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jeudi 23 novembre 2023

ARS OBSCURA Tome 2 de François Baranger

 

Livre II : SECOND SORCIER



Éditions Denoël
Collection Lunes d'encre
448 pages
23 euros





L'avis express de Dup sur Second sorcier de François Baranger

La grande fresque napoléonienne se poursuit, une vision de la bataille de Waterloo inédite !


L'AVIS DE DUP



1815, Waterloo... des réminiscences venant des bancs d'école s'agitent au fond de mon cerveau. Moi qui ai toujours détesté cette matière et pensé avoir une mémoire sélective, la phrase "première grande défaite de Napoléon dans les plaines de Flandre" s'imprime toute seule. Mais voilà, c'est tout. D'accord monsieur Baranger, c'est parti pour une révision.

Lorsque nous avons quitté la multitude de personnages du premier tome, les principaux, Éthelinde et Mathurin venaient d'être capturés par la Garde hermétique alors que Ludwig s'échappait grâce à une pulsion inattendue d'Irénion, capitaine du régiment des Sentinelles intérieures. Nous retrouvons Ludwig qui tente de mettre en place un plan pour les faire s'évader de ce château dans les Cévennes.

Plan qui va réussir, encore une fois grâce à l'intervention inopinée d'Irénion de plus en plus en désaccord avec tout ce qui touche au Sorcier d'empire. Seulement cette fois, Joachim, le neveu d'Irénion, ce traître passé à l'Hermétique en a été témoin... Sur ordre d'Élégast, ils ont ramassé tous les cristaux et les rapportent à Paris. Des cristaux qui semblent source de pouvoir et que Ludwig sait manipuler. Et nous permet d'en apprendre plus sur lui et Élégast. Ces cristaux seront un véritable aimant qui va rapatrier la plupart des personnages de cette fresque sur Paris d'ailleurs.

Parallèlement, Napoléon acculé par les coalisés doit se rendre dans le nord afin d'écraser ces anglais qui s'amassent dans la plaine de Waterloo. Il est confiant, il a l'appui de l'Art Obscur de son sorcier... mais sera ce suffisant ? D'autant que la conspiration de ses généraux fourbie au tome précédent va se préciser.

Ce second tome est un concentré d'action, de batailles, de conspirations, de guerre. Il y a zéro temps mort, d'autant que la narration vole toujours aussi vite d'un point de vue à l'autre, le nombre d'intervenants étant toujours aussi élevé. Cela permet au lecteur d'être partout à la fois, dans le sud de la France, à Paris, à Londres ou à Saint-Pétersbourg, à Waterloo. Nos oreilles bourdonnent des tirs de l'infanterie, des roulements de sabots de la cavalerie, des cris d'agonie et surtout des rugissements de la magie. Car oui, il y a en face un second sorcier...

Bon, pour ma révision personnelle de l'histoire de France, je repasserai ! Mais qu'importe, celle que propose François Baranger est bien plus fun et accessible, moins indigeste. En s'appuyant sur du vieux folklore russe et sur le culte d'un dieu sanguinaire, il nous fabrique une bombe à retardement que même les russes ne dominent pas. Et mon petit Pavel là-dedans, je ne sais pas encore s'il va réussir à tirer son épingle du jeu !

Second sorcier est passionnant, entraînant et nous fait parcourir ces presque 500 pages à toute vitesse. La guerre associée à la magie noire vaut le détour ! Malgré tout, la froideur des personnages principaux crée une distance qui m'empêche d'en faire un coup de coeur. Il manque clairement de sentiments au sein de cette grande fresque et c'est bien dommage. Je ne me suis attachée qu'à ce petit môme russe, personnage secondaire s'il en est, mais pour lui je poursuivrai encore un peu l'aventure.

lundi 15 mai 2023

DU THÉ POUR LES FANTÔMES de Chris Vuklisevic

 


Éditions Denoël
Collection Lunes d'encre
448 pages
21 euros




L'avis express de Dup sur Du thé pour les fantômes de Chris Vuklisevic

Coup de cœur pour ce conte envoûtant, aux accents chantants du pays niçois. Attention toutefois, on est bien loin du "Ils furent heureux et eurent de nombreux enfants" !

L'AVIS DE DUP


Chris Vuklisevic confirme son talent de conteuse pressenti lors de la publication de son premier roman Derniers jours d'un monde oublié. Cette fois-ci, adieu les mondes imaginaires et les pirates, bienvenue en Provence, plus précisément à Nice et l'arrière pays niçois.

Incroyable comme j'entendais chanter l'accent méridional en lisant ce roman. Et, si par hasard vous connaissez Nice, je vous promets une sacrée résonance. Enfin, sauf si vous y êtes allé en touriste l'été, pour ses plages le long de la Promenade des anglais... là, je garantie un certain malaise.

L'autrice nous prend par la main, nous installe dans un fauteuil confortable, devant une bonne tasse de thé et nous conte l'histoire de deux sœurs jumelles, Félicité et Égonia, nées dans une bergerie au-dessus du petit village de Bégoumas. Sur le mont Bégo, là-bas, au fond de la vallée des Merveilles. 

Bégoumas qui n'est plus que ruines branlantes, dont la dernière habitante, Carmine, la mère des jumelles vient de décéder. Trente ans qu'elles ne se causent plus les sœurs. Trente ans de rancœur, de jalousie, de haine, soigneusement orchestré par Carmine...Déjà, si je vous dis que la "cadette" Égonia ne doit son prénom qu'à la mansuétude de la sage-femme de l'époque, la mère l'ayant baptisée Agonie, vous comprenez de suite le problème.

Félicité vit à Nice où elle exerce le métier de passeuse de fantômes. Elle est également théilogue, et ces deux aptitudes se complètent à merveille grâce à ses étranges-thés qui délient la parole et/ou la mémoire des spectres. Égonia est sorcière, décrétée comme telle par les villageois, et vit recluse dans la forêt, loin des hommes.

Pour que Félicité puisse retrouver le fantôme de sa mère afin de l'aider à passer, elle va avoir besoin de sa jumelle pour comprendre le mystère Carmine. Pourquoi cette mère en a choyé une et détesté l'autre. Mais pour ce faire, il va falloir combler un gouffre de trente ans de non-dits, de regrets, de secrets.

C'est un récit non linéaire que nous offre le narrateur dont l'identité ne se dévoile qu'à la toute fin du roman. Différents types de narration sont utilisés, et il se dégage de l'ensemble une sorte de poésie envoûtante, même lorsque les faits sont crus, durs. Certains passages sont même carrément horrifiques. Du thé pour les fantômes a été une lecture totalement hypnotisante que j'ai lu en deux soirées et du coup deux courtes nuits derrière, lovée dans mon fauteuil préféré, le plaid et le chat sur les genoux, ma thermos d'infusion à portée de main.

J'ai adoré tous les passages concernant le thé, les thés plutôt, l'art du thé avec le degré précis de chaleur de l'eau, le temps d'infusion propre à chaque thé qui se compte à la seconde près. Classique me direz-vous ! Nenni, car à cela il faut rajouter les effets escomptés de chaque infusion ainsi obtenue, et puis... il y a la théière-mère, le troupeau de théières sauvages et bien d'autres délices que je vous laisse découvrir !

Chris Vuklisevic nous offre un OLNI* avec Du thé pour les fantômes, un roman avec du fantastique, aucun doute là-dessus, mais tellement plus par ailleurs. Un roman profond sur la famille et les liens de sororité qui ne pourra que résonner dans chacun de nous. Un profond coup de cœur que je vous conseille vivement de découvrir. 

* Objet Littéraire Non Identifié


jeudi 9 mars 2023

ARS OBSCURA Tome 1 de François Baranger

 

Livre 1 : SORCIER D'EMPIRE



À paraître le 15 mars 2023
Éditions Denoël
Collection Lunes d'encre
496 pages
23 euros





L'avis express de Dup sur Sorcier d'Empire de François Baranger

Un premier tome qui pose les bases d'une fresque ambitieuse autour de Napoléon 1er.


L'AVIS DE DUP



Napoléon a conquis toute l'Europe et l'Angleterre grâce au concours du sorcier Élégast qu'il a ramené d'Egypte. Celui-ci manie l'Art Obscur et a apporté son terrifiant pouvoir sur les champs de bataille. 

Ce Sorcier d'Empire comme il est surnommé va plus loin et développe sa milice qui peu à peu rogne les pouvoirs de l'armée régulière, créant des tensions à tous les niveaux décisionnaires du pays. Sans compter que les nations vaincues s'organisent pour reprendre leur souveraineté. Si encore tout allait bien en France intra-muros... mais c'est loin d'être le cas ! Des bulles noires surgissent dans les campagnes, avalant toute vie et recrachant des monstres appelés résurgions qui massacrent et terrorisent la population.

Voilà donc le contexte dans lequel François Baranger déploie son récit. Celui-ci sera polyphonique mais jamais il nous perd, chaque nouvelle intervention est signalée au début de paragraphe la concernant. Les chapitres concernant plutôt une action en un lieu donné. C'est un récit dense mais parfaitement maîtrisé pour cette mise en place du contexte.

Même si quelques personnages se détachent pour devenir les principaux, tous les autres sont nécessaires à cette immense fresque qui se déroule sous nos yeux. Ainsi nous avons une vision globale en suivant un soldat, un lieutenant, un capitaine et même de hauts gradés de l'armée régulière. En suivant également quelques personnages clés de la Garde hermétique servant Élégast, ce dernier et bien sûr Napoléon. Un espion anglais, une espionne russe, une bohémienne et j'en oublie sûrement ! 

Éthelinde déjoue depuis pas mal de temps la Garde hermétique à ses trousses, depuis qu'ils ont compris qu'elle cherchait des preuves des nuisances du Sorcier d'Empire. Ludwig parcourt la campagne, c'est un traqueur, un chasseur de résurgions. Leurs chemins vont se croiser jusqu'à faire route ensemble, même si Éthelinde ne sais pas pourquoi il l'aide ainsi.

Chacun manipule la magie, elle pour l'avoir apprise de façon scientifique, lui de façon innée et somme toute spectaculaire. Seulement la façon de faire de Ludwig qui se rapproche dangereusement de l'Art Obscur, aura eu des témoins et tout cela remonte aux oreilles d'Élégast...

Un autre volet du récit se déroule en Russie où il se passe des manigances et d'obscures expérimentations à l'abri des regards du tsar Alexandre Ier, sous l'égide de son petit frère, le prince Nicolas. Là aussi nous suivons plusieurs personnages, dont un petit môme surnommé Pavel que j'espère bien recroiser rapidement. 

François Baranger arrive à maintenir un suspense tout en jonglant de façon habile avec tout ses personnages, distillant avec parcimonie ses révélations. La multiplicité des intervenants nuit cependant à l'empathie que l'on pourrait ressentir pour quelques uns d'entre eux, ceux-ci n'étant pas encore complètement développés. Cependant on pressent un potentiel énorme derrière tout cela et c'est avec beaucoup d'impatience que j'attends la suite ! Il y a quatre tomes de prévus l'a annoncé François Baranger lui-même sur Facebook ICI qui sortiront tous les 6 mois. Un bon conseil, prenez le train en marche !


vendredi 11 mars 2022

ABÎMES de Sonja Delzongle

 



Éditions Denoël
Collection Sueurs froides
445 pages
19,90 euros







L'avis express de Dup sur Abîmes de Sonja Delzongle

Un thriller glaçant, dans tous les sens du terme.
Un énorme coup de cœur !


L'AVIS DE DUP



Sonja Delzongle et le froid, la neige, c'est une longue histoire d'amour on dirait bien ! Après Boréal et Quand la neige danse (liens en bas de la chronique), nous voici dans Abîmes et il n'est pas inutile de s'équiper chaudement avant d'embarquer. Un peu comme je le disais dans une chronique précédente (Six fourmis blanches de  Sandrine Collette pour ne pas la citer), doudoune, gants, bonnets et moon boots chaussures d'escalade chaudes et à crampons sont nécessaires. Sonja nous entraîne aux sommets des Pyrénées et en hiver bien sûr !

Dans un petit village de haute-montagne où tout le monde se connaît, le retour d'Antoine Mendi ne passe pas inaperçu. Il venait ici enfant, mais ce n'est pas pour cela que ça jase dans son dos, même  s'il occupe le grade de capitaine dans la petite gendarmerie locale. Son passé remue le drame vécu au village il y a plus de vingt ans : ses parents sont morts dans le crash de leur petit avion, crash qui a déclenché une avalanche et tué une dizaine d'enfants en sortie "rando-escalade".

Dans un rythme infernal dû à des chapitres extrêmement courts (94 chapitres pour 445 pages, faites le calcul, cela fait moins de 5 pages par chapitres), l'autrice nous entraine dans une enquête stressante, angoissante à souhait. En suivant les différents protagonistes, on change de lieu à chaque chapitre mais ceux-ci sont bien explicités à chaque début. D'ailleurs je vous conseille grandement d'aller faire un tour sur le billet fort bien documenté écrit par Brigitisis que j'ai eu la chance de découvrir avant ma lecture.

Malgré ce rythme soutenu, Sonja arrive à nous faire aimer une multitude de personnages, chacun pour des raisons différentes. Sérieux on les aime tous et du coup le doute s'insinue encore plus quant à savoir qui est le coupable. Et mon dieu, elle nous les élimine les uns après les autres, c'est dramatique ! Rendue au milieu du roman je me suis demandée comment elle allait réussir à boucler son enquête sans personnages !!! 

L'intrigue se déroule entre l'immense étendue de la montagne, le petit village isolé et une communauté bizarre qui vit recluse dans la forêt. Les paysages décrits sont grandioses et donnent vraiment envie d'aller les découvrir. Les thèmes chers à l'autrice sont abordés, le respect de la vie sauvage, le dérèglement climatique, etc. Je n'ai tiqué que sur une chose : la perf au jus de betteraves... euh 😳. (Sonja je me propose en béta-lectrice, juste pour les passages médicaux !)

Les révélations et coups de théâtre sont nombreux et franchement on ne sait plus où donner de la tête. Cet Abîmes est énorme et j'aurai pu le lire d'une traite si je ne l'avais pas commencé en soirée (le grand âge, toussa...). Je ne peux que vous le conseiller, c'est du grand art que nous a fait là Sonja Delzongle. Je crois bien que c'est mon préféré de toute sa production. Énorme coup de coeur !

 

Sonja Delzongle sur Bookenstock :

jeudi 29 avril 2021

LE DERNIER CHANT de Sonja Delzongle

 



Éditions Denoël
470 pages
19,90 euros





L'avis express de Dup sur Le dernier chant de Sonja Delzongle

Un thriller mené tambour battant, sans temps mort et bourré d'émotions.
Du pur Sonja Delzongle !


L'AVIS DE DUP




Sonja Delzongle nous propose avec Un dernier chant bien plus qu'un thriller encore une fois. Car c'est aussi un roman puissant et engagé pour la sauvegarde de la nature et des espèces animales. On pense de suite à Boréal, mais là elle va plus loin, car en plus des espèces animales, elle y englobe l'espèce humaine qui court à sa perte.

Mais qu'on ne s'y méprenne pas, c'est bien un thriller et un bon. Ce roman une fois démarré, je vous garantis que vous ne pouvez plus le reposer. Shan est virologue au IVMS (Institut de Virologie Moléculaire et Structurale) de Grenoble, mais elle a aussi une formation de biologiste. C'est donc normal pense t'elle, que lui échoit un dossier sur la mort inexpliquée de milliers de baleines dans le fleuve Saint Laurent, à Tadoussac au Québec, de centaines de gorilles dans une réserve au Congo, et dans un zoo en France.

Shan va prendre sur ses vacances pour se rendre sur place. Sonja va alors nous faire vivre des scènes qui remuent les tripes, je vous promets. Rien que pour ce flot d'émotions vécues sur un kayak au milieu du Saint Laurent ou en pleine brousse au Congo vaut le détour. Le seul point commun que notre virologiste va pouvoir mettre en évidence, c'est que tous ces animaux émettaient des larmes de tristesse avant de mourir.

Le retour de Shan à Grenoble sera chaotique pour de multiples raisons que je vous laisse découvrir et qui vont l'entraîner à tourner le dos à l'IVMS pour rejoindre un groupe de scientifiques indépendants. Cela introduira dans le récit quelques personnages qui manquaient autour de Shan. Pressentie dès le début par la chamane locale de Tadoussac, l'enquête de Shan va s'orienter vers le son, le hum, les basses fréquences. 

L'enquête sur le terrain se poursuit en France, les hypothèses sont tellement nombreuses que parfois on s'y perd un peu tant le fil de l'intrigue fait des nœuds. Ces détours permettent à l'autrice d'aborder pas mal de sujets qui lui tiennent à cœur comme l'écologie, l'importance de la biodiversité, et toutes les dérives de l'homme dans sa soif de pouvoir. C'est sur ce dernier point que j'émettrai un bémol, la mégalomanie de certains personnages rencontrés m'ont paru un poil too much. 

Le dernier chant est un thriller bien sombre, éclairé cependant par quelques scènes pleines d'émotions. L'effet page turner de l'intrigue est bien présent et ces presque 500 pages se parcourent très rapidement. Un personnage principal fort, déterminé et pourtant peu épargné par l'autrice. Et j'ai adoré le clin d'œil au hang (cf image ci dessous) de Shan, juste regretté qu'elle n'en joue pas plus souvent, cela aurait apaisé certains passages tendus ! 





lundi 11 mai 2020

L'HOMME DE LA PLAINE DU NORD de Sonja Delzongle




Éditions Denoël
400 pages
19,90 euros





L'avis express de Dup sur L'homme de la plaine du nord de Sonja Delzongle.


Une quatrième enquête pour clôturer la "trilogie" Baxter 
Sonja Delzongle au meilleur de sa forme.
Énorme !



L'AVIS DE DUP





J'avais bien cru que Récidives clôturait la série concernant ma profileuse préférée, Hanah Baxter car depuis sont sortis les énormissimes Boréal et Cataractes qui ne la concernaient pas. Quelle ne fut pas ma surprise de la trouver dès le second chapitre ! Car oui, je ne lis jamais les 4ème de couv lorsque c'est le livre d'un auteur que j'aime et en qui j'ai totalement confiance.

Même la dédicace du livre « À Hanah » n'a pas fait tilt car je n'avais encore jamais vu un auteur dédicacer son livre à son personnage !!! Mais ceci est bien expliqué et prend tout son sens en fin de roman. Surprise donc, et une bonne je puis vous dire car cet opus, le quatrième donc sur Hanah Baxter, est un formidable coup de coeur. À peine commencé, je l'avais fini, il m'a été impossible de faire durer le plaisir.

Hanah était tranquille peinarde chez elle, à New-York, lorsqu'elle est sommée de rejoindre Bruxelles, interpellée une nouvelle fois pour le meurtre d'Anton Vifkin, son mentor et ancien associé. Un cold case qui date de vingt ans ! Elle est un peu vénère quand elle découvre sur place que l'injonction repose uniquement sur une lettre anonyme...

Mais c'est Hanah, elle est curieuse et veut savoir elle aussi qui a bien pu supprimer l'ancien profileur belge. Elle n'en veut même pas au commissaire Peeters qui avait cherché à l'époque tous les moyens pour la confondre. Elle attend donc, avec lui, les résultats de l'exhumation et de la seconde autopsie. Attente paisible ? Vous vous doutez bien que non, c'est Sonja Delzongle à la barre ! D'autres affaires surviennent pour Peeters, Hanah suit... pour se rendre compte qu'elle plonge à nouveau dans ses souvenirs d'il y a vingt ans. Et le tourbillon des enquêtes ne fait que démarrer... car comme d'habitude, et pour notre plus grand plaisir, il y en a plusieurs avec cette autrice, qui se croisent, ou simplement sont liées.

Parallèlement on suit en France, un tueur professionnel, un exécuteur, qui n'a pas pu finir la seconde moitié de son contrat démarré vingt ans plus tôt. Il devait alors tuer Vifkin et Hanah... Un personnage très spécial, pour le moins tourmenté, dont la psychologie est bien fouillée. C'est lui notre Homme de la plaine du nord, un amoureux de sa région et plus précisément de ses terrils qu'il nous décrit avec passion.

La pression est mise dès le début et ne fera que grimper au fil des pages. Nos enquêteurs courent après d'autres lièvres qui gravitent autour du passé houleux de Vifkin (j'ai appris au passage des tas de perversités que je connaissais pas ! :P) alors qu'un autre se rapproche dangereusement de sa cible. C'est mené tambour battant, zéro temps mort et j'ai été bien triste de me retrouver à la fin du roman, et ce pour plusieurs raisons que je ne dévoilerai pas. Et toc, z'avez qu'à le lire, il sort aujourd'hui !


Sonja Delzongle sur Bookenstock :




mardi 26 mars 2019

ANIMAL de Sandrine Collette




Éditions Denoël
format numérique
9,99 euros



Dans l'obscurité dense de la forêt népalaise, Mara découvre deux très jeunes enfants ligotés à un arbre.
Elle sait qu'elle ne devrait pas s'en mêler. Pourtant, elle les délivre, et fuit avec eux vers la grande ville où ils pourront se cacher.
Vingt ans plus tard, dans une autre forêt, au milieu des volcans du Kamtchatka, débarque un groupe de chasseurs.
Parmi eux, Lior, une Française. Comment cette jeune femme peut-elle être aussi exaltée par la chasse, voilà un mystère que son mari, qui l'adore, n'a jamais résolu.
Quand elle chasse, le regard de Lior tourne à l'étrange, son pas devient souple. Elle semble partie prenante de la nature, douée d'un flair affûté, dangereuse.
Elle a quelque chose d'animal. Cette fois, guidés par un vieil homme à la parole rare, Lior et les autres sont lancés sur les traces d'un ours.
Un ours qui les a repérés, bien sûr. Et qui va entraîner Lior bien au-delà de ses limites, la forçant à affronter enfin la vérité sur elle-même.
Humain, animal, les rôles se brouillent et les idées préconçues tombent dans ce grand roman où la nature tient toute la place.







Wow, wow, wow ! Quel roman ! Sandrine Collette ne cesse de me surprendre, de me faire voyager. Malgré les drames qui se passent dans ces pages, lorsque l'on referme un de ses romans, on a vraiment envie d'aller découvrir les régions que l'on vient de parcourir à ses côtés.

Un long prologue glaçant (10% du livre) où elle nous immerge dans la pauvreté de la campagne népalaise, puis la misère d'un bidonville. Une première partie dans le Kamtchatka, cette péninsule au nord est de la Russie pour une chasse à l'ours. Une deuxième partie avec un retour au Népal, entre les bidonvilles et la jungle, des montagnes de plus de 7000 m comme décor de fond.

L'écriture de Sandrine Collette est telle qu'elle arrive à nous faire aimer quelque chose que l'on déteste viscéralement. Je hais, j’abhorre la chasse. Encore plus ce genre de chasse de riches où les nantis voyagent à l'autre bout du monde, se payent un guide et courent après un gibier d'exception, juste pour le trophée. 

Seulement voilà, mêlés à ces êtres abjects, il y a Lior et Hadrien, deux français et le guide aussi. Le guide parce que lui, la nature et les animaux, il les respecte. Lior elle, n'est là que pour le frisson de la traque, elle ne tuera que si elle est obligée, que pour sauver sa peau. Et Hadrien qui n'est là que pour suivre sa femme, qui hait la chasse tout autant que moi. Et puis il y a l'Ours, oui, avec une majuscule car c'est un vrai personnage, que l'on suit en alternance avec les deux autres. Oubliés bien vite les autres, mis vite fait sur la touche par l'autrice, pour se concentrer sur des séquences émotions on ne peut plus intenses entre ces trois là : Lior, Hadrien, l'Ours. On ne sait plus qui chasse l'autre. On stresse pour chacun. Un texte vibrant, qui prend aux tripes et juste deux mots glissés vers la fin qui nous renvoie au prologue qu'on avait presque oublié... une claque !

Une deuxième partie encore plus flippante. Retour au Népal, Lior veut se confronter à sa plus grande terreur, le tigre. Elle ne veut plus chasser, non, depuis le Kamtchatka elle ne chasse plus, au grand soulagement d'Hadrien. Mais ce dernier n'est pas au bout de ses peines... Je croyais avoir atteint le summum des émotions avec la 1ère partie, je me trompais lourdement. Sandrine Collette a haché menu mon coeur tout en m'offrant une balade dans une nature superbe que l'on ne peut que rêver voir en vrai. Les descriptions sont à couper le souffle.

L'écriture de Sandrine Collette est sublime, un paradoxe tant elle sait mêler l'horreur et la beauté, créant un maelstrom de sentiments à son lecteur. Je ne peux que vous conseiller de vous ruer sur ce Animal, qui encore une fois est un inclassable. Franchement je suis incapable d'y accoler une quelconque étiquette. C'est un Sandrine Collette, point ! Un intense coup de coeur.


lundi 18 mars 2019

CATARACTES de Sonja Delzongle




Il sortira le 4 avril 
Éditions Denoël
400 pages
20,90 euros



Il y a quarante ans, le petit Jan Kosta, trois ans, a été l’un des rares survivants de la terrible catastrophe de Zavoï. Lors d’un gigantesque glissement de terrain, ce village des Balkans a été littéralement englouti sous des torrents de boue. Sauvé par son chien qui l’a traîné, inconscient, hors de l’eau fangeuse, Jan a perdu toute sa famille.
Devenu hydrogéologue, Jan reçoit un coup de fil alarmé d’un ami ingénieur. Il se passe des choses étranges dans et autour de la centrale construite sur les flancs de la montagne de son enfance. Les gens ont des comportements imprévisibles, parfois violents. Les moines du monastère voisin ont tous disparu, et les bâtiments délaissés accueillent désormais un institut psychiatrique.
Vladimir demande à Jan de venir étudier les faits. Que le mal vienne de la centrale, de la montagne ou des hommes, si un nouveau drame est sur le point de se produire, seul un survivant de Zavoï aura une chance de pouvoir tout arrêter.







Pour son nouveau roman Sonja Delzongle abandonne les glaces et le froid du Groenland de Boréal et plante le décor dans un pays qu'elle connait bien, la Serbie. Loin de Belgrade, dans les montagnes du Grand Balkan, à Zavoï.

Un prologue choc, comme elle sait si bien le faire : en quelques pages elle nous noue les tripes et efface Zavoï de la carte ! Un glissement de terrain, un torrent de boue et d'arbres déracinés dévale la montagne. Deux survivants, Kosta 3 ans et son chien Hasta, un gros léonberg fidèle, ramassés mourants par un ermite Djol.

Aujourd'hui Kosta approche de la quarantaine et est installé avec sa femme et sa fille à Dubaï où il travaille en tant qu'ingénieur hydrogéologue. Mais ses services vont être sollicités par un ancien camarade d'études, Vladimir qui travaille dans une centrale hydraulique construite sur les lieux de l'ancien Zavoï. Le voilà donc de retour au pays, sur les lieux du drame alors qu'il n'y avait jamais remis les pieds.

En approchant des lieux, Kosta constate avec stupeur que le vieux monastère a été transformé en asile psychiatrique, que la vallée qui l'a vu naître est engloutie par le lac de retenue du barrage de la centrale. L'ambiance sur place est plutôt tendue faisant suite à la disparition d'un employé, des actes de sabotage et des scènes d'hallucinations plus ou moins collectives.

Tandis que Kosta part dans la montagne accompagné d'une jeune journaliste, Marija, pour trouver et inspecter la source qui alimente la centrale et l'ancien monastère, Vladimir reste sur place et va devoir affronter une série de meurtres, une grève et les venues incessantes de la milice. Le récit va donc alterner entre ces deux hommes qui chacun de leur côté enquêtent.

Au début j'ai cherché un lien entre les faits qui se passent entre les deux histoires que nous suivons en parallèle, puis j'ai très vite arrêté, portée par les récits où il se passe tant (trop ?) de choses. L'autrice enchaîne les surprises, les coups de théâtre et les retournements de situations qu'on ne sait plus où donner de la tête, où trouver le fil rouge directeur de l'intrigue, si ce n'est le rôle de l'eau dans ce roman. La psychologie des personnages est travaillée et va réserver bien des surprises.

Mais une chose est sûre, avec ou sans fil directeur, ce roman se dévore porté par une écriture nerveuse et sûre, les chapitres sont courts et percutants, le syndrome "encore un petit chapitre" fonctionne à fond. Sonja Delzongle en profite pour nous montrer les séquelles laissées par la guerre fratricide qui a secoué son pays il y a quelques années, soulignant l'absurdité de ce conflit. Mais si certaines scènes sont dures, voire violentes, dans chaque page transparaît son amour pour la Serbie. Et on la comprend, certaines descriptions vendent du rêve. Accrochez vous cependant, la fin est toxique ! Sonja, tu es sans coeur ! :(


Sonja Delzongle sur Bookenstock :

Le hameau des purs
Dust
Quand la neige danse
Récidive
Boréal

Légende : ☻ = fan Dup :))
mercredi 20 février 2019

Le prochain Sandrine Collette pour mars 2019 !



Sortie annoncée le 7 mars !

Hiiiiiiiiiiiii, c'est bientôt !!!



Éditions Denoël
Collection Sueurs Froides
288 pages


Le pitch :

Humain, animal, pour survivre ils iront au bout d’eux-mêmes. Un roman sauvage et puissant.

Dans l’obscurité dense de la forêt népalaise, Mara découvre deux très jeunes enfants ligotés à un arbre. Elle sait qu’elle ne devrait pas s’en mêler. Pourtant, elle les délivre, et fuit avec eux vers la grande ville où ils pourront se cacher. 
Vingt ans plus tard, dans une autre forêt, au milieu des volcans du Kamtchatka, débarque un groupe de chasseurs. Parmi eux, Lior, une Française. Comment cette jeune femme peut-elle être aussi exaltée par la chasse, voilà un mystère que son mari, qui l’adore, n’a jamais résolu. Quand elle chasse, le regard de Lior tourne à l’étrange, son pas devient souple. Elle semble partie prenante de la nature, douée d’un flair affûté, dangereuse. Elle a quelque chose d’animal. 
Cette fois, guidés par un vieil homme à la parole rare, Lior et les autres sont lancés sur les traces d’un ours. Un ours qui les a repérés, bien sûr. Et qui va entraîner Lior bien au-delà de ses limites, la forçant à affronter enfin la vérité sur elle-même. 

Humain, animal, les rôles se brouillent et les idées préconçues tombent dans ce grand roman où la nature tient toute la place.





jeudi 28 juin 2018

LÀ OÙ VIVENT LES LOUPS de Laurent Guillaume





Éditions Denoël
Collection Sueurs froides
302 pages
19,90 euros


4ème de couv :

Le train arrive dans la petite gare de Thyanne, terminus de la ligne. Priam Monet descend pesamment d’un wagon. Presque deux mètres pour un bon quintal et demi, mal sapé et sentant le tabac froid, Monet est un flic misanthrope sur la pente descendante. Son purgatoire à lui c’est d’être flic à l’IGPN, la police des polices. Sa mission : inspecter ce petit poste de la police aux frontières, situé entre les Alpes françaises et italiennes. Un bled improbable dans une vallée industrieuse où les règles du Far West ont remplacé celles du droit. Monet n’a qu’une idée en tête, accomplir sa mission au plus vite, quitte à la bâcler pour fuir cet endroit paumé.
Quand on découvre dans un bois le cadavre d’un migrant tombé d’une falaise, tout le monde pense à un accident. Pas Monet. Les vieux réflexes ont la peau dure, et le flic déchu redevient ce qu’il n’a cessé d’être : un enquêteur perspicace et pugnace. La victime était-elle un simple migrant? Qui avait intérêt à la faire disparaître? Quels lourds secrets cache la petite ville de Thyanne? Monet va rester bien plus longtemps que prévu.





Avec ce tout nouveau roman Laurent Guillaume expulse Mako, son charismatique personnage récurrent que j’avais tant apprécié dans Delta Charlie Delta. Exit Mako donc, place à Priam Monet. Que dire sinon que ce dernier est l'antithèse du premier ? Immense, presque deux mètres, obèse, pas sportif pour un sou et surtout RÂLEUR :
« Il n’avait pas envie de voir Servier avec sa moustache à la con, Ludo avec ses blagues à la con, Maurice avec… ses moustaches à la con aussi, Claire avec… il ne savait pas trop quoi en fait. Il aimait bien Claire. Et ça l’énervait, ça aussi. »
Il déteste à peu près tout et tout le monde. Seul Paris obtient grâce à ses yeux, et encore pas tous les arrondissements, beaucoup seraient à rayer de la carte ! Alors quand son service l'envoie pour une inspection de la PAF de Thyanne (Police aux frontières), petite ville savoyarde proche de la frontière italienne, c’est la cata pour Priam. L’air pur le fait suffoquer, il se sent oppressé par les sapins à perte de vue.
« - C’est que je suis un citadin. J’ai pas l’habitude de toute cette chlorophylle, de cet air pur. Chez moi, les arbres sont prisonniers dans des parcs et des squares pour être bien certain qu’ils ne vont pas s’évader et semer la mort et la désolation parmi les parigots. Ici il y en a tellement en liberté que j’ai l’impression de faire un Safari. »
Voilà, vous avez compris. Cet anti-héros par excellence est doté d’un humour qui fait qu’on l'adopte tout de suite, malgré lui. Enfin, quand je dis on, je parle des lecteurs, parce que les autres personnages qu’ils rencontrent vont avoir un peu plus de mal. Certains cependant, dont Claire, vont réussir à percer sa carapace... Puis, pour ne rien arranger, Priam fait partie de l’IGPN, la police des polices. C’est un bœuf quoi, et ils sont rarement appréciés là où ils passent.

Donc si je résume, Priam n’est pas content d’être là et les autres ne le sont pas de le voir. Or le séjour de Priam qui devait ne durer qu’un jour ou deux va considérablement augmenter car un meurtre vient d’avoir lieu dans la montagne, tout près… Et l’investigation, c’est ça qu’il aime notre ronchon, alors délaisser momentanément son rôle de bœuf pour réendosser son métier d’origine, il ne va pas s’en priver.

Un meurtre donc, un maghrébin, qui a fait une chute mortelle du haut d’une falaise. La PAF conclut bien vite à un migrant, une chute accidentelle ou provoquée suite à un désaccord entre passeurs et "passés". Sauf que Priam n'est pas d'accord et veut aller plus loin. Tant pis s'il doit escalader des pentes et louvoyer entre les sapins, mélèzes ou autre horreur ! L’intrigue déroulée par Laurent Guillaume va prendre certains virages complètement inattendus. Une enquête passionnante, pleine de rebondissements et de conséquences en cascade. Le tout emballé dans l’humour caustique que l’auteur prête à un personnage pour le moins inoubliable.

J’ai adoré également le coup de griffe en passant à son collègue et sans doute ami, l’auteur Paul Colize qu’il bombarde Commissaire divisionnaire à l'IGPN avec une réputation de gratte-papier sourcilleux :)).
Là où vivent les loups est un polar rondement mené et bourré d’humour comme je les aime. Je dis toujours que je préfère les thrillers aux polars, avec Laurent Guillaume c'est l’exception qui confirme la règle !



mardi 13 mars 2018

BORÉAL de Sonja Delzongle




Éditions Denoël
Collection Sueurs Froides
448 pages
20,50 euros


4ème de couv :

Janvier 2017, au Groenland. Là, dans le sol gelé, un œil énorme, globuleux, fixe le ciel. On peut y lire une peur intense. C’est ainsi que huit scientifiques partis en mission de reconnaissance découvrent avec stupeur un bœuf musqué pris dans la glace. Puis un autre, et encore un autre. Autour d’eux, aussi loin que portent leurs lampes frontales, des centaines de cadavres sont prisonniers du permafrost devenu un immense cimetière. Pour comprendre l’origine de cette hécatombe, le chef de la mission fait appel à Luv Svendsen, spécialiste de ces phénomènes. Empêtrée dans une vie privée compliquée, et assez soulagée de pouvoir s’immerger dans le travail, Luv s'envole vers le Groenland. Ils sont maintenant neuf hommes et femmes, isolés dans la nuit polaire. Le lendemain a lieu la première disparition.





Les principaux fans de Sonja Delzongle, ceux qui l'ont découverte avec Dust risquent de se sentir spoliés de leur héroïne favorite Hanah Baxter. L'auteur en avait fait un personnage récurrent puisqu'on la retrouvait dans Quand la neige danse et dans Récidive. Mais le flou, le léger battement ne durera pas bien longtemps tant le décor planté accapare le lecteur : le Groenland et les pays scandinaves. Personnellement j'ai retrouvé la grande Sonja qui balance des claques comme dans son premier roman, Le hameau des purs, qui jusque-là restait mon préféré. Ce n'est plus le cas, Boréal le supplante.

Région de Thulé, Groenland, que même Google ne connaît pas, à 5 heures de route en 4x4 de Qaanaaq, petite ville que l'on repère loin au nord de Nuuk la capitale, le long de la mer de Baffin. Là se trouve la base Arctica, un rassemblement de bâtiments et de labos construits et occupés par des scientifiques de tous horizons. Ils sont là pour étudier les effets du réchauffement climatique sur la principale calotte glaciaire de l'Arctique. Un danois, une japonaise, un canadien, une anglaise. Tous des grands pontes dans leur domaine. Plus un jeune thésard français accompagné de son chien, un loup tchèque, et le cuistot de l'équipe, un improbable Mauricien qui se sent bien loin de son île ! On apprend très vite à les connaître, à les apprécier.

Parallèlement nous suivons Luv, une norvégienne spécialiste des espèces vivantes menacées. Une sommité dans sa discipline. Elle vit recluse, cachée avec son bébé depuis qu'elle a réchappé à une tentative d'assassinat alors qu'elle était enceinte. À dire la vérité haut et fort, forcément elle dérange en hauts lieux… Luv qui est en proie à de gros problèmes familiaux qu'elle tente de résoudre.

Suite à la découverte macabre d'un troupeau de plus de mille boeufs musqués morts, pris dans les glaces par les scientifiques d'Arctica, il sera décidé de faire appel aux compétences de Luv. Celle-ci, passionnée par son boulot n'hésite pas une seule seconde à les rejoindre, entraînant derrière elle un ami journaliste, mais abandonnant son bébé à la garde de sa tante.

En profanant ce cimetière de glace, ont-ils dérangé quelques divinités locales ? En tout cas rien ne se passe comme prévu. Des conditions météos extrêmes défavorables, un suicide, puis des disparitions les unes après les autres, c'est l'hécatombe ! À tel point que je me suis bien demandé au milieu du roman comment Sonja allait-elle bien pouvoir finir son roman si elle tuait tout le monde ! Du coup, je ne vous dirai pas qui survit et qui réussit à atteindre le mot fin... mais je peux vous dire que c'est intense. On en prend plein la vue et plein le coeur.

Ce roman est un cri d'appel pour la planète, pour les conséquences dramatiques du réchauffement climatique et des pollutions en tous genres qui se répercutent à tous les niveaux. C'est terrifiant. C'est passionnant. Même les aficionados de Hanah ne pourront pas être déçus de l'absence de celle-ci dans Boréal tant Luv la supplante. J'ai adoré ce personnage si entier et si fort dans ses convictions, et pourtant si désemparé face à ses certitudes familiales ébranlées les unes après les autres. J'étais en totale osmose avec les choix qu'elle a faits. Tous les choix. Vous comprendrez en le lisant…
Boréal est un roman dur, percutant, glaçant. Sonja est sans concession mais il faut bien ça pour que le message passe…
Gros gros coup de coeur.



jeudi 8 février 2018

JUSTE APRÈS LA VAGUE de Sandrine Collette





Éditions Denoël
Collection Sueurs froides
301 pages
19,90 euros


4ème de couv :

Il y a six jours, un volcan s’est effondré dans l’océan, soulevant une vague titanesque, et le monde a disparu autour de Louie, de ses parents et de ses huit frères et sœurs. Leur maison, perchée sur un sommet, a tenu bon. Alentour, à perte de vue, il n’y a plus qu’une étendue d’eau argentée. Une eau secouée de tempêtes violentes, comme des soubresauts de rage. Depuis six jours, ils espèrent voir arriver des secours, car la nourriture se raréfie. Seuls des débris et des corps gonflés approchent de leur île.
Et l’eau recommence à monter. Les parents comprennent qu’il faut partir vers les hautes terres, là où ils trouveront de l’aide. Mais sur leur barque, il n’y a pas de place pour tous. Il va falloir choisir entre les enfants.







On ne sait jamais à quoi s'attendre avec Sandrine Collette. Chaque nouveau roman est radicalement différent du précédent. Inclassable. Une seule chose est sûre cependant : elle vous prend par la main, vous entraîne sans jamais vous lâcher, même quand vous le souhaitez. Parce que des pauses, au milieu de cette lecture, j'aurais vraiment voulu en faire. Pour simplement penser à autre chose, pour apaiser l'angoisse sourde et profonde qui m'a envahie dès le prologue. Car oui, dès le prologue j'ai eu le coeur explosé. Je savais que ce roman serait déchirant.

Je me souviens que pour Six fourmis blanches j'avais prévenu : "équipez-vous pour les grands froids". Mais ici, je ne peux même pas vous dire d'enfiler un gilet de sauvetage. Vous allez couler, comme moi, submergé par les éléments qui se déchaînent dans ces pages, le cœur plombé par les décisions et les conséquences. Relisez donc la 4ème de couv… voilà, vous avez compris. Et encore ceci ne concerne que la vingtaine de pages du prologue.

Et le roman commence. Sandrine Colette s'occupe dans une première partie des trois gamins délaissés sur l'île. Ils se réveillent un matin et avant même de constater le départ des autres ils savent que quelque chose ne va pas : cela ne sent pas les bonnes odeurs du petit déjeuner. Un petit mot de la mère - Pas assez de places - Ils reviendront les chercher dans 15 jours - Elle les aime. Oui mais, pourquoi eux ? Pourquoi les trois du milieu ? Parce qu'ils sont ratés ? Louie avec sa jambe de travers, Perrine avec son oeil crevé, Noé qui ne grandit pas ? Ils s'organisent tant bien que mal. Louie, 11 ans, endosse le rôle d'aîné, de référent. Et l'eau qui continue de monter…
Extrait page 113 (les dernières lignes de la première partie)
Un piquet, c'est une journée. Louie, les pieds dans l'eau, compte les pas entre les deux derniers, les reproduits sur la terre : il pose un caillou au bout de son orteil.
Là, ce sera demain.
Et là, après-demain.
Dans trois jours, la mer arrivera ici.
- Mais, dit Noé, ici c'est le toit de la maison.
Louis a mis les mains dans son dos et contemple l'horizon, songeur.
- Eh bien tu vois. Dans deux jours, on dormira dehors en haut de la colline, et dans trois jours, on sera noyés.

La deuxième partie sera consacrée au voyage en barque du reste de la famille. Les deux grands, les quatre petites et les parents. La mère qui rumine l'abandon de ses trois enfants, le père qui culpabilise. Surtout qu'il se rend compte que l'eau continue de monter…
Et les éléments qui se déchaînent aussi bien sur l'île que sur l'eau. Je peux vous dire qu'il faut avoir le coeur bien accroché. Sandrine Collette m'avait déjà fait ressentir le vertige, là j'ai eu le mal de mer. Moi qui ai toujours ressenti un vague malaise sur une plage face à l'immensité de la mer, je ne vous raconte pas sur une barque ! Les épreuves se succèdent pour tous. l'auteur ne leur épargne rien, c'est souvent dramatique.

Et enfin, pour la troisième partie, on retourne sur l'île, vers nos trois petits abandonnés. La machine Collette passe en mode essorage rapide. Que d'épreuves pour ces bouts de choux !

Comme je le disais en introduction, ce nouveau roman de Sandrine Colette est un inclassable. Hormis le fait qu'il est dur, qu'il est noir, il touchera forcément chaque lecteur. Parce qu'il touche au plus profond de notre humanité, parce qu'il développe et magnifie toutes nos émotions. Parce qu'il prend aux tripes de la première à la dernière ligne. J'ai trouvé également que l'écriture de l'auteur évoluait. C'est plus sec malgré des phrases longues, c'est sans fioriture, ça tape dur.
Extrait page 279
Ou eux tous ensemble, parce que cela en fait des difformités quand on les met l'un à côté de l'autre, et il y aurait de quoi en rire en effet, si ce n'était pas si triste, on n'y prêterait à peine attention, peut-être un jour on se dirait, oui que quelque chose cloche chez ces trois là, que la nature ou le destin aurait pu s'abstenir - n'est-ce pas la raison pour laquelle à ce sont eux qui sont restés sur l'île, eux et pas les autres, pas Liam et Matteo, et pas Émilie, pas Sidonie, pas Lotte et pas Marion, juste eux, le boiteux la borgne et le nain.
Trois petites erreurs.
Et puis s'en vont.
Juste après la vague est un incontournable, IL FAUT LE LIRE. C'est un immense coup de coeur, sans aucun doute mon préféré. Il faut que je laisse décanter un peu pour me prononcer. Une histoire profondément touchante que l'on vit au plus proche de ses personnages, de ces gens, jeunes, moins jeunes ou vieux, qui se surpassent, par nécessité, par volonté, par humanisme. Une fin magnifique qui vous cueille par surprise et vous accroche enfin un sourire.


Un thriller/polar pour le challenge de la Licorne