Éditions actusf
Relié jaspé
450 pages
24,90 euros
L'avis express de Dup sur Festin de larmes.
Coup de coeur pour ce roman épistolaire à quatre mains. Un classique
qui sort des sentiers battus, si, si !
L'AVIS DE DUP
Voilà un livre que je m'étais offert l'an dernier pour mon anniversaire et
qui a donc somnolé durant un an, mais pas loin de mes yeux car il était trop
beau pour l'enfouir. Je l'avais mis sur mon étagère de PAL à SP, donc
recouvert en permanence. Mais cela a été le premier à rejoindre mes mains il
y a quelques jours alors que j'avais épuisé mon dernier Service de
presse. Entre-temps, j'ai reçu le T2 du Bouffon de Thibault Lafargue... mais trop
tard ! J'étais happée pour ce nouveau récit.
Il y avait tout ici pour capturer mon attention. L'ambiance surannée si
particulière du XIXe siècle à la Nouvelle Orléans, son bayou et sa magie
vaudou, les auteurs ayant poussé le trait jusqu'à y inclure la célèbre Marie
Laveau. L'ambiance sombrement gothique des cimetières avec leurs stèles et
leurs statues, le monde de la nuit, la présence omniprésente de nombreuses
phalènes, ces gros papillons de nuit portant l'image d'une tête de mort sur le
corps. Et bien sûr, l'ambiance vampirique, sans que jamais ne soit prononcé ce
nom, sans que jamais ne soit versé une goutte de sang.
Et pour cause ! Notre protagoniste Tristan que l'on va suivre, bon vivant
du monde de la nuit, mais disparaissant avant que l'aube ne pointe, se
nourrit principalement de larmes. Celles-ci sont le vecteur principal des
émotions, chacune parfumant les fluides excrétés par le corps. Les larmes ne
sont pas la nourriture exclusive, ainsi la sueur peut convenir, comme le
liquide amniotique (oui, beurk... certaines scènes sont pour le moins gore
!).
Aubrey vient de perdre sa sœur jumelle lorsque nous faisons sa
connaissance. Il a beau être dévasté, c'est lors de son inhumation qu'il se
découvre un penchant pour le moins original. Il est attiré sexuellement par
les magnifiques statues de marbre qui ornent ça et là certaines stèles,
homme ou femme, peu importe.
Ainsi va-t'il devenir un fidèle arpenteur des cimetières la nuit, puis des
églises le jour, aux heures où elles sont délaissées par les croyants.
Invité à une fête nocturne par son professeur de piano, Lord Henry, il y
rencontrera Tristan de Vardalec. Ce dernier s'incrustera dans le manoir de
la famille d'Aubrey toutes les nuits, faisant une cour assidue à sa mère
délaissée par son mari lui préférant le laudanum...
Le récit épistolaire conçu par nos auteurs se présente sous la forme de
sept longues lettres qu'Aubrey adresse à une personne inconnue de nous, du
moins au début. Il lui conte sa vie à partir du décès de sa sœur jumelle
pour, on va le comprendre petit à petit, le prévenir des méfaits de Tristan.
Jamais il n'obtiendra de réponses, mais il continuera jusqu'au bout...
Sans que jamais ne soit écrit nulle part le mot vampire, on n'en est
cependant, littéralement parlant, pas loin : Vardalec pour Vourdalak, Lord
Henry Hesselius faisant parti d'un ordre obscur rappelle fortement le clan
Van Hesling, etc... Des clins d’œil à la littérature vampirique parsèment ce
Festin de larmes de façon subtile.
J'ai beaucoup apprécié ma lecture, j'ai été envoûtée par cette écriture à
quatre mains qui me fera sans aucun doute me pencher sur l'autre roman
qu'ils ont déjà co-écrit, Entrevue choc avec un vampire. Malgré
certaines scènes plutôt repoussantes, j'étais scotchée. J'avoue même que
voir notre protagoniste lécher des larmes et remonter jusqu'aux yeux me
dégouttait plus qu'une scène d'un vampire se nourrissant à la jugulaire !
L'impact était clairement là, et fonctionnait diablement...
Le récit est entrecoupé de somptueuses illustrations que l'on doit à
Morgane Caussarieu elle-même, signées du nom d'un peintre que l'on
découvrira à la fin de l'histoire. La compréhension qui se révèle à nous à
la toute fin est vertigineuse et je dois dire bluffante.
Festin de larmes est une ode à ce héros du bestiaire fantastique
qu'est le vampire. Il m'a rappelé brutalement le mantra de Morgane
Caussarieu qu'elle imprimait fut un temps sur des tee-shirts, "Les vampires
ne sont jamais gentils" (du temps du phénomène Twilight plus exactement). Le
duo formé par Morgane Caussarieu et Vincent Tassy n'a rien à envier aux
grands de la littérature vampirique tels que Oscar Wilde et Anne Rice.