mardi 2 avril 2019

LE CHANT MORTEL DU SOLEIL de Franck Ferric




Editions Albin Michel Imaginaire

Parution: 27/03/2019
Prix: 21.9 €
380 Pages




Il s’appelle Araatan, il est le Grand Qsar. On le surnomme la Montagne car il est haut comme deux hommes, large comme un auroch. Le destin de ce géant est de mener son peuple de cavaliers sur la route de la Toute Fin : achever l’extermination totale des dieux. Une seule divinité a survécu à leur déicide : celle de la cité d’Ishroun. Pour abattre les murailles d’Ishroun et éteindre le culte de la Première Flamme, Araatan se donne un an.
Elle s’appelle Kosum. Née esclave, elle était la meilleure dresseuse de chevaux des plaines. Pour avoir tenté de castrer le fils de son maître, elles a été enchaînée nue à une tour pleine de morts. Alors qu’elle attend résignée le baiser mortel du gel, quatre cavaliers la délivrent. Ces hommes durs retournent auprès du Grand Qsar. Kosum, qui croyait mettre un pied dans la guerre, va entamer un tout autre voyage.





Alors vous savez quoi? Quand je reçois un livre en ENC (EditionNonCorrigée) et que dessus c'est marqué "Sortie le 04 avril  2019" et ben moi, naïvement je pense que le roman sort le 04 avril 2019 😀😀 et je me dis "allez on s'arrange pour caler la chronique avec la date de sortie". C'est bête hein !



Parce que quand je vois après que le roman est sorti le 27  mars 2019, je me suis dit que c'était un joli poisson d'avril et que je suis tombée dedans ! Bref, j'arrête là mes considérations diverses. Passons aux choses sérieuses !





Le chant mortel du soleil est le premier roman d'un auteur français publié chez Albin Michel Imaginaire, ce label qui monte monte monte dans le monde de la SFFF. Pour ce roman, l'auteur, Franck Ferric n'en est pas à son coup d'essai, loin de là, mais pour moi c'est une découverte n'ayant jamais eu l'occasion de découvrir sa plume (arrêtez de jeter des tomates !).

Le chant mortel du soleil nous conte la jolie histoire d'une demoiselle en détresse, sauvée par de preux chevaliers. Enfin presque ...
De fait une jeune femme est sauvée, elle s'appelle Kosum, une esclave qui s'occupait des chevaux et qui a eu la bonne idée de jouer du couteau un peu trop près des "bourses" du fils de son patron. Enchaînée nue au pied d'une tour, elle attend la mort qui viendra la délivrer, mais ce sont finalement quatre cavaliers qui viendront la sauver.
Au même moment, l'avalanche qui s'annonçait commence à dévaler la montagne.
L'avalanche, c'est ainsi que l'on nomme le déferlement des Montagnards sur les peuples de la plaine. Généralement cette avalanche peut être arrêtée par quelques dons en espèces sonnantes et trébuchantes. Généralement aussi, le but de ce déferlement est de remplir les coffres des Montagnards avant l'hiver pour qu'ils puissent acheter suffisamment de provisions pour tenir pendant la saison froide.

Généralement ... mais pas cette fois.

Araatan, le chef des Montagnards a d'autres projets. Cet impressionnant géant n'a que faire de coffres bourrés d'or ou de pierreries. Ce qu'il veut, c'est tuer le dernier des dieux. Rien ne pourra l'en détourner. Et pour ça, il peut compter sur son armée. Une armée de montagnards, autant dire, une armée de géants qui terrorisent les gens rien que par sa puissance. Ils sont prêts à tout pour suivre leur chef, un chef omnipotent dont on ne discute pas les décisions.
Alors le combat va s'engager. Un combat brutal, homérique et sans concession.

Mais ce roman ce n'est pas le récit du combat. Du moins pas seulement. C'est un savoureux mélange entre des périodes de combats incroyablement intenses et des périodes plus calmes et introspectives, propices à la réflexion.
En effet, si Araatan n'a aucun doute sur sa volonté de tuer le dernier des dieux, il se pose à juste titre la question du monde tel qu'il sera "après". Qu'est ce qu'un monde sans dieu ? Araatan, cette force de la nature ne doute pas. Jamais. Mais les gens autour de lui n'ont pas forcément cette même foi. Tiens donc: avoir la foi dans un monde sans dieu. N'est ce pas une hérésie du coup ?

Quant à Kosum, elle passe d'une condition d'esclave à une condition de femme libre. Enfin libre c'est peut être beaucoup dire. Elle est embringuée dans l'armée des montagnards. Elle n'a pas le choix, elle fait partie de la main avec les quatre autres cavaliers. Enfin 4 puis 3 puis ... Kosum qui ne s'est jamais battue de sa vie. La seule chose qu'elle connaît ce sont les chevaux. Au moins, elle est bonne cavalière... Et si son destin est de devenir une guerrière, elle fait avec. Sauf que guerrière, elle ne le sera jamais parce que, contrairement à ce qu'elle pensait, son destin est ailleurs ....

Ce qui est étonnant dans ce roman, hormis la réflexion sur le rapport de l'homme au sacré, ce sont surtout ses personnages. Araatan est un immense guerrier doublé d'un tyran. A priori un héros monolithique. Mais l'arrivée d'un étrange personnage masqué, une sorte de sorcier, va le pousser à s'épancher un peu plus. On se rend compte alors qu'il a lui aussi des failles et qu'il se pose beaucoup de questions.
Quant à Kosum, elle a une trajectoire juste inverse. Elle commence le roman comme une "bonne à pas grand chose". Elle a été esclave toute sa vie et elle ne sait rien faire d'autre que de s'occuper des chevaux. Même si c'est utile ça ne permet pas de survivre. On lui donne peu de chance. Et pourtant ...
Et puis il y a Urtaï, l'un des cavaliers, sa folie, ses visions, que l'on comprend bien tardivement ...

Évidemment certains penseront à Conan en lisant les descriptions des Montagnards, moi je louchais plutôt vers "Un monde sans dieux" de Brian Ruckley, sans doute d'ailleurs à cause du titre lui-même. Dans tous les cas, il s'agit de fantasy épique. Mais contrairement à Howard et son Conan, Franck Ferric fait la part belle à l'humain. L'humain, l'homme quoi. Vous ne trouverez pas de dragons ou de créatures bizarres (quoique les chèvres chevaux soient particulièrement étranges !). Pas de magie non plus, ou si peu et de toute façon on ne sait rien sur cette sorcellerie que l'on entrevoit tout juste. Place aux humains donc, avec certains spécimens plus grands que nature et d'autres plus humbles mais qui n'en sont pas moins talentueux.

À tout ce qui précède, rajoutons encore une écriture ciselée, un vocabulaire très typique, qui peut déstabiliser un peu au début et peut sembler un peu hors contexte, mais on s'y fait. Cependant le récit aurait gagné en vivacité avec un vocabulaire plus adapté.

Bref, Le chant mortel du soleil (dont le titre ne vous sera expliqué que dans les toutes dernières pages) est un roman étonnant, percutant et assez atypique. Encore une belle découverte d'Albin Michel Imaginaire qui a le don de dégotter de jolies perles. Mais ce monde est tellement riche qu'on se prend à se demander si par hasard l'auteur n'aurait pas prévu d'y retourner dans un futur proche. Il y a matière ... À suivre donc !

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