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LA VIEILLE ANGLAISE ET LE CONTINENT de Jeanne A Debats
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C'est la première fois que je me frotte à l'écriture de Morgane Caussarieu. Et pourtant, j'ai deux de ses romans dans ma bibliothèque. Le premier, Dans tes veines, acheté il y a fort longtemps lors de mes premières Imaginales, poussée par son voisin de table, aka Sire Cédric dont j'étais fan à l'époque. Le second acheté l'an dernier, Festin de larmes. La malédiction des "non SP" a bien sûr frappé, je ne les ai jamais lu. Il a donc fallu que je passe par la case SP pour découvrir sa plume, et c'est chose faite grâce à Visqueuse et Pocket.
Si je devais résumer en deux mots la diatribe de Sire Cédric à l'époque, ce serait Horreur et Violence. Alors, l'horreur, ce n'est pas franchement ce que j'ai trouvé, il doit se trouver dans d'autres romans de l'autrice. En revanche, de la violence... en veux-tu en voilà, sous toutes ses formes, physiques comme psychologiques. Mais, je tiens à le préciser, jamais de façon gratuite. Juste de la violence comme en sont capables certains êtres dits de la race humaine.
On plonge directement dans le vif du sujet dès le premier chapitre, avec la capture d'une créature par un pêcheur, dans un marais de Franche Comté. Sorte de sirène que la mythologie locale a baptisé vouivre. L'ambiance est glauque dès le début rien que dans la description du marais fétide et sombre. On se doute bien que la suite sera à l'avenant. Déjà notre sirène est loin de l'image fantasmée. Une peau blanche, albinos, visqueuse comme enduite de morve. Des yeux globuleux, des dents enchâssées n'importe comment, des cheveux enduits de vase...
Arsène, notre inopiné pêcheur est en fait fromager de son état, il rassemble tout le lait des paysans alentours et fabrique du comté dans sa cave. Et c'est là qu'il va enfermer sa vouivre. Avec l'échelle pour y descendre, aucun risque qu'elle s'enfuie avec son absence de jambes. Il charge sa femme et sa fille Huguette de l'alimenter, quant à lui, il fantasme sur ce sexe exposé à plat, au-dessus de cette longue queue sinueuse. Vous vous doutez bien qu'il ne va pas s'arrêter aux fantasmes...
Les violences sont explicitées dans les moindres détails et vont aller crescendo au fil du roman. Les sujets dérangeants sont abordés sans fard, c'est trash. Morgane Caussarieu décrit l'être humain et ses déviances avec beaucoup de réalisme et la violence est la thématique de Visqueuse.
Entre chaque chapitre se trouvent des planches anatomiques de créatures animales allant de la plus banale, une vache, à certaines méconnues, parfois horrifiques, parfois mythologiques. Ces planches, dessinées par l'autrice elle-même, vont s'intégrer intelligemment au récit dans la seconde moitié du roman. En fait je retire ce que j'ai dit au sujet de l'absence d'horreur au début de ma chronique... Ici ce n'est pas de l'horreur teintée de fantastique qui fait peur, mais plutôt de l'horreur qui dégoûte.
Avec Visqueuse Morgane Caussarieu aborde, sans concession aucune, les déviances humaines les plus perverses, sans pour cela que ce soit too much. Cependant, âmes sensibles s'abstenir.
LA DERNIÈRE TRANSHUMANCE
Tome 1
VITAUX
Pour les peuples nomades Inar, la période de transhumance approche. C'est la fin de l'hiver, ils doivent profiter des dernières neiges pour rejoindre rapidement le site plus au nord, mieux adapté au printemps pour nourrir leurs troupeaux de rennes domestiqués et permettre l'accouchement de toutes les femelles gravides.
Pour Kaisu, l’aïeule et la responsable de la Siita du Sorbier, le nom de sa tribu, cette transhumance sera sa dernière, après elle laissera la place à son fils aîné Piehtar. Mais l'arrivée inattendue d'un étranger, qu'ils accueillent car l'hospitalité est sacrée chez les Inar, va bouleverser l'équilibre de la Siita.
Kaisu est aussi une nojd, sorte de chamane capable de voir les vitaux, des organismes translucides et colorés qui s'accrochent aux vivants. Les vitaux sont perçus également par les enfants, jusqu'à la puberté, jusqu'à ce qu'ils perdent cette faculté sauf quelques uns, les nojds.
Yngvar, le Vark étranger, fuit les siens qui ont tenté de l'éloigner de la presqu'île où ils se sont basés. Mais il doit y retourner pour récupérer sa fille, seulement il est incapable de se diriger et survivre seul dans ce pays qui n'est pas le sien. Et sa présence va remuer bien des mauvais souvenirs au sein de la Siita datant d'il y a 25 ans, lors de la dernière invasion Vark, tout en signifiant également le retour de l'ennemi.
Avec une plume avérée de conteur, Stéphane Arnier va nous entraîner derrière cette dernière transhumance qui sera pleine de dangers, tous les signaux étant au rouge. L'hiver qui s'enfuit bien trop vite, la faune sauvage, couverte de vitaux, qui se comportent étrangement, des animaux domestiqués qui redeviennent sauvages... et les Varks. S'il y a 25 ans ces derniers étaient là pour se fournir en esclaves en kidnappant tous les jeunes et les enfants, aujourd'hui, ils comptent s'installer pour exploiter les riches ressources minières du sol des Inars.
Si l'attitude passée des Varks peut nous évoquer le peuple Viking, celle d'aujourd'hui nous rapproche plus de la situation actuelle des peuples nomades du grand nord, victimes de l'avidité capitaliste des sociétés civilisées... et on sent bien que l'auteur sait de quoi il parle. Dans ses descriptions des peuples nomades ancrés dans leurs traditions ancestrales qui vivent au plus proche de la nature également. C'est passionnant.
La dernière transhumance est une aventure poignante qui nous entraîne dans un environnement à la fois somptueux et inquiétant. Les descriptions des paysages coupent bien souvent le souffle et donne furieusement envie de découvrir ce grand nord. La présence des vitaux de Stéphane Arnier ajoute une touche de magie à cette ambiance qui de sereine devient de plus en plus oppressante au fil des pages. L'auteur soigne son final pour nous laisser dans les starting-blocks pour découvrir le second et dernier volet de ce diptyque que je ne peux que vous encourager à découvrir. Vitaux est un profond coup de coeur.
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