Éditions LEHA
160 pages
13,90 euros
L'avis express de Dup sur Les bâtisseurs de Daniel
Polanski
Une fantasy animalière au parfum de western.
Un régal !
L'AVIS DE DUP
Si vous suivez ce blog, vous savez que nous ne sommes pas friandes de
nouvelles et novellas... Néanmoins ce titre nous a été tellement bien vendu
que j'ai fini par craquer ! Oui, je sais, je suis faible dès qu'il s'agit
d'une bonne histoire potentielle. Cependant lorsque j'ouvris ce recueil,
c'était un peu la boule au ventre. Et si je n'aimais pas ? Et si ça finit en
queue de poisson (comme beaucoup de nouvelles) qui me fait penser que je
n'ai rien compris ou que j'ai loupé quelque chose ? Et puis arrive le titre
du chapitre premier : C'est une souris qui rentre dans un bar... et
là un grand sourire s'est affiché sur mon visage et j'ai démarré sereine ma
lecture.
Ce démarrage en forme de début de blague m'a beaucoup plu, et tout le reste
a été à l'avenant. On assiste d'entrée de jeu à une sorte de western genre
"Règlements de compte à OK Corral", avec des animaux en guise d'acteurs. Et
donc notre souris, dit le Capitaine, entre dans le bar (marqué fermé le dit
bar), stetson visé sur la tête, cache-poussière relevé, l'oeil torve et
presque les mains au-dessus des colts. Plus cliché tu meurs, et c'est bien
le but recherché !
Il s'installe et attend. Qui ? Tous ses anciens comparses qui était
derrière lui il y a cinq ans, lorsqu'ils ont perdu la dernière bataille
suite à une trahison. Et on va vite comprendre que cette défaite n'est
toujours pas digérée. Dans les chapitres suivants, le récit est antérieur,
chacun étant le recrutement d'un compagnon par le Capitaine qui finit
toujours par le rituel "alors, tu en es ?", suivi d'un court chapitre sur
l'arrivée au bar du protagoniste recruté.
Cette équipe de bras cassés se compose de Bonsoir, une hermine, mais il est
Français s'il-vous-plait ! Savourez donc l'extrait ci-dessous.
Page 13 : Être Français, comme tout bon Français vous le dira, n’est pas sort aisé,
car c’est autant un privilège qu’une responsabilité. Être garant des
standards de l’excellence et de la plus exceptionnelle grâce tenait déjà
du fardeau sur ses terres natales, et se révélait un fardeau
incommensurablement plus lourd encore dans les colonies. Être à la fois
Français et hermine engendrait chez Bonsoir une crise d’identité quasi
permanente, qu’il tentait souvent de résoudre, de la plus française des
manières, par un monologue. 😂
Il y a également Boudicca, l'opposum tireuse d'élite, Cinnabar, la
salamandre porteur d'une quantité incroyable de revolvers, Orge, le blaireau
spécialiste en explosifs, Gertrude la taupe, Elf le hibou qui était
amoureuse de Quaker le serpent, mais ce dernier est aujourd'hui dans l'autre
camp, et enfin Zapata, le tatou.
J'ai beaucoup aimé cette lecture, le ton cynique et l'humour de Daniel
Polanski dont je vous mets un petit extrait en fin de chronique. Une sorte
de Tontons flingueurs avec des personnages archétypaux assumés pleins de
personnalité. Je n'irai pas jusqu'à parler de leur profondeur, le texte
étant trop court pour cela... il n'empêche que j'aurai adoré rester une
paire d'heures de plus auprès de cette clique. L'auteur nous offre quelques
belles scènes d'action qui se seraient fort bien accompagnées d'une musique
de Ennio Morricone. Quant à la fin de cette novella, elle est carrément
abrupte (ce doit être dans le cahier des charges !), mais excellente et j'ai
adoré. Je conseille vivement cette lecture !
Page 28 : Le Capitaine accueillit la réponse de Cinnabar par un hochement
de tête. Un rire éclata depuis l’intérieur de l’auberge. Le chant des
criquets commençait à s’élever aux alentours. Les deux vieux amis
apprécièrent en silence la tombée de la nuit, quoique ce ne fût pas évident
au premier coup d’œil. Qu’ils étaient vieux amis, s’entend, car la nuit,
elle, était bel et bien en train de tomber.
* SP papier *