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lundi 16 mars 2026

LA GARDIENNE de Sonja Delzongle

 


Fleuve Éditions
Collection Fleuvenoir
425 pages
21,95 euros




L'avis express de Dup sur La gardienne de Sonja Delzongle.


Percutant, glaçant, Sonja Delzongle au sommet de son art.


L'AVIS DE DUP



C'est au cœur du Morvan, dans une forêt sombre et dense, près d'un lac que va s'installer la famille Olsen. Frode le père, architecte de métier, y a construit une maison en bois typique de sa Norvège natale. Frode et Mathilde, ainsi que leurs deux filles, Gerda et Rune vont y vivre en autarcie presque complète, au plus près de la nature.

Décision collégiale ? Que nenni ! C'est Frode qui l'impose, comme une fuite, depuis que sa cadette, Rune a été agressée dans son collège à Lille. Il n'a cure des avis de sa femme et de son aînée, seule Rune compte à ses yeux et il va poursuivre l'éducation de cette dernière comme il l'avait commencée, la considérant comme un garçon, son fils...

Ce havre de paix baptisé la Petite Norvège n'est en fait qu'une illusion car l'isolement recherché s'avère être au cœur d'une affaire policière non résolue de disparitions d'adolescentes depuis quelques années. Et puis l'attitude du père vis à vis de sa cadette soulève bien des questionnements et des rancœurs au sein de la maisonnée. 

La gardienne est un roman psychologique sombre et puissant. La première moitié du roman devient un huis clos étouffant alors que le côté protecteur du père s'efface au profit du côté oppresseur. Et puis le récit bascule, s'ouvre. Respire-t'on mieux pour autant ? Mouarf, c'est Sonja Delzongle à la barre, et la noirceur se poursuit, parfois même un peu trop. C'est un crève-coeur de voir le sort s'acharner sur ces personnages déjà bien malmenés au début du récit ! Mais la plume immersive de l'autrice nous empêche de nous détacher de ce récit hypnotique.

L'aspect psychologique de chaque personnage est parfaitement travaillé et chacun apporte son lot d'émotions. Aversion, rejet, épouvante, colère, pitié, empathie. Un véritable maelstrom parfois lorsque l'un d'entre eux vous fait passer par tout cela successivement. Les thèmes de l'emprise psychologique du mâle dominant, de l'impact d'une éducation traumatisante sur la psyché sont extrêmement bien creusés et c'est passionnant. Glaçant, mais passionnant.

Et puis l'autrice n'a pas son pareil pour glisser au milieu de l'horreur un personnage secondaire qui réconforte, soulage, et réconcilie avec la nature humaine. Gros coup de cœur pour le capitaine de gendarmerie à la retraite, André Moulin. ❤ 

La gardienne est à la fois un polar à rebondissements et un thriller psychologique. Il est profond et troublant, glaçant et flippant. Ma foi, tout ce que l'on cherche dans ce genre de roman. Sonja Delzongle confirme la maîtrise de son art. Un roman que je conseille à tous les amateurs du genre !

* SP papier *



lundi 23 février 2026

ÉCHOS STELLAIRES de David Bry

 


Fleuve Éditions
Collection Outrefleuve
544 pages
22,95 euros




L'avis express de Dup sur Échos stellaires de David Bry


Un space opera poignant et addictif.
Du David Bry pur jus !


L'AVIS DE DUP



La planète Chronon Galactics est la propriété d'un seul homme, Venceslas Radendt, qui la dirige et l'exploite à fond. En effet, elle a la particularité de se trouver proche d'une sorte de trou noir appelée Anomalie qui recrache vers elle une grosse quantité de chronons. Ce sont des particules extrêmement recherchées car elles servent de carburant, notamment pour les engins spatiaux, et Chronon Galactics est le premier fournisseur de tous les systèmes solaires. Inutile de dire que les inégalités sur cette planète sont criantes, le peuple est esclave, maltraité et soumis... sauf une poignée qui s'organise et lutte.

Mais ce n'est pas la seule particularité des chronons. Si vous vous exposez à leur rayonnement sans protection, des visions vous submergent, la plupart du temps du passé... en plus de vous tuer à petit feu. Pour Noam Kerval, c'est devenu une drogue depuis qu'il a perdu son aimé Alix, lors d'une révolte avortée. Depuis le drame il a rejoint la Rébellion où il officie en tant que pilote. Il collecte des chronons au nez et à la barbe du gouvernement et participe aux raids contre les institutions.

Face à l'indifférence de la Terre et des autres planètes habitées, bien trop dépendantes de leurs livraisons de chronons, la poignée de rebelles ne pèse pas lourd. L'IA qui seconde Radendt est formelle, leurs chances de réussite ne dépassent pas 10%. Mais c'est encore trop pour le tyran qui décide de passer à l'offensive musclée.

Noam lui n'en a rien à faire, s'il fait partie de la Rébellion, ce n'est pas par conviction, mais seulement parce qu'Alix était un rebelle. Il est devenu une pièce maîtresse de l'organisation car il n'hésite jamais à prendre tous les risques. À ses côtés, nous apprendrons à connaître quelques autres membres, dont Kay, son meilleur ami et informaticien de génie. Eleonore, ingénieure prodige et un brin illuminée dont Kay est amoureux. Torres la commandante et bien d'autres encore. 

Et comme à chaque fois avec David Bry, chaque personnage a de l'épaisseur, du charisme à revendre et enclenche l'empathie du lecteur. Dès le début on sait que la lutte va être dure, qu'on va en perdre un paquet en chemin, mais on ne peut s'empêcher de poursuivre... la boîte de mouchoirs à portée de main. Et on en aura bien besoin, David je te hais 😭😭😭

Échos stellaires est un space opera brillant et plein d'espoir qui narre comment une population brisée parvient à se relever grâce à la volonté d'une poignée. Un roman qui questionne sur les IA en y introduisant une notion glaçante d'IH que je vous laisse découvrir. Mais c'est aussi et surtout un roman rempli d'Amour avec un grand A, où le deuil et les passions sont décrits avec force, comme toujours avec cet auteur. Bon, ok David, je t'aime quand même encore un peu tout de même !

Échos stellaires est un énorme coup de cœur.

*lecture personnelle*





jeudi 15 février 2024

NOIR COMME L'ORAGE de Sonja Delzongle

 


Fleuve éditions
Collection fleuve noir
553 pages
22,90 euros





L'avis express de Dup sur Noir comme l'orage de Sonja Delzongle

Une enquête haletante intimement liés aux caprices de la météo qui ne laisse aucun répit au lecteur.  



L'AVIS DE DUP




Noir comme l'orage porte bien son nom et c'est dès les premières lignes que nous nous trouvons au coeur de la tourmente. Il y a eu un énorme orage cette nuit sur Oléron et le lendemain à l'aube, un couple de touristes fait une bien macabre découverte. Quatre corps décédés sur une plage, les parents et deux enfants, emballés dans du papier alu et raccordés avec du fil de cuivre à un poteau métallique... cuits en papillote en gros ! 

La gendarmerie locale fait appel au SRPJ de la Rochelle et c'est Max qui va devoir y aller alors qu'il avait prévu un weekend sympa avec sa douce. Ce qu'il ne sait pas alors, c'est que ce n'est que le début d'une enquête aux multiples ramifications. Déjà, comme il ne tardera pas à l'apprendre, lorsqu'il y a un orage dans le coin, il ne reste pas stationné sur Oléron mais balaye toutes les îles alentours. Et le ou les tueurs le savaient car des scènes du même acabit vont être découvertes sur les îles de Ré, d'Aix et de Madame. 

Sonja Delzongle nous entraîne dans une enquête d'investigations qui semble aller à toute vitesse, car il y a sans cesse de nouvelles découvertes, de nouveaux rebondissements. Au volant de sa moto, Max n'arrête pas de sillonner la région, chaque nouvel élément l'entraînant ailleurs et donne un effet boule de neige incontrôlable, et surtout hypnotisant pour le lecteur. Elle capte notre intérêt dès le début et jamais ne nous relâche ! Le suspens monte vite, d'autant que cela devient une course contre la montre car très vite les équipes d'investigations comprennent qu'au prochain orage, ces exécutions macabres risquent de reprendre. 

Et puis la situation se complexifie encore quand Max se retrouve impliqué, bien malgré lui, alors même qu'il cache lui aussi un secret personnel, ignoré de sa hiérarchie, mais qui pourrait être à double tranchant dans l'enquête en cours... Heureusement qu'il peut compter sur son adjoint, au courant, pour avancer lorsque cela devient compliqué pour lui.

Une enquête passionnante, tortueuse comme sait si bien les faire Sonja Delzongle, qui nous force à cogiter, à supputer, à plonger dans les fausses pistes et à reprendre à zéro le raisonnement... j'adore ! 

Comme toujours avec cette autrice, le côté humain de ses personnages nous percute car leur psychologie est parfaitement décortiquée, et ici exploitée à fond en choisissant un personnage principal trans embarqué malgré lui dans la tourmente. Elle nous fait partager ses doutes et ses réflexions, ses convictions et ses attentes et on ne peut que développer une forte empathie pour son Max.

Noir comme l'orage ne vous laissera aucun répit, je vous le promets ! Il a été responsable de deux petites nuits consécutives (et d'une bonne crève...private joke), mais reprendre la lecture après mes ennuis oculaires avec un bon Delzongle a été un bonheur que je n'ai pas boudé. C'est un coup de cœur bien évidemment !

 

Sonja Delzongle  sur Bookenstock :

jeudi 8 juin 2023

LA FAILLE de Franck Thilliez

 


Fleuve Éditions
Collection Fleuve Noir
504 pages
22,90 euros





L'avis express de Dup sur La faille de Franck Thilliez

Un seul mot : magistral !


L'AVIS DE DUP


Moi, Dup, maso de service, viens vous présenter la énième claque que m'a assénée Franck Thilliez... À chaque fois j'ai peur de développer un sentiment de lassitude vis à vis de Franck Sharko et Lucie Hennebelle. La faille est le huitième volume qui les réunit, mais avant cela il y a eu cinq livres ne concernant que Sharko et deux avec Lucie seule. Je ne voulais pas compter, mais finalement... Tant de livres, et jamais une déception.

J'aimerai presque faire abstraction de l'enquête policière qui échoit à l'équipe de Sharko pour ne parler que de la tourmente émotionnelle que va traverser cette famille de flics soudée de la Crim de Paris. Parce que c'est ainsi que je la vois : Franck, Lucie, Nicolas, Lisa  et Pascal , une famille. La faille m'a remué les tripes comme jamais je crois un thriller ne l'a fait. Parce que les coups de flip, le stress, le suspense, je m'y attends toujours. En revanche d'avoir le coeur broyé par ce que traversent des personnages qu'on apprécie, c'est raide.

Une enquête banale, la traque d'un nécrophile qui dérape et un des membres de l'équipe reste au sol. Sharko en tant que commandant responsable est mis sur la touche avec l'IGPN (la police des polices) sur le dos. Cela suffit à le faire sortir des rails, creuser, approfondir, en sous-marin. 

Et tout cela va l'amener sur autre chose, de bien plus perturbant, de bien plus profond et disons le tout de go, d'indicible. Et lorsque ses soupçons se confirment, Sharko est comme un pitbull, il ne lâche rien et va nous traîner dans la tourmente.

Cette fois ci Franck Thilliez s'attaque au sujet ultime, voire tabou, la mort. Et il y va franchement, ayant trouvé l'angle parfait, scientifique, à la pointe. Exploration des EMI (Expérience de mort imminente) positives, mais négatives également, étude des activités électriques cérébrales, etc... On frôle parfois l'invraisemblable, mais toujours les faits parfaitement documentés de l'auteur nous ramènent à la triste et froide réalité. Certaines scènes sont très dures, très sombres, mais comme toujours justifiées et jamais gratuites.

Et en parallèle, la tourmente émotionnelle que traverse l'équipe avec Lisa enceinte et en état de mort cérébrale. Que ce soit l'enquête ou la situation de Nicolas, Franck Thilliez explore les aspects juridiques, scientifiques et philosophiques de cet état proche de la mort. Il éclaire cette frontière floue entre la vie et la mort, aborde le droit à l'euthanasie et à l'inverse les justifications de l'acharnement thérapeutique. Sujet de société s'il en est qui prête à débat, où le titre du roman est à prendre au sens propre comme au figuré.

Cette nouvelle enquête est sombre, glaçante mais surtout bouleversante. Je savais que l'auteur ne ménageait pas ses personnages, mais là on est passé au pallier supérieur. Que d'épreuves ! La faille est un roman qui une fois démarré, ne peut plus être reposé, nuit blanche assurée. 

Un incontournable pour les amateurs de thrillers.


Franck Thilliez sur Bookenstock :

jeudi 6 avril 2023

THANATEA de Sonja Delzongle

 


Fleuve Éditions
Collection Fleuve noir
416 pages
20,90 euros





L'avis express de Dup sur Thanatea de Sonja Delzongle

Bien plus qu'un polar, Thanatea est un roman poignant qui prend aux tripes son lecteur.


L'AVIS DE DUP



Prenez une pelote de laine, laissez votre chat jouer avec tout son saoul, puis après essayez de dérouler l'écheveau. C'est un peu ce que Sonja Delzongle s'amuse à faire avec son histoire. On se retrouve dans un vrai sac de nœuds, et lorsqu'on entrevoit une solution pour le démêler, pouf une révélation mélange à nouveau le tout. Quinze fois, vingt fois... À ce stade, cela devient de l'art.

Esther, Layla et Hélène. Trois amies d'enfance, trois sœurs de cœur qui partagent le même amour pour leur boulot d’enquêtrices à la Police Judiciaire de Lyon. Sauf qu'Esther s'en va. Elle ne se remet pas du décès de sa fille et a besoin de tourner la page.

Esther a postulé pour un poste fort bien rémunéré en Suisse, dans une société qui fait commerce de la mort, Thanatea. Son job : faire et servir le café aux employés 😳. Elle se retrouve sur une île sur le Léman qui porte le nom de la société où on lui vante les mérites du suicide assisté, limite comme une oeuvre d'utilité publique. Mais des faits qui s'enchaînent lui font perdre encore plus pied et elle disparaît. Layla et Hélène vont enquêter.

Je n'en dirai pas plus, sous peine de spoiler cette intrigue aux n ramifications, si ce n'est que l'esprit tordu de l'autrice est à son comble et que ce polar est un vrai page turner. Entre l'ambiance chelou sur l'île et les enquêtes sordides du moment sur Lyon, une tension se développe pour devenir exponentielle lorsqu'on comprend que Sonja Delzongle va mixer le tout.

Thanatea c'est aussi l'histoire de trois femmes fortes et liées par une amitié féroce. Elles ont pourtant chacune leur jardin secret, des fêlures profondes. La vie ne leur a pas fait de cadeaux, mais elles relèvent la tête avec niaque. Trois personnages qui m'ont chacune beaucoup touchée.

Si Thanatea est un polar efficace et sans faute, c'est pour moi bien plus que ça. C'est un roman sur trois belles âmes dont les souffrances sont explorées avec finesse et brio par Sonja Delzongle. Un vrai coup de coeur.



lundi 20 juin 2022

LABYRINTHES de Franck Thilliez

 



Fleuve Éditions 
Collection Fleuve noir
384 pages
21,90 euros






L'avis express de Dup sur Labyrinthes de Franck Thilliez

Magistralement diabolique !


L'AVIS DE DUP



Oh. Mon. Dieu. Cet auteur est un génie, mais en même temps un fou furieux. Quel pari audacieux ! Je l'imagine très bien en pleine écriture de ce roman se frotter les mains en jubilant de savoir combien il va balader son lecteur. Combien il va ravir ses lecteurs assidus lorsque ceux-ci vont commencer à voir le lien entre Labyrinthes et d'autres de ses romans. Vous avez pratiquement toute la liste des Thilliez en fin de chronique, si j'étais vous, je réviserai... 😁

Je fais assurément partie de la deuxième catégorie, attendant chaque année "mon" Thilliez. Et chaque année, c'est le même rituel, je ne lis JAMAIS la 4ème de couv pour me garder la surprise, je fuis les avis qui fleurissent toujours très vite, je me préserve pour une totale surprise. Sharko, pas Sharko, je ne veux pas savoir.

Labyrinthes joue avec le thème de la mémoire défaillante, un thème cher à l'auteur. Peut-on vraiment se fier à notre mémoire ? Franck Thilliez jongle avec ses personnages, passant de l'un à l'autre, les plaçant où il le souhaite, comme un joueur d'échec, comme les parties en cours dans ce roman...

Dés le premier chapitre, qui fait office de prologue mais qui s'appelle chapitre 1 pour mieux brouiller les pistes, il nous annonce la couleur. "Vous devez savoir qu'il y a cinq protagonistes dans l'histoire que je vais partager avec vous. Toutes des femmes. La journaliste. La psychiatre. La kidnappée. La romancière." Et la cinquième ? " Elle n'apparaît que plus tard, elle est la clé de tout. [] Et, concentrez-vous, parce que cette histoire est un vrai labyrinthe où tout s'entremêle."

Les romans de Franck Thilliez où n'apparaissent pas Sharko, je les prends toujours comme un jeu. Mon carnet et mon crayon pour prendre des notes ne me quittent pas. Je gratte comme une malade, relevant des détails que je pense judicieux, notant les pages pour pouvoir y revenir si besoin. Et mon dieu, à chaque fois je me fais avoir. Certains détails sont cruciaux, d'autres au contraire absolument inutiles et m'auront embrouillés complètement... et à chaque fois, lorsque apparaît la solution, à la toute fin bien sûr, une furieuse envie de tout relire me prend !

La couverture de ce roman propose de jouer, de s'armer de son crayon et d'essayer de sortir. Il parait que c'est un vrai labyrinthe avec un seul chemin existant. Le récit de Franck Thilliez fait de même, mais avec le sentiment inverse. Plus on avance en le suivant, plus on a l'impression qu'il nous mène en bateau, qu'il nous guide à chaque nouveau chapitre sur une voie sans issue ! Du grand art. Magistral encore une fois !


Franck Thilliez sur Bookenstock :  fan moi ? 😁

lundi 14 juin 2021

1991 de Franck Thilliez

 



Fleuve Éditions
Collection Fleuve noir
504 pages
22,90 euros






L'avis express de Dup sur 1991 de Franck Thilliez

Première confrontation du tout jeune inspecteur Sharko, 30 ans, avec le Mal.


L'AVIS DE DUP




Voilà un rendez-vous annuel que je ne raterai pour rien au monde : le nouveau Thilliez, et je sais que je ne suis pas la seule. Il me faudrait deux déceptions coup sur coup pour arrêter, comme cela s'est produit avec Maxime Chattam par exemple... Franck Thilliez est pour moi le meilleur auteur de thriller français, talonné par Karine Giebel soit, mais en tête toujours. C'est la garantie d'une lecture coup de cœur, et 1991 ne déroge pas à la règle. Deux longues soirées complètement accro et scotchée à mon livre, deux toutes petites nuits et des immenses valises sous les yeux, Sharko m'a encore subjuguée. 

Mais là, je dois dire, encore plus et je m'explique : Sharko nous le suivons depuis Train d'enfer pour ange rouge, qui remonte à 2004, où il a déjà la quarantaine. Depuis nous avons eu une dizaine de romans sur ce personnage ! Il a eu le temps d'évoluer, de traverser des enfers, des épreuves, d'avancer dans la vie et mon image du Sharko d'aujourd'hui est un flic mûr, entier, parfois blasé, à coup sûr marqué par son métier. Et là, son auteur lui redonne un grand coup de jeune, et c'est complètement déroutant au début. Avouez que passer du statut de grand chef de la Crim puis entendre tout d'un coup qu'il se fait traiter de bleu-bite déstabilise un peu !

Mais Franck Thilliez l'a tellement dans la peau ce Sharko que très vite on le retrouve. C'est bien lui, c'est bien sa façon de penser... en plus jeune et c'est génial. Et puis l'auteur n'a pas son pareil pour nous pondre une, non deux intrigues tarabiscotées qui tiendront n'importe quel lecteur en haleine. Avec toujours cette incursion dans le monde de la médecine, avec un cas particulier, pas toujours rarissime mais qui vient bien embrouiller les pistes : j'adore ! Avec toujours cette façon de jouer avec le lecteur : j'adore encore plus !

Je ne vais d'ailleurs pas m'attarder sur les affaires que démêle notre personnage principal, pour plutôt me centrer sur la particularité de cet opus, c'est-à-dire sur le fait que tout se déroule en 1991. Rétroprojecteur sur une période pourtant pas si éloignée, 30 ans, et quel virage a pris notre monde depuis !!!

1991, c'était les téléphones fixes, le bottin, et les cabines téléphoniques dans les rues. Stressant et pas très adapté lorsqu'il s'agit d'appeler les urgences ou les renforts... Franck Thilliez en joue beaucoup : reprendre la voiture, revenir sur ses pas, voir au village précédent pour trouver la fameuse cabine, tout en espérant qu'elle marchera !!! Et les kilomètres à pied dans les rues de Paris pour déposer des tracs, des annonces, des demandes de renseignements...

1991 c'était encore toutes les infos sur papier, les archives monstrueuses de toutes les institutions, de tous les médias, le tout début de l'informatique grand public. Quelques ordinateurs tapent l'incruste au 36 quai des orfèvres, mais ils prennent la poussière sous le plastique d'emballage, encombrent plus qu'autre chose quelques bureaux. Sharko a besoin d'éplucher la liste des collégiens d'un village en Haute Savoie : il prend sa voiture, se cogne 5 heures de route, une chambre d'hôtel et passe la journée dans une pièce poussiéreuse du dit collège à feuilleter des cartons et des cartons. Et encore, il a eu de la chance là, c'était à peu près rangé...

1991, c'était les balbutiements de l'ADN. La période charnière pour les flics où les preuves irréfutables n'étaient encore que les empreintes digitales. Lorsqu'on suit un adulte en 91, ça donne des hommes et des femmes nés en 60 ou avant, et Franck Thilliez nous fait découvrir quelques théories psychiatriques de l'époque qui font froid dans le dos. 

1991, c'était encore plein de détails qui aujourd'hui semblent tellement impensables ! Ça fumait et picolait sec parfois dans les bureaux du 36. Les dépositions comme les gardes à vue étaient... musclées (doux euphémisme)! Les arrangements avec la loi également : il y a la loi, mais il y a les règles au-dessus. Et les flics qui constituent cette famille du 36, ils ont leurs règles, n'en doutez pas une seconde.

Bref, 1991, c'était passionnant encore une fois. Bien flippant comme toujours. En revanche je suis curieuse d'avoir l'avis du jeune lectorat, celui né vers 90 ou après. Chez moi ce sera chose faite bientôt, car j'ai une de mes filles née en 93 qui est accro aux écrits de Franck Thilliez !

jeudi 11 mars 2021

LA PROPHÉTIE DE L'ARBRE de Christophe Misraki

 



Fleuve Éditions
Collection Outrefleuve
608 pages
22,90 euros






L'avis express de Dup sur La prophétie de l'arbre de Christophe Misraki


Un roman complexe et ambitieux, tant dans l'univers que dans ses intrigues et ses personnages.
Un plaisir de lecture qui se mérite.



L'AVIS DE DUP





Christophe Misraki nous propulse dès les premières lignes dans un univers extrêmement complexe, fait de différents peuples humains et non humains. La carte en début d'ouvrage est plus que bienvenue pour s'y retrouver (je n'ose imaginer cette lecture avec le support numérique ). De chapitres en chapitres, nous découvrons une multitude de personnages et les intrigues sont nombreuses. Il faut arriver à la moitié du livre à peu près pour que se dégage la principale des intrigues qui tourne autour du mystère des Entités. Les indices glanés ça et là permettent alors d'avoir une vision plus globale et enfin commencer à appréhender la place de chacun.  Et ce n'est qu'aux derniers chapitres que nous comprenons enfin le sens du titre de ce tome 1.

C'est donc arrivée au milieu de ce roman que j'ai décidé de le poser, prendre un papier et un crayon et essayer de clarifier tout ça. Voilà en photo ce que ça donne !


Je doute que cela représente quelque chose pour vous, sauf si vous l'avez lu, et encore, mais moi cela m'a aidé grandement. Je vais donc tenter de vous expliquer tout ça (c'est pas gagné hein !)

Il y a des siècles de ça, lors du Conflit Originel entre les Forces du Mal et les Forces du Bien, tous les différents mondes existants ont explosé et ont été reconstitué, remodelé en un immense patchwork qui forme aujourd'hui Porminide. Les Forces du Bien ayant gagné, les peuples humains se sont répartis dans les contrées jouissants d'avantages territoriaux. Les autres peuples essayant de survivre aux extrémités, au nord et au froid les Hordes (pas compris ce qu'ils étaient, des géants ???), à l'ouest et sous la terre les Hiurt (un peu comme des nains), au sud et sous la mer les amphibiens Amarcyans, à l'est, proche des humains le peuple des Feuilles, les Tuins (sorte de sylves) et loin à l'est au niveau du grand désert, les Toua-Elar et leurs ennemis les Noma-Elar. Alors ces derniers, je vous laisse les découvrir et appréhender ainsi la fertilité de l'imagination de Christophe Misraki. 


Et enfin, les Malévolents, représentants des Forces du Mal repoussés loin au fond des Abysses, dans le PanDaemon. On y découvre une structure hyper hiérarchisée, avec différents grades de Diables, mais aussi de nombreux serviteurs dont on a les noms : des daraïs, des yeenars et des nermacks mais, je le déplore, peu de descriptions, du moins dans ce premier tome.

Pour aider les humains dans un développement pacifique, les Forces du Bien ont chargé un peuple élu, les Anitai de seconder chacun des sept dirigeants. Ces derniers se voient confier une Entité qui se loge dans leur coeur, et un Conseiller visiblement immortel. L'entité se transmet de père en fils, à l'âge de 23 ans. Le hic va venir de la dynastie Portor, Suzerain d'Erceph, qui n'a que deux filles... Comme ce monde est régi par d'anciennes prophéties obscures et souvent contradictoires, les superstitions se réveillent à l'approche des 23 ans de l'aînée. Ces prophéties sont une des clés de voute du récit de l'auteur et d'ailleurs, vous en trouverez une à chaque début de chapitre.

Un complot, la mort de Sarah, l'aînée des Portor et surtout l'affreuse information : son coeur lui a été arraché après la mort. Ce coeur qui devait bientôt porter l'Entité d'Erceph. À quoi, à qui est-il destiné ? Alors que quatre courageux proches de Sarah se préparent pour partir à la recherche de ce coeur, contre l'avis du Suzerain, les Conseillers disparaissent, et les peuples non humains s'agitent aux quatre coins de Pormicide. Pire, la porte des Enfers a été ouverte sous l'antique et énigmatique forteresse de Saun Pyra, alimentant les Hordes de monstres hélas peu décris. L'équilibre vacille.

Voilà tout ce que vous allez découvrir dans ces six cent pages. Sincèrement c'est passionnant, mais mon dieu, cette Prophétie de l'arbre se mérite ! Il faut vraiment s'accrocher dans la première moitié et je me permets de vous conseiller de prendre des notes, car se laisser juste porter par le récit est à mon sens la noyade assurée. Je ne parlerai pas des personnages, ils sont trop nombreux et ma chronique est déjà bien assez longue. Sachez seulement qu'ils sont bien campés et très agréables à suivre. J'ai passé beaucoup de temps sur ce roman, mais je ne le regrette absolument pas. Je serai ravie de lire la suite, mais... ce sera seulement si et seulement si celle-ci paraît rapidement, avant que je n'ai oublié tout cela ! 

 
jeudi 4 juin 2020

IL ÉTAIT DEUX FOIS de Franck Thilliez




Fleuve Éditions
Collection Fleuve noir
495 pages
22,90 euros





L'avis express de Dup sur Il était deux fois de Franck Thilliez


Bluffant, magistral !
Il sort aujourd'hui 4 juin, foncez !!!



L'AVIS DE DUP




Et bien comme d'habitude, Franck Thilliez m'a bluffée ! Ce dernier roman est un coup de maître, sans conteste. Je crois savoir qu'il conseille de lire Le manuscrit inachevé avant d'entamer la lecture de Il était deux fois. Sage conseil, et si vous ne l'avez pas lu, c'est encore mieux de le lire juste avant, ainsi tout sera bien présent dans votre tête. En revanche, si vous désirez faire l'impasse sur le premier, de grâce, ne lisez pas la fin, à partir de "la note de l'auteur". 

Un coup de maître je disais car sieur Thilliez imbrique l'intrigue de son dernier roman dans celle déjà bien trapue du Manuscrit inachevé. Sérieusement, c'est bluffant ! Je m'explique car je sens que je ne suis pas très claire. J'avais dit : " Monsieur Thilliez est écrivain donc, et il nous raconte l’histoire d’un manuscrit inachevé d’un écrivain (Caleb Trackman) qui raconte l’histoire d’un écrivain ( Léane) (enfin une, mais au pseudo masculin) et monsieur Thilliez ne finit pas son manuscrit !!!" J'ai presque regretté de l'avoir déjà lu il y a deux ans, c'est trop loin deux ans, mais peut-être bien que je le relirai cet été pour mieux en mesurer les subtilités. Et puis également pour jouer avec le parcours d'énigmes qu'il propose ainsi à la toute fin ! Trop bien !

La 4ème de couv ET le titre aurait dû me mettre la puce à l'oreille. La disparition d'une gamine de dix-sept ans, Il était DEUX fois, mais non, j'ai foncé tête baissée dans ma lecture. Gabriel, gendarme, vient de perdre d'un coup douze ans de sa mémoire. Nous sommes en 2020, il refait surface à Sagas où il est toujours à la recherche de sa fille, Julie, disparue en 2008 : amnésie psychogène atypique. Il va découvrir qu'il est en 2020, qu'il n'est plus gendarme et n'habite plus à Sagas. Et plein d'autres choses toutes plus désagréables les unes que les autres, que je tairais pour vous laisser la surprise, mais la pire : sa fille est toujours portée disparue. 

Un meurtre vient d'avoir lieu sur Sagas et tout pointe Gabriel du doigt... En cherchant à se défaire de cette accusation, il va retomber sur une piste croisant à nouveau l'affaire de la disparition de Julie. Se greffant comme une tique sur son ancien coéquipier Paul, Gabriel ne lâchera jamais l'affaire malgré sa mémoire en vrac. Un leitmotiv le mène : retrouver Julie. 

On suit toujours avec délectation les personnages de l'auteur entraînés sur des pistes improbables, se ramifiant sans cesse, mais il faudra passer les 200 premières pages pour voir surgir quelques feuilles manuscrites concernant la fin d'un roman. Et 50 autres encore pour voir surgir Caleb Trackman, l'auteur dépravé auquel nous nous étions déjà frotté. Et ce Trackman n'est qu'une petite partie du monde horrifique dans lequel Franck Thilliez va nous enfoncer... On ne voit plus le monde de l'art et des artistes avec le même regard après une telle lecture... Misère ! La perversion humaine poussée à son extrême !

Dire que j'avais dit du Manuscrit inachevé que c'était noir, et bien là voyez vous, c'est pire, mais je ne sais pas quelle couleur c'est pire que noir ! Il était deux fois est grandiose, bluffant (oui je me répète, mais je ne vois pas d'autres termes plus explicites), j'en suis encore toute remuée, émerveillée par ce talent. C'est vraiment un must cet auteur ! Énorme coup de cœur.


Franck Thilliez sur Bookenstock :



lundi 29 avril 2019

LUCA de Franck Thilliez


Parution le 02/05/19


Couverture de Luca de Franck Thilliez

Fleuve Éditions
Collection Fleuve noir
554 pages
22,90 euros


4ème de couv :

« Existe-t-il encore un jardin secret
que nous ne livrions pas aux machines ? »


Partout, il y a la terreur.Celle d’une jeune femme dans une chambre d’hôtel sordide, ventre loué à prix d’or pour couple en mal d’enfant, et qui s’évapore comme elle était arrivée.
Partout, il y a la terreur.Celle d’un corps mutilé qui gît au fond d’une fosse creusée dans la forêt.
Partout, il y a la terreur.Celle d’un homme qui connaît le jour et l’heure de sa mort.

Et puis il y a une lettre, comme un manifeste, et qui annonce le pire.
S’engage alors, pour l’équipe du commandant Sharko, une sinistre course contre la montre.
C’était écrit : l’enfer ne fait que commencer.






Franck Thilliez continue à alterner les one-shots avec les romans concernant son couple au boulot comme à la ville : Sharko et Hennebelle. Cette année nous retrouvons donc ces derniers, toujours entourés de la même équipe de la Criminelle de Paris. Sauf qu'elle n'est plus au mythique 36 , mais maintenant au Bastion. Un déménagement pour des locaux plus fonctionnels, un changement que Sharko a du mal à accepter. Il se sent vieux, un dinosaure dans ce nouvel environnement multi-connecté. Un requin pour ses co-équipiers, à l'image de celui qui a été gravé sur la porte de son bureau.

Un dinosaure ronchon quand il n'a pas de grain à moudre. Mais l'auteur va se charger de lui mettre du pain sur la planche !  Une affaire pour le moins sordide va leur tomber dessus et faire resurgir le dangereux squale en mode chasse ! Et Sharko ne lâche jamais rien, il fonce et se moque bien souvent de sa sécurité, voire de la légalité. Seule la sécurité de ses coéquipiers l'emporte et tempère ses actions...

En guise de prologue, un couple en mal d'enfant qui va "louer" en toute illégalité un utérus jeune et volontaire. C'est glauque, c'est dérangeant, le tout dans une chambre d’hôtel sordide en banlieue parisienne. Le sujet sera-t'il donc la GPA (Gestion Pour Autrui) ?

Puis l’enquête démarre, un an après les faits du prologue. A l'aube, un corps est retrouvé mutilé, défiguré et à moitié dévoré par un animal dans une fosse en forêt. Mort depuis quelques jours. Sur son poignet, un tatouage : la date du jour, une heure, 17h02. Le même jour, un homme perturbé et stressé, meurt quasiment dans les bras de Nicolas Bellanger, le capitaine de Sharko, devant les portes du Bastion, juste après lui avoir confié une lettre. Il est 17h02.

L'auteur de la lettre donne le ton, se moque des flics mais elle est pleine de prédictions, de menaces, annonce la suite des évènements et retient forcément l'attention. Elle dénonce l'emprise des GAFA (Google Apple Facebook Amazon) dans lequel notre monde s'englue et annonce une opération coup de poing pour ouvrir les yeux de nos concitoyens.

Cette enquête va s'avérer tentaculaire, multi-ramifiée et donner du fil à retordre à tous les membres de l'équipe. Le darknet, le net, BigData, le transhumanisme, les manipulations génétiques, l'eugénisme, les déviances extrêmes, Franck Thilliez explore et creuse tout. C'est souvent violent, parfois choquant, mais ce que l'auteur expose, on en a tous entendu plus ou moins parler déjà. Et là, on prend peur, je vous promets ! D'autant que ce roman se présente en deux parties et que l'on se prend déjà une grosse grosse claque à la fin de la première partie. Alors qu'il ne reste que quelques détails à éclaircir, toute l'affaire va rebondir de façon ahurissante et la plongée en enfer se poursuit...

Comme à chaque roman de cet auteur, tout s'enchaîne à la perfection. C'est à chaque fois un puzzle gigantesque. Chaque chapitre place une pièce clé, effrayante. Il y en a 77... Si Lucie et Sharko sont un poil en retrait dans cet opus, Thilliez va faire la part belle à Nicolas Bellanger que j'adore tout autant.

Luca c'est 550 pages haletantes que l'on aimerait pouvoir lire d'une traite tant c'est passionnant. Cependant les sujets abordés sont durs et ont nécessité pour ma part quelques pauses...digestives. Le weekend prolongé de Pâques a été juste parfait pour boucler ma lecture. Franck Thilliez reste le maître incontesté des auteurs de thriller français. Luca est donc un incontournable pour les amateurs du genre, un coup de coeur bien évidemment.



jeudi 18 avril 2019

L’HÉRITIÈRE DU CHAOS de Rodolphe Vanhoorde




Couverture du livre L'héritière du chaos

Fleuve Éditions
Collection OutreFleuve
553 pages
21,90 euros



4ème de couv :


La belle Estrée a quitté en secret la cour de son père et son bien-aimé Cellendhyll pour l’anonymat d’une vie simple et humble. Mais ses démons, eux, ne l’ont pas abandonnée, et continuent de la tourmenter pour ses fautes. Son sang bouillonne toujours dans ses veines, et son tempérament de feu prend trop souvent la commande de ses actes. Celle qui se voulait discrète fille d’auberge ne peut dissimuler bien longtemps ses talents de guerrière et s’engage dans une compagnie de mercenaires. Une ombre la suit, un ange gardien veillant sur sa vie si précieuse.

Mais qui, mieux qu’elle, peut protéger l’Héritière du Chaos ?





Aborder ce roman en étant totalement novice dans l'oeuvre de Michel Robert, c'est-à-dire sans avoir lu aucun livre de sa série "L'agent de l'Ombre", s'avère plus trapu que prévu. L'univers des Plans est resté bien flou pour moi, entre les Plans primaires et les autres je nage un peu. J'ai bien compris qu'il y avait trois "mondes" qui se différenciaient : les Ténèbres, la Lumière et le Chaos, chacun ayant leur, ou leurs Plans. Mais toute l'action que l'on va suivre ici se passe dans les Territoires-Francs. Est-ce aussi un Plan ? Indépendant des autres ? Je ne sais pas...

Ce que je sais en revanche, c'est que ces Territoires-Francs sont loin du Plan du Chaos, car c'est là que s'est réfugiée Estrée d'Eoch, la fille du Maître du Chaos, l'Héritière. On la trouve simple serveuse dans une auberge, en train de récurer le sol. Et on découvre son caractère ombrageux dès que trois soudards d'une compagnie mercenaire viennent lui chercher des noises.

Ce que l'on sait également, et un peu trop à mon goût, car ceci est répété maintes fois par l'auteur, c'est que :
1) Estrée est très belle, un corps à damner tous les saints... et les hommes.
2) Elle pleure son amour perdu, le beau Cellendhyll, l'Ange du Chaos.
Sinon, quand elle ne pleure pas, soit elle se bastonne avec des ennemis toujours plus nombreux, soit elle s'envoie en l'air avec de beaux mâles charismatiques. Bon j'exagère un peu...mais quand même, pas tant ! 

Cependant l'intrigue développée autour de la domination territoriale de la ville de Coruscante est bien tordue. Ramifiée à souhait et pleine de rebondissements qui alimentent l'envie frénétique de tourner les pages pour savoir comment tout cela va se finir.

Des méchants vraiment méchants et pas beaux, décrits dans les moindre détails. Mention spéciale pour Hagòn Briseur-de-destin, un Ténébreux dont la description donne des frissons. Des gentils qui ne vont pas tous gagner. Une galerie de personnages secondaires traversent ce roman, beaucoup ne laissent pas indifférents. Les personnages féminins notamment m'ont beaucoup touchée. Sentenza et Brighit. Maeve.

Et une magie accessible à certains initiés qui fait rêver et transforme les bastons en véritable ballets chorégraphiés qu'on ne peut que lire en apnée, augmentant encore la cadence de lecture. Un ballet souvent joué en duo entre Estrée et Felkein, un agent des Ombres dépêché auprès de l'Héritière par son frère Morion. Après une phase de rejet et de rébellion, Estrée a fini par accepter, puis apprécier la présence de cet homme aux multiples ressources.

L'Héritière du Chaos est un roman qui séduira les amateurs d'action, de bastons où tous les coups sont permis notamment grâce à la magie et de batailles rangées qui se succèdent. Les aficionados de la série de Michel Robert y trouveront sûrement plus leur compte que les novices passant sans doute à côté de nombreuses allusions ou références. Malgré cela, malgré les bémols émis, on se laisse bien prendre au piège d'une intrigue bien construite servie par une écriture fluide et abordable. Une lecture plaisante.