnès Martin-Lugand. Cela me laisse dubitative... 

lundi 18 mars 2024

LE VOLUME DU TEMPS Tome 1 de Solvej Balle [audio]

 



Lu par Grétel Delattre
Durée : 5h 25mn




L'avis express de Dup sur Le volume du temps de Solvej Balle

Une grosse déception. Je ne suis absolument pas le public visé par cette littérature classique.


L'AVIS DE DUP



Attirée par un pitch intriguant, le temps qui bégaye, je me suis lancée dans l'écoute de ce petit audio. Je dis petit car il ne fait que 5h 30. Habituellement, je n'aime pas les courts récits, les nouvelles, qui me laissent toujours un goût de trop peu, ou se finit en queue de poisson.

Lorsque nous faisons la connaissance de Tara Selter, elle nous décrit son 121ème 18 novembre... Elle est chez elle, à Clairon-sous-bois, et elle observe son mari Thomas effectuer pour la 121ème fois la même routine. Nous avons alors la description complète de cette journée, son réveil, ses déplacements, ses actions, tout cela par les bruits qu'il fait car Tara se terre dans la chambre d'ami où il ne mettra jamais les pieds, en tout cas, tant qu'on est le 18 novembre. 

Comment et quand s'est-elle rendue compte de ce bug dans le temps ? Dès son second 18 novembre. Elle était à Paris en déplacement professionnel, à l'hôtel pour deux nuits. Au second petit-déjeuner, le journal présenté est le même que la veille. Mais surtout, la maladresse d'un autre pensionnaire de l'hôtel qui laisse échapper sa tartine qui fait un vol plané et tombe au sol se répète à l'identique. N'ayant plus rien à faire, ses actions du 18 effectuées et ne pouvant atteindre celles du 19, elle rentre chez elle.

Expliquer toute la situation à Thomas n'est pas aisé, mais il finit par la croire, elle a des arguments, des indices. Seulement, le lendemain au réveil, c'est la même mine surprise, la même réflexion, et Tara doit tout reprendre à zéro. Mais lorsqu'on vous décrit une succession d'une dizaine de jours à l'identique... cela devient lassant.

Ensuite, ensemble, ils vont essayer de déterminer le moment du passage à reculons du temps, afin de voir s'ils peuvent bloquer le processus. Après de multiples essais pour se transformer en oiseaux de nuit, mais avec toujours les mêmes explications sur sa présence alors qu'elle devrait être à Paris... rien n'y fait. Même sans s'endormir, Thomas a à un moment donné le regard vague quelques millisecondes et "Tara ? Qu'est-ce-que tu fais là ? Tu devrais être à Paris !"

Finalement Tara migre dans la chambre d'ami, et sans bruit, elle n'interfère plus dans les 18 novembre de son mari. On a alors toutes les descriptions de chaque averse, chaque chant d'oiseau, chaque voiture passante, du voisin qui rentre chez lui un peu avant Thomas... jour après jour, cela n'en finit pas. Ce n'est pas drôle pour Tara, ça l'est encore moins pour l'audiolecteur. Je me suis profondément ennuyée je vous avoue. C'est long, lent et il ne se passe strictement rien.

En bonds de quelques successions de jours tous les "mois", enfin tous les 30 ou 60 jours, nous suivons Tara qui observe, philosophe, tente parfois une action et se rapproche du 365ème 18 novembre. Un espoir ? Une solution ?  

Non, je ne vais pas vous le dire...

Ce roman est le premier tome alors qu'il y en a sept ! 😳 C'est une série qui a eu un succès phénoménal au Danemark. Je ne dois pas avoir le moindre gène danois. Autre chose, ce roman est classé dans l'imaginaire. Effectivement, la donne l'est, mais le traitement et ce que l'on parcourt dans ces lignes reste de la littérature blanche, classique... et vraiment pas ma came. Le choix de la narratrice, Grétel Delattre, est parfait. Calme, posée, pas un mot plus haut que l'autre, en parfaite harmonie avec la plume de Solvej Balle.




lundi 8 juin 2020

APHRODITE ET VIEILLES DENTELLES de K. B. Holmqvist







APHRODITE ET VIEILLES DENTELLES

Durée : 6 h et 10 min
Une production d'Audible studio





L'avis de Dup sur Aphrodite et vieilles dentelles de K.B. Holqvist


À la fois hilarant et attendrissant.
Un roman feel good à lire ou à écouter.



L'AVIS DE DUP



Ayant épuisé mon stock de la promo Saint Valentin, j'ai refait le plein lorsque Audible a proposé une sorte de promo "confinement". Le jardinage et les randos ayant repris plein pot, aujourd'hui je vais chroniquer ce troisième audio pioché. Le premier ne mérite même pas d'en parler tant je me suis ennuyée. Le second était une romance basique de chez basique, un peu cul-cul même, un Christina Laurens quoi...

Celui-ci en revanche, déjà la couv' m'avait plu ! Ben oui, elle interpelle tout de même, comme beaucoup de couv' chez Mirobole ! Et puis, je ne sais pas pourquoi, pour moi Mirobole voulait dire polar ou thriller. Et comme je n'aime pas lire les 4ème de couv... ben je me suis fait piéger ! Car ici nous avons à faire à de la littérature bien blanche ! 

Ce fut une surprise des plus agréable de débarquer dans l'univers de ces deux vieilles filles. Tilda et Elida, 79 et 72 ans. Les deux sœurs Svensson, habitant toutes deux dans la vieille maison familiale, dans laquelle rien n'a changé depuis sans doute un siècle. Les toilettes dans la cabane au fond du jardin, l'eau à tirer du puits. Le parfait tableau de la France Suède profonde. Elles s'aiment ces deux sœurs, elles s'adorent et elles se chamaillent évidemment.

Leur univers paisible et rythmé par les habitudes va voler en éclat suite au rachat de la maison voisine par un petit jeunot de citadin d'une soixantaine d'années (si vous saviez comme cela me fait plaisir d'écrire ça ! 😁). Et s'il n'était pas sympa ? Et s'il ne leur laissait pas le passage vers le puits qui traverse un bout de son jardin ? Et si ? Et si ?

Mais les relations de voisinage vont être parfaites. Tellement parfaites que Tilda et Elida vont se mettre à dépenser leur argent économisé depuis tant d'années pour s'acheter de nouvelles robes, puis de nouveaux dessous... Certains passages sont vraiment cocasses tout en restant très tendres. Ce récit n'est jamais satirique, c'est une véritable bouffée de petits instants de vie, bonheurs, douleurs, malheurs, piochés au cours des journées de ces deux vieilles filles.

Nos deux mamies ont remarqué que plusieurs animaux avaient été excités à cause de l'engrais versé par Alvar dans son jardin. Le secret de cet engrais, du café-goutte en fait, va faire germer dans leurs cerveaux réunis une idée carrément loufoque. Fabriquer, puis vendre par correspondance cet élixir aphrodisiaque. Elles pourront ainsi amasser quelques sous pour enfin réaliser leur rêve : construire des water-closets dans la maison.

Même l'intrigue est marrante, mais tout cela nous est conté en douceur,  avec plein de tact et il se dégage de la plume et du récit de Karin Holmqvist une tendresse infinie. La honte de ces vieilles dames de ce projet mais l'envie qui les tenace, les mensonges dans lesquels elles s'enfoncent, leur hilarité une fois seules, tout est délicieux. 

J'ai passé une agréable écoute en compagnie de Christine Pâris, une narratrice parfaite qui a rendu ce récit vivant et plein de charme, qui a apporté toute la profondeur nécessaire pour rendre ces deux sœurs extrêmement attendrissantes... Une écoute que je vous conseille fortement ! 



mardi 7 janvier 2020

L'HOMME QUI N'AIMAIT PLUS LES CHATS de Isabelle Aupy



Les éditions du Panseur
12.50 euros
122 pages




☇ L'avis éclair de Phooka sur l'homme qui n'aimait plus les chats d'Isabelle Aupy☇



Une délicate friandise littéraire à croquer de toute urgence ...


L'AVIS DE PHOOKA:




S'il était encore nécessaire de mettre en avant le rôle du libraire dans les découvertes littéraires que nous, pauvres lecteurs, pouvons faire, ce livre en serait la preuve ultime. Traînant comme souvent chez O'merveilles, cet antre de la tentation, je suis ressortie avec cette pépite (entre autres) uniquement convaincue par l'enthousiasme de la libraire (merci Delphine!).

Un récit étrange. Un vieil homme habite dans une île, qu'on peut soupçonner bretonne ou normande vu le climat et l'ambiance (et le cidre aussi ...). Cette île, c'est un coin de Paradis. enfin pour ceux qui aiment la tranquillité et qui veulent fuir le monde du continent, ce monde qui va trop vite. Ici, tout se passe au rythme des marées et des averses. Personne ne ferme sa porte à clé, et tout le monde a des chats. Oui, "des chats". Des chats qui se baladent sur l'île, qui n'appartiennent à personne, qui viennent se nourrir chez l'un ou réchauffer le lit d'un autre. Ils n'ont pas de noms, ce sont les chats de l'île. Oui mais voilà, les chats disparaissent et il n'en reste plus un seul sur toute l'île. Le mystère est total, car il est bien connu que les chats n'ont pas pu nager vers le continent. Les habitants de l'île envoient le "maître d'école", un  nouvel arrivant pas encore complètement intégré, sur le continent pour enquêter. Celui-ci revient avec une femme et des "agents". Des agents qui notent des choses sur des formulaires, posent toutes sortes de questions. Puis arrivent des cages avec des "chats" dedans. Du moins, si on appelle "chat" un berger allemand ... Toute le monde va recevoir son "chat" et ils vont devoir les promener 3 fois par jour, on leur fournit même la laisse. Et si le vieil homme s'insurge en insinuant que ce ne seraient pas des "chats" mais des "chiens", le reste de la population le regarde comme un fou. Heureusement il reste quelques réfractaires, le gardien du phare, la vieille maîtresse d'école ...

Ce récit est un vrai conte. Une fable qui se lit avec gourmandise, mais qui pose un paquet de questions sur l'humanité, le rôle du progrès et notre vision des choses et du futur. Une fois refermé, le récit nous court dans la tête, impossible de passer outre. Le petit roman est bourré d'émotions, de tendresse et d'humanité. Difficile d'en parler, tant il est ancré en soi. Chacun le ressentira différemment selon sa personnalité. Raison de plus pour que vous essayez de le lire non? 

jeudi 18 octobre 2018

[Audio] LA SAISON DES FEUX de Celeste Ng




Celeste Ng





Durée : 12 h et 9 min
Version intégrale Livre audio
Date de publication : 06/09/2018
Langue : Français
Éditeur : Lizzie




Quand le voile des apparences ne peut être déchiré, il faut parfois y mettre le feu.
À Shaker Heights, banlieue riche et tranquille de Cleveland, tout est soigneusement planifié pour le bonheur des résidents. Rien ne dépasse, rien ne déborde, à l'image de l'existence parfaitement réglée d'Elena Richardson, femme au foyer exemplaire.
Lorsque Mia Warren, une mère célibataire et bohème, vient s'installer dans cette bulle idyllique avec sa fille Pearl, les relations avec la famille Richardson sont d'abord chaleureuses. Mais peu à peu, leur présence commence à mettre en péril l'entente qui règne entre les voisins. Et la tension monte dangereusement à Shaker Heights.







Chacun sait que d’une simple braise, d’un petit mégot peut surgir un incendie de forêt. On nous en parle bien assez souvent au courant de l’été. Un tout petit rien et au final des conséquences dramatiques. C’est ce que l’auteur va s’appliquer à démontrer dans ce roman. Encore une fois Sonatine me surprend. Thriller ? Non. Roman noir ? Non. Plutôt une critique sociale livrée avec finesse et assurance par une plume que je découvre et qui me ravit.

Lorsque débute ce roman, Elena Richardson est sur sa pelouse et regarde le feu dévaster sa belle et grande maison de Shaker Heights. Ses trois aînés l’entourent mais il manque la petite dernière Izzy, or tout porte à croire que c’est elle qui a mis le feu. Izzy, l’ado rebelle et incontrôlable… la folle selon sa soeur et ses frères. La famille Richardson va donc aller s’installer provisoirement dans le petit appartement qu'elle louait précédemment à Mia et sa fille Pearl, à qui Elena venait la veille de signifier leur expulsion.

Et puis, comme une sorte de travelling arrière nous revenons au début, à l’arrivée de Mia et Pearl à Shaker Heights. Banlieue chic de Cleveland, où tout est régi par des règles strictes de discipline, de propreté, de respect auxquelles Elena a toujours cru. Elle va "accueillir" - dans sa tête une bonne action - louer sa deuxième maison destinée depuis toujours à la location à Mia, une artiste photographe un peu bohème, mère célibataire. Pearl va être de suite attirée par la fratrie Richardson et leur aisance sociale et financière. Mais l’inverse aussi sera vrai, la liberté de Pearl et de sa mère agira comme un aimant.

Des liens vont se créer, forcément. Mais aussi des tensions, des jalousies... forcément. Puis un événement va surgir, l’adoption d’une petite fille chinoise d’abord abandonnée puis réclamée à nouveau par la mère biologique, une collègue de Mia. À l’instar du grain de sable qui vient bloquer le déroulement d’une vie bien planifiée, ce sera la petite braise attisée par tous les petits secrets, les non-dits de chacun, les mensonges… jusqu’à l’incendie final.

Dans ce roman Celeste Ng nous dresse de magnifiques portraits de femmes. Les hommes ici sont vraiment des personnages secondaires, même les fils de la famille Richardson qui jouent malgré tout un rôle non négligeable, même Mr Richardson qui est avocat et sera le défenseur du richissime couple d'adoptant. Ce roman est une ode au droit d’être femme, au droit d’être mère ou de ne pas l’être, au droit d'être fille. Les relations mère-fille sont disséquées, et pas forcément magnifiées, loin s'en faut ! Le tout en finesse, c’est jamais cru, juste posé là, montré, expliqué, sans aucune leçon. Toutes les thématiques essentiellement féminines y sont abordées : le droit à l’avortement, la PMA, l’adoption.

Ce roman, lu magnifiquement bien par Micky Sébastian m’a absorbé littéralement. Commencé lors de mes balades automnales, je n’arrivais pas à m’en détacher une fois rentrée. Je prolongeais mon écoute à la maison, passant pour une vraie asociale, car il faut reconnaître qu’une écoute accapare encore plus l’attention qu’une lecture. Bref, je me suis attirée bien des remarques, mais je ne regrette rien. J’ai découvert grâce à Audible une plume superbe que je continuerai à suivre. Je pense d’ailleurs essayer de trouver le temps de lire le premier roman de cette auteur, le précédent, qui n’existe pas encore en audio d’ailleurs : Tout ce qu’on ne s’est jamais dit.



lundi 26 février 2018

LES GARÇONS DE L'ÉTÉ de Rebecca Lighieri





Éditions Folio
415 pages
Parution Avril 2018


4ème de couv :

« Avec eux, je tremble, je frémis, je suis dans l'adoration, et ce n'est pas un service à rendre aux enfants que de les adorer. »
Zachée et Thadée, deux frères, étudiants brillants et surfeurs surdoués, déploient les charmes de leur jeunesse sous l'été sauvage de la Réunion. Mais l'été et la jeunesse ont une fin, et il arrive qu'elle survienne plus vite et plus tragiquement que prévu.

Alternant les points de vue, Rebecca Lighieri s'acharne joyeusement à démonter les mensonges qui composent cette famille idéale.






M'enfin Dup, qu'est-ce qu'il te prend ? De la littérature blanche ? Comme ça en plein hiver ! Ben oui, j'ai craqué devant l'engouement de la Team Folio qui présentait ce roman. Et, ô mon Dieu comme j'ai bien fait ! Autant le dire d'entrée de jeu, énorme coup de coeur.

D'ailleurs, ce roman contemporain je pourrais très bien le classer dans les Thrillers voire même en Horreur. Il a une fin angoissante digne du Ça de Stephen King.

Rebecca Lighieri nous fait découvrir une famille bourgeoise de Biarritz à qui tout semble réussir. Jérôme et Mylène y sont pharmaciens, mais Mylène a choisi d'occuper à plein temps le rôle de mère au foyer. Et elle n'est pas peu fière de ses enfants. Deux grands garçons, Thadée et Zachée, beaux comme des dieux. L'aîné en Prépa Math vise l'X ou Polytechnique, le second en deuxième année de médecine. Et une petite dernière Ysé, encore au collège.

Par le biais de cette famille apparemment bien sous tout rapport, nous allons découvrir le monde des surfeurs, leur langage, leur passion. Et même si vous n'y connaissez rien, l'auteur va vous contaminer complètement tant transperce au travers de ses mots la connaissance de ce monde. Vous donnera-t-elle envie de vous y mettre ? Là, rien n'est moins sûr...

Thadée qui devait cuber sa Prépa a décidé de s'offrir une année sabbatique et faire du surf à la Réunion. Zachée l'a rejoint avec sa copine Cindy pour 15 jours de vacances quand survient l'accident : l'attaque d'un requin. Thadée devra être amputé d'une jambe.

Alors soit, ce n'est pas une bricole. Et ce genre de gros pépin a de quoi déstabiliser l'équilibre d'une famille normale. Pour un gamin en pleine force de l'âge, sportif et bien dans sa tête cela doit déjà être une sacrée épreuve. Mais lorsque cela tombe sur un grave psychopathe je vous promets que les dégâts sont vraiment, vraiment pire. Non je ne spoile pas en disant cela, on le découvre dès la page 21 (alors que le roman commence à la page 13) que c'est une saleté ce môme…

Il va entraîner derrière lui un par un les membres de cette famille et leur entourage proche, que l'on apprend à connaître au fil des pages. Certains que l'on aime comme Zachée, Cindy, Ysé. Certains que l'on excuse comme Mylène, tout du moins au début. D'autres comme Jérôme qui nous révoltent, tout du moins au début... Et puis Thadée que l'on haït très fort. C'est un véritable maelström dans lequel ils vont tous s'engouffrer.

Ce roman m'a pris aux tripes très vite. Comme un thriller, on sait, on sent qu'il va se passer des choses terribles, car sachez le, le requin c'est presque une bricole à côté des autres événements... Mais on veut savoir et c'est un véritable page-turner. Jalousie, haine, vengeance à leur paroxysme, quelle explosion !

Une écriture superbe, froide mais parfaitement adaptée au récit, qui va à l'essentiel. Une histoire poignante, angoissante et déstabilisante avec une petite note d'espoir à la fin. Et cerise sur le gâteau, on découvre, ou retrouve pour ma part, le Pays Basque et l'île de la Réunion. Leurs spécificités, leurs spécialités et leurs plages bien évidemment. Malgré l'horreur, un sacré beau voyage. Paradoxal non ?



jeudi 4 janvier 2018

AVANT TOI de Jojo Moyes





Éditions Milady
530 pages
8.20 euros


4ème de couv :

Si le temps nous est compté…

Lou est une fille ordinaire qui mène une vie monotone dans un trou paumé de l’Angleterre dont elle n’est jamais sortie. Quand elle se retrouve au chômage, elle accepte un contrat de six mois pour tenir compagnie à un handicapé. Malgré l’accueil glacial qu’il lui réserve, Lou va découvrir en lui un jeune homme exceptionnel, brillant dans les affaires, accro aux sensations fortes et voyageur invétéré. Mais depuis l’accident qui l’a rendu tétraplégique, Will veut mettre fin à ses jours. Lou n’a que quelques mois pour le faire changer d’avis.




Après un bref dépoussiérage, voici une chronique qui attendait depuis septembre...oups !


Aaaaah, ça faisait longtemps que je ne vous avais pas saoulé avec mes bluettes de l'été. Allez, je vous rassure, ce sera la dernière chronique de mes lectures estivales. Enfin bluette, bluette... relisez donc le résumé, ce n'est pas si bluette que ça. Mais le pire c'est que je le suis lancée dans cette lecture sans avoir lu le résumé, juste parce que j'en avais beaucoup entendu parler. 

J'ai tout de suite apprécié l'écriture de l'auteur qui plante très vite le décor. On suit une jeune fille simple, Lou, qui vit dans une petite ville d'Angleterre bien morne, dans laquelle la seule attraction est le château qui attire son lot de touristes, mais seulement l'été. Même si elle a un petit copain depuis plus de 6 ans, à presque 27 ans, elle habite toujours chez ses parents. Si son père est en passe de devenir chômeur et sa mère toujours au foyer, Lou vient de perdre son petit boulot de serveuse qui lui convenait très bien. 

C'est ainsi qu'elle accepte sans aucune qualification de tenir compagnie à Will, un tétraplégique. Un boulot fort bien rémunéré mais Lou va vite se rendre compte que cet argent n'est pas volé tant Will est exécrable. A sa décharge, c'était un jeune homme qui croquait la vie à pleine dents, aimant par dessus tout les sports extrêmes pourvoyeurs d'adrénaline à haute dose. Il a été fauché sur un trottoir par un motard ayant perdu le contrôle deux ans plus tôt. Outre les souffrances physiques permanentes de son état, les souffrances morales semblent bien pires. 

Ce roman m'aura fait passer par un tas d'émotions, vraiment du rire aux larmes avec tout ce qui se trouve entre ces deux extrêmes. J'ai adoré les personnages. Lou et Will bien évidemment, la fausse légèreté de l'une et la vraie gravité de l'autre. Mais aussi toute la galerie de personnages secondaires qu'on y croise, notamment la famille de Lou, son détestable petit copain dont j'ai déjà oublié le prénom, et Nathan l'aide soignant de Will. 

Malgré le sujet poignant et pourvoyeur de larmes, de grosses larmes je vous prie de croire (jamais je n'irai le voir au cinéma c'est clair, je suis trop bon public), j'ai été touché par l'optimisme qui en découle malgré tout. Par l'humour également, qu'a réussi à instiller l'auteur au milieu de tout ça.
Un roman qui permet également de comprendre combien notre monde est si peu adapté au handicap. Incroyable le nombre de projets qui capotent à cause d'un simple accès mal adapté. L'auteur décortique aussi avec finesse le mal-être des gens vis à vis du handicap et le poids que peut avoir un tel regard pour l'handicapé. 

L'écriture de Jojo Moyes est agréable et rend ce roman plaisant à lire malgré la dureté du sujet traité que l'on comprend dès le début : le droit à l'euthanasie. Je pensais lire une bluette, j'ai eu droit à de belles réflexions philosophiques qui, je l'avoue, m'ont plus que brassée. Je pense sincèrement que c'est un roman à lire.


jeudi 10 novembre 2016

L'ÉCHAPPÉE de Allan Stratton





Éditions Milan
252 pages
13,90 euros


Résumé :

"Comment peut-on ne pas vouloir sortir avec Jason ? il est ultra cool. [...] Jason, pour moi, c'est un rêve qui se réalise."

Hélas pour Leslie, son rêve va vite tourner au cauchemar...
Jason, le nouveau qui attire tous les regards, n'est pas le garçon bien qu'il paraît être. Lentement, il tisse sa toile autour d'elle.
Pour qu'elle ne puisse plus s'échapper. Pour qu'elle lui appartienne. Corps et âme.





L'avis de Dup :



Dès les premières lignes nous sommes plongés dans le quotidien de Leslie, une ado de tout juste 15 ans en classe de seconde, par le biais d'un journal intime qu'elle doit écrire à chaque début de cours d'anglais. Un devoir imposé, et comme tout ce qui est imposé, ça la gonfle mais elle n'a rien de mieux à faire alors...Leslie est l'archétype même de l'ado rebelle, à fleur de peau, mal dans sa vie car elle n'a toujours pas accepté le récent divorce de ses parents. Elle en veut autant à l'un qu'à l'autre. Vivre avec sa mère lui semble une sinécure, vivre avec son père et sa "nouvelle poule", impossible.

Leslie est effrontée, a le verbe haut et la réplique assassine. Des amies elle n'en a qu'une, mais Kathy semble s'éloigner ces derniers temps, se rapprocher d'Ashley, la fille la plus populaire du bahut. Alors lorsque cette dernière la met au défi devant toutes les filles d'aller parler au nouveau qui vient d'arriver en Terminale, Leslie ne se dégonfle pas. D'autant qu'il est plutôt beau gosse ce Jason et en plus, il ne semble pas insensible aux charmes de Leslie.

Ce qui démarre comme un rêve va très vite virer au cauchemar, car sous cette belle façade se cache un garçon malsain et manipulateur. Il va profiter sans vergogne de l'immaturité de Leslie et de sa candeur, lui qui a trois ans de plus.

Je n'en dirai pas plus pour vous laisser découvrir ce qui va lui arriver et comment elle va gérer les catastrophes en cascade qui lui tombent dessus. Sachez cependant que malgré les mots crus utilisés par Leslie, les sévices sont contés avec beaucoup de pudeur malgré tout.

Ce que j'ai beaucoup aimé dans ce roman c'est la description de la relation conflictuelle entre Leslie et sa mère. Allan Stratton décrit le quotidien de bien des familles traversant cette période... Leslie avoue à son journal qu'elle ne peut pas s'empêcher d'être méchante, cassante, qu'elle s'en veut tout de suite après mais jamais ne l'avouera. Que l'attaque reste sa seule parade pour cacher sa vulnérabilité. C'est poignant et tellement vrai ! Beaucoup se reconnaîtront, soit dans le rôle de l'ado, soit dans le rôle du parent qui subit...

L'échappée est donc un roman qui expose avec des mots justes, des mots d'ado tout le problème du harcèlement, de la violence. Un roman qui leur est destiné justement afin d'éveiller les esprits, mettre en garde les jeunes et il remplira bien son rôle. À conseiller donc à tous les 14-15 ans, assurément. Mais aussi un roman que tout parent se devrait de lire pour savoir à quel moment intervenir ou tout du moins informer.






jeudi 7 avril 2016

ORGASME de Chuck Palahniuk






Éditions Sonatine
260 pages
18 euros

4ème de couv :

Penny Harrigan, jeune femme modèle et aspirante avocate, travaille dans un prestigieux cabinet new-yorkais. C’est là, au détour d’un couloir, qu’elle rencontre le magnat des médias, Linus Maxwell, venu régler les détails de son divorce avec la star française Alouette d’Ambrosia. Le soir même, Linus invite Penny à dîner.

Comment s’habiller lorsqu’on sort avec l’homme le plus riche du monde ? Comment se comporter quand son hôte compte parmi ses conquêtes les femmes les plus célèbres et les plus puissantes de la planète ? Et pourquoi un homme comme lui invite-t-il à dîner une fille aussi désespérément normale ? Malgré toutes ces questions, Penny passe une soirée de rêve, et c’est le début d’un véritable conte de fées.

Notre Cendrillon des temps modernes tombe en effet sous le charme de son chevalier servant. Amoureux platonique, celui-ci l’enchante. Aussi, quand elle croise Alouette à Paris et que celle-ci lui conseille de ne surtout jamais faire l’amour avec Maxwell, Penny ne comprend d’abord pas très bien. Mais, très vite, tout s’éclaire. Maxwell voue en effet une véritable obsession au plaisir féminin, une obsession aux conséquences multiples et très étonnantes.



L'avis de Dup :

Outre l'incontournable Fight Club de cet auteur lu il y a... fiou, très longtemps lors de sa sortie en VF, j'avais lu également Choke. De ces lectures j'en avais gardé le sentiment que cet auteur était un brin barré tout de même. Eh bien ce dernier roman a conforté mon opinion ! 
Titre choc, couverture choc, et même l'éditeur y va de sa plume pour présenter ce roman comme celui qui va renvoyer Fifty Shades of Grey au rang de pâle hors-d'oeuvre. Alors si nous devons rester dans la métaphore culinaire, je placerai Orgasme comme la cacahuète grignotée à l'apéro. Qu'on ne se méprenne pas, je ne défends pas ici Cinquante nuances de Grey, je m'insurge plutôt contre la publicité mensongère. Car si vous cherchez un brin d'érotisme, je vous conseille de passer votre chemin !

Même si c'est bien d'orgasmes dont il s'agit dans ce roman, ceux-ci vont être abordés d'un point de vue scientifique et médical tout d'abord : température, degré d'humidité, évolution du rythme cardiaque, viscosité... Puis un point de vue financier, économique. Nettement moins glamour n'est-ce pas ? 

Lorsque Penny, petite stagiaire avocate, va être remarquée par Maxwell, le plus riche milliardaire de tous les temps, cela va être le début de ses mésaventures. Bien sûr la rencontre va être clichée au possible : elle atterrit à quatre pattes dans le bureau où il se trouve... bref. Notre petite Cendrillon va très vite se rendre compte qu'elle n'est qu'un objet d'expérimentation entre ses mains... et pas que ses mains d'ailleurs ! Mais qu'importe, voguant d'extases en nirvanas, constamment perchée au septième ciel, elle se laisse explorer, consentante. 

Au terme de 186 jours, Maxwell la vire et lance sa boutique de sex-toys Beautiful You sur la 5ème Avenue de New York, à grand renfort de pub. Le succès est immédiat. En fait c'est pire qu'un succès, c'est une addiction qui s'empare de toutes les femmes. Elles disparaissent toutes de la circulation, s'enferment avec un stock de piles et oublient tout le reste. Désorganisation, chaos économique, chute du CAC 40, spéculations sur les minéraux nécessaires à la fabrication des piles etc, etc... Pire Maxwell semble manipuler toutes ces femmes et leur impose des désirs compulsifs d'achats : telle marque de chaussures, tel roman sur les vampires.

Penny semble la seule à pouvoir faire face au raz-de-marée Beautiful You et contrer Maxwell. Pour sauver sa meilleure amie, sa mère et toutes les femmes, elle va devoir rejoindre celle qui a tout enseigné à cet homme, Baba Yaga Barbe-Grise, une chamane-ermite-prêtresse plusieurs fois centenaire et vivant dans une grotte sur l'Himalaya. Et c'est en Louboutin et petite robe Prada que Penny escalade l'Himalaya... Et c'est reparti pour un enseignement de l'extase tantrique et sacré, un enseignement 100 % naturel, à base d'infusions de lichen et d'écrasées d'araignées, aidé d'os et de cailloux polis divers et variés. Misère je n'en pouvais plus ! 

Ce roman m'aura (presque) dégoûtée de l'orgasme ! Si le début m'a divertie, je dois avouer qu'ensuite il m'a très vite ennuyée. La pirouette pour clore cette histoire, pour comprendre quel est le rôle de notre Cendrillon dans cette aventure est complètement capillotracté, et me laisse une très mauvaise impression que je vais m'empresser d'oublier. Sonatine ???  M'enfin, vous nous avez habituées à mieux !



jeudi 28 janvier 2016

À L'INTÉRIEUR de Jodi Picoult





Éditions Michel Lafon
604 pages
19,95 euros





Le pitch :


Quand votre fils ne vous regarde jamais dans les yeux… comment savoir s’il est coupable ?
Adolescent atteint du syndrome d’Asperger, Jacob Hunt ne possède pas le mode d’emploi pour communiquer avec les autres. Enfermé dans sa bulle, il est pourtant d’une intelligence prodigieuse. Un sujet le passionne plus que tout : la criminalistique. Il parvient souvent à se rendre sur des scènes de crime, où il ne peut s’empêcher d’expliquer aux policiers comment faire leur travail. En général, il tombe juste.
Mais lorsqu’un assassinat se produit dans le quartier, l’attitude de Jacob est un signe flagrant de culpabilité pour la police. Pour la mère et le frère de Jacob, l’intolérance et l’incompréhension qui ont toujours menacé leur famille resurgissent brutalement. 
Et cette question lancinante, qui ne laisse pas leur âme en paix… Jacob a-t-il, oui ou non, commis ce meurtre ?



L'avis de Dup :

Je viens de vivre trois jours hors du temps, dans une bulle aux côtés de la famille monoparentale Hunt. Et le moins qu'on puisse dire c'est que la vie avec eux n'est pas de tout repos. Jacob qui a maintenant 18 ans accapare toute l'attention. Il faut dire qu'avec sa pathologie, il est un peu comme une bombe à retardement, susceptible de partir en crise à la moindre contrariété. Emma, la mère, sait comment gérer cela, mais il n'en reste pas moins qu'elle doit rester à l'affût 24h sur 24. Théo, son jeune frère de 15 ans, en pâtit terriblement. Emma obnubilée par l'Asperger de Jacob est complètement aveugle de cette souffrance. Ces trois personnages m'ont fait tout à tour rire et pleurer, j'avais le coeur qui faisait des bonds comme si j'avais été embarquée sur un grand huit.

La dernière marotte de Jacob, après les chiens, puis les dinosaures, c'est la criminalistique. Il pourrait donner des cours à tous les inspecteurs et même aux services techniques de la PJ, car tout ce qu'il lit, il le retient. Et il a tout lu, tout vu. En quête de nouvelles énigmes à résoudre, il traque grâce à un scan radio tous les échanges hertziens des différents services : ambulanciers, pompiers, policiers, et dès qu'il y a une scène de crime, il y est. Seulement, il agace... Alors, lorsque la dernière scène de crime concerne celle de son amie et qu'en plus, il est le dernier à l'avoir vu, il n'y a qu'un pas que l'inspecteur Rich saute.

La marotte de Théo, c'est grosso modo tout ce qui lui permet d'échapper aux tensions chez lui. Il rôde la nuit, le jour, autour des maisons des autres, observant les vies normales des familles banales sans frère Asperger. Parfois même il rentre dans ces foyers endormis pour mieux s'en imprégner, pour rêver. Il se sert un thé, s'installe au salon et se fait son film. Mais parfois, souvent, il ne peut s'empêcher de chiper un petit quelque chose.

Quant à Emma, la maman, elle n'a guère le temps d'avoir une marotte. Vivre avec toutes les contraintes imposées par Jacob l'occupe tout le temps. Par exemple, chaque jour de la semaine a un code de couleur qu'elle se doit d'appliquer que ce soit vestimentaire ou culinaire. Cela entraîne des scènes épiques ! Sinon, elle gagne sa vie en s'occupant d'une chronique dans un magazine. Elle est Tatie Em qui répond aux lecteurs, la rubrique courrier du cœur. Ironie du sort, elle qui a tant de mal à faire face à sa vie donne des conseils aux autres !

Lorsque Jacob va être accusé du meurtre de Jess, une nouvelle organisation va s'imposer au sein de la famille avec la présence d'Oliver Bond, le tout jeune avocat qui va s'impliquer corps coeur et âme pour défendre ce singulier "enfant". Son humour allégera un peu la situation et chacun va traverser ce long tunnel avec toujours au fond de sa pensée la question fatidique : coupable ou non coupable ? 
Les chapitres sont courts, ils alternent entre tous les protagonistes Jacob, Théo, Emma, Oliver et Rich, l'inspecteur. C'est juste passionnant.

Décrit avec puissance et légèreté tout à la fois, cette immersion dans la vie de tous les jours aux côtés d'un gamin autiste Asperger fut pour moi une expérience inoubliable que je vous conseille vraiment de faire. Parce que toutes les facettes de cette pathologie sont abordées, décortiquées, expliquées. Parce qu'on comprend les difficultés du gamin atteint, mais aussi celles de son entourage. On voit les difficultés d'adaptation de la société face au handicap. Mais on comprend également que pour rien au monde les familles ne voudraient s'en décharger, parce qu'une fois qu'on a connu un Jacob, on ne peut que les aimer tous. 
À l'intérieur est une superbe leçon de vie et de courage que je ne peux que vous conseiller. Immense coup de cœur.


lundi 7 décembre 2015

LA MORT EST UNE FEMME COMME LES AUTRES de Marie Pavlenko




Éditions Pygmalion
193 pages
16 euros


4ème de couverture :



Imaginez un monde où personne ne s'éteint.

Imaginez un service de soins palliatifs où personne ne succombe.
Imaginez un univers où la mort en a ras la faux et fait un burn out.
Emm n'en peut plus. Un matin, elle s'arrête et s'assoit. Ses bras sont de plomb, elle pèse une tonne, elle ne peut plus se lever. 
En se laissant aller à son spleen, elle rencontre Suzie, une jeune femme dont la gentillesse va l'émouvoir. Commence alors un périple extraordinaire au cours duquel Emm va découvrir la richesse de la nature humaine.




L'avis de Dup :

Retrouver la plume fine et l'humour percutant de Marie Pavlenko est toujours un plaisir. Pourtant avec ce nouveau roman, elle change de registre en s'adressant plus aux adultes qu'aux ados. La mort est une femme comme les autres est un roman publié dans une collection classique de littérature contemporaine et non de littérature de genre. Mais chassez le naturel, il revient au galop et l'histoire que nous conte l'auteur est fortement teintée de fantastique :).

La Mort donc est une femme, une immortelle, invisible des humains sauf au moment du fauchage, et elle s'appelle Emm. Le boulot de Emm est devenu exponentiel, elle n'arrête pas de sillonner la planète avec sa faux et elle en a ras la casquette. Elle vient de faucher à Paris un jeune cadre dynamique genre trader qui se faisait un énième rail de coke pour tenir la cadence, et vidée, elle reste sur son canapé, incapable de bouger.

La Faux a beau la secouer verbalement, car oui, la Faux est un personnage à part entière ici (et quel personnage, wow !), rien n'y fait. Une semaine passe, Emm est toujours immobile, la Faux toujours impuissante et c'est la cata dans le monde.

Nous suivons un service de soins palliatifs proche de là où se trouve Emm, où effectivement il y a quelques gros problèmes : toujours autant d'entrées, plus de sorties, même volontaire ! Le chef de service, le Dr Anatole Paladru ne sait plus où donner de la tête. En fait c'est l'affolement général partout dans le monde et les gens paniqués se tournent tous vers le monde médical et les hôpitaux pour chercher une explication ou simplement se rassurer. 

Finalement Emm se lève et va traîner sa faux et son burn-out dans les rues de Paris. Elle observe et essaye de comprendre ces humains qu'elle n'apprécie guère. Les explications, les scènes sont cocasses. Et puis l'impensable se produit : Emm est touchée par un geste chaleureux à son égard émis par Suzie, une jeune femme qui se rendait à l'hôpital. Emm se décide à la suivre pour comprendre pourquoi elle a été émue. La suite, c'est à vous de le découvrir, je ne vais pas tout vous raconter. D'autant que je vais absolument vous encourager à le faire car ce roman est un petit délice. 

Une réelle gourmandise, genre une mignardise à croquer entre les repas. Car le seul reproche que je lui ferai c'est d'être trop court. Je me sentais bien en compagnie de ces personnages. Que ce soit Saskia, Erine ou bien Emm, Marie Pavlenko sait nous créer des personnages féminins forts et attachants qu'on n'est pas prêt d'oublier. Il ne me reste qu'à découvrir Marjane qui attend sagement dans ma PAL. 




 Marie Pavlenko sur Bookenstock :






jeudi 29 octobre 2015

ZEN de Maxence Fermine





Éditions Michel Lafon
135 pages
14,95 euros



Le pitch :


"Chaque jour, de l'aube au crépuscule, Maître Kuro pratique l'art subtil de la calligraphie.
Pendant de longues heures, dans un recueillement proche de la plénitude, il reste agenouillé devant un rouleau de papier de riz et le recouvre d'encre noire.
Peu lui importe le vaste monde et ce qui le régit depuis des siècles. Il vit concentré sur son labeur et sur la direction, la finesse du trait qu'il dessine à main levée.
Avec verticalité, harmonie, simplicité et élégance.
Ainsi va la vie, tranquille et apaisante, de Maître Kuro."

Jusqu'au jour où...


L'avis de Dup :

Sous cette couverture magnifique qui dégage elle même un sentiment de sérénité se cache un petit bijou de littérature. Mais il faut bien préciser, un tout petit bijou, susceptible même d'apporter un sentiment de frustration qui rompra l'harmonie tant ce texte est court.

C'est un petit format, à peine plus grand qu'un livre de poche, avec des marges bien grandes et des sauts de pages à chaque chapitre. Mais il faut que je précise, 63 chapitres pour 135 pages, le calcul est rapide n'est-ce-pas... Bref, je n'en ai fait qu'une bouchée.

Maître Kuro a choisi la voie du zen pour exercer sa spécialité, la calligraphie. Pour cela, il se tient à l'écart de la ville, de la civilisation et de ses technologies. Il habite une maison isolée, dans la forêt, à trois heures de marche de Kyoto. Il doit marcher une heure en forêt, une heure entre les rizières et une heure dans les faubourgs de la ville pour atteindre sa boutique de fourniture en encres, papier de riz et pinceaux. Il mène une existence simple et paisible, sereine, et c'est bien pour cela qu'il excelle dans son art et produit les plus pures calligraphies du Japon. 

Cela lui arrive parfois d'accueillir quelques temps un apprenti en formation, mais seulement si celui-ci présente déjà des aptitudes bien développées pour le dessin et l'écriture au pinceau. Et c'est sur l'émotion dégagée par une petite calligraphie qui lui a été adressée qu'il accepte la formation de Yuna. Seulement voilà, Yuna est une femme. Et en plus d'être exceptionnellement douée, elle est jeune et belle... Sa présence va perturber la quiétude des lieux et du maître.

Avec une écriture élégante et posée, qui s'adapte parfaitement au contexte, Maxence Fermine nous chuchote son histoire à l'oreille. Tout va se dérouler calmement, je dirais presque sans bruit et sans vague malgré le tsunami déclenché par Yuna. Il nous plonge dans un univers ouaté typiquement asiatique et l'on s'y sent bien.

Malgré la brièveté  de cette lecture, il s'en dégage quelque chose de fort, de beau et surtout nous fait approcher ce chemin du zen : un profond sentiment de bien-être que je vous conseille. A vous faire offrir cependant A vous faire offrir cependant car votre porte-feuille trouverait ça beaucoup moins zen...