vendredi 17 juin 2016

LE VILLAGE d' Emmanuel Chastellière



Les éditions de l'instant
340 pages
18,50 euros


Le pitch :

Une jeune fille se réveille un matin dans une demeure inconnue.
Livrée à elle-même au cœur d'un village aussi étrange que désert, privée de ses souvenirs, elle va bien vite se rendre compte que les secrets de son passé sont liés à ceux des anciens habitants des lieux.
Pour se défaire de ces liens invisibles et espérer quitter ce village aux allures de prison hors du temps, elle va devoir raviver les cendres d'un bûcher centenaire...




L'avis de Phooka:



Quand j'ai commencé Le village, je ne savais pas à quoi m'attendre. j'avais refusé de lire la chronique de Dup, pourtant excellente comme toujours ( un peu de pommade ça ne fait jamais de mal ... :)). J'avais survolé très vite la quatrième de couverture. En fait, je voulais garder le mystère intact et ainsi découvrir la plume d'Emmanuel Chastellière sans aucun a priori. Parce que évidemment Emmanuel, lui je savais qui il était. Le grand Gillossen d'Elbakin et surtout, l’incomparable traducteur de La voie du dragon ou de La compagnie du Chaos (entre autres).

Je me suis donc retrouvée plongée directement dans l'atmosphère ô combien oppressante du village. J'ai suivi "la jeune fille blonde", qui au début du livre n'a même pas de nom. J'ai essayé de comprendre avec elle ce qui se passait. Puis j'ai découvert les autres, le village, les docteurs de la peste, l'homme brûlé, la malédiction et tout ce qui s'y rattache. Une immersion totale et franchement inquiétante. Tels les enfants perdus de ce village, on ne comprend pas ce qui s'y passe mais on subit. On subit l'incompréhension et l'envie irrépressible de savoir qui l'accompagne. On subit l'inquiétude, la peur et les frissons. On se demande quelle sera la prochaine découverte. Et puis parfois tout s'accélère, le ton change. De frisson, on passe à l'horreur quand on nage dans les profondeurs de la mare. J'ai éprouvé les mêmes sensations que lorsque j'allais voir les films de Dario Argento ...

Un mélange de genre donc, à mi-chemin entre du fantastique, de l'horreur et du roman initiatique, car oui les enfants perdus doivent apprendre. Apprendre à survivre, apprendre à accepter ... apprendre à espérer surtout.

Si vous voulez une vraie chronique qui vous explique vraiment le roman, allez donc lire Dup. Comme elle a déjà si bien expliqué le contexte, je ne vais pas réitérer. Ici, je ne vous parle que de mon ressenti. Ressenti très positif d'ailleurs car j'ai adoré ma plongée dans l'étrange. J'ai adoré rencontrer Fumée, cette étrange gamine, Fugue cet étrange combattant, "la jeune fille blonde"cette étrange ado, et puis surtout Carotte cette étrange montagne de muscles. Oui, je sais je me répète, mais étrange est vraiment le terme qui colle au roman. C'est comme ça, lisez-le vous verrez.

Ceci étant, mon seul bémol se concentre sur la fin du roman. Une fin ... étrange. Oui je sais, elle est facile celle-là. Étrange mais qui me laisse un peu sur ma faim. Il me reste tant de points d'interrogation ... D'un autre côté, je dois reconnaître que je ne savais pas à quoi m'attendre pour cette fin. Souvent je me suis posée la question pendant ma lecture: mais où cela va t'il nous mener? Et je ne trouvais aucune échappatoire convaincante. Alors celle proposée par l'auteur n'est pas mauvaise,  juste un peu "étrange" ....

Le point que je voulais aussi souligner c'est la beauté et la légèreté de l'écriture. C'est un vrai régal de lire Emmanuel Chastellière et sur ce point aussi il a su me convaincre. Le rythme est soutenu et les pages défilent vraiment toutes seules. L'envie de savoir et de comprendre reste chevillée dans l'esprit du lecteur. C'est aussi un roman très visuel. Quelques jours après la fin de ma lecture, il me reste toujours des images très précises en tête.

En résumé, Le village est un premier roman qui a tout d'un grand :). C'est un réel plaisir de lecture. C'est sombre et envoûtant. Étrange surtout ! Une belle découverte, c'est sûr.



jeudi 16 juin 2016

LE SANG DES DIEUX ET DES ROIS de Eleanor Herman




Éditions Robert Laffont
Collection R
462 pages
17,90 euros



4ème de couv :

A 16 ans, Alexandre, héritier du trône de Macédoine, est en passe de découvrir son destin de conquérant, mais se trouve irrésistiblement attiré par une nouvelle venue... Katerina doit naviguer dans les eaux troubles des intrigues de cour tout en taisant sa mission secrète : tuer la reine. Mais c'est sans compter sur son premier amour... Jacob est prêt à tout sacrifier pour gagner le coeur de Katerina, même si cela signifie se mesurer à Hephestion, tueur sous la protection d'Alexandre. Et, par-delà les mers, Zofia, princesse persane fiancée à Alexandre sans l'avoir rencontré, désire changer sa destinée en partant en quête des légendaires et mortels Mangeurs d'Esprit.




L'avis de Dup :



Alexandre le Grand, la Macédoine, la Grèce antique, voilà qui fait rêver. Il n'en fallait pas plus pour que je me rue sur cette proposition de partenariat avec Babelio. Depuis que j'ai découvert les romans de fantasy historique, je ne me lasse pas d'en découvrir de nouveaux.

Néanmoins je dois dire que je ressors de cette lecture avec un avis un peu mitigé, alors même que la liste des points positifs est longue. Tout d'abord c'est un roman choral où l'auteur met en scène alternativem
ent et sans ordre sept personnages que nous suivons dans des chapitres qui leur sont consacrés. Quatre principaux : Alexandre, Hephestion son ami, Katerina et Zofia. Trois secondaires : Jacob, l'ami de Katerina, Cynané et Olympias respectivement la demi-sœur et la mère d'Alexandre.

J'adore ce type de roman, d'autant que l'auteur facilite la lecture en utilisant toujours la narration à la troisième personne. C'est censé augmenter le rythme de lecture car en quittant un personnage, on a hâte de le retrouver. Sauf que cela n'a absolument pas marché pour moi car je ne me suis attachée à aucun. Je les ai trouvé assez creux, aucun ne m'a fait vibrer. Très caricaturaux également, la palme revenant à la princesse Zofia, nièce du roi de Perse. Amoureuse d'un soldat, elle fuit le palais avec juste quelques bijoux lorsqu'on lui annonce ses fiançailles avec Alexandre de Macédoine. Zofia est la parfaite caricature de la niaiseuse, sans consistance à qui j'aurais volontiers donné quelques claques pour la faire réagir. Hormis son sursaut incarné par sa fuite, elle est d'une passivité... lassante.

Bon, c'est un roman jeunesse et ceci doit expliquer cela. Est-ce aussi pour cela que l'auteur a utilisé tout le long des diminutifs pour ses personnages ? Je ne sais pas, mais j'ai trouvé que des Alex, Kat, Heph et Zo ne collaient pas du tout avec l'ambiance antique et j'avoue que ce petit détail m'a beaucoup irrité.

L'intrigue est sympa même si j'en ai supputé très vite la chute et là encore je mettrai cela sur le compte de la jeunesse du public visé.

Passons aux points positifs tout de même ! L'époque choisie bien sûr et l'érudition de l'auteur dans ce domaine se sent nettement. Les descriptions des décors, des us et coutumes, de l'habillement des princes, des paysans en passant par les guerriers, la nourriture et le type de cuisine également différents selon les régions, tout cela est très intéressant. Et bien sûr les différents dieux et les croyances d'alors, le pouvoir des oracles... c'est tout simplement passionnant.

Fantasy oblige, la magie. Le Sang-serpent : La magie de l'esprit. Le Sang-terre : la magie du corps, ou bien encore le Sang-fumée... (et non, je n'en dévoilerai pas plus). Ce qui est dommage c'est que les explications des dites magies n'arrivent que vers la fin de cet opus.

De belles batailles, notamment la première d'Alexandre où l'on sent poindre le grand stratège de guerre qu'il deviendra. À noter également car c'est suffisamment rare, une belle participation féminine, et très originale d'ailleurs, lors de cette première bataille.

Un bestiaire imaginaire avec des hypothétiques pégases qui font rêver, mais un griffeux bien réel dans l'histoire : une sorte de panthère ailée, immense et sauvage qui terrorise et fait beaucoup moins rêver. Et, frissons garantis, une armée de scorpions et serpents associés !

Le sang des dieux et des rois est un livre qui se lit vite grâce à une écriture simple et efficace, mais qui n'a déclenché en moi aucune passion. Comme si l'auteur s'était efforcée d'appliquer une intrigue aux connaissances historiques qu'elle avait de cette période et de cette région. Puis efforcée une fois encore de rendre cette histoire plus adaptée à la jeunesse. Du coup j'ai ressenti comme un décalage, quelque chose de faux et qui ne coulait pas de source. Ceci dit c'était intéressant et je ne regrette en rien ma lecture. A noter également la couverture magnifique de cet ouvrage que je trouve insolite et très adaptée.





mercredi 15 juin 2016

Le 15/15 d'Emmanuel Chastellière : épisode 1



Nous innovons donc avec un 15/15.



Et comme Emmanuel Chastellière est l'auteur d'un seul livre pour le moment, sa présentation et sa bibliographie tiendra dans ce premier volet de l'interview participative.

Après moult péripéties, son roman Le village est enfin sorti et en vente chez nos dealers préférés.




Le pitch :

Une jeune fille se réveille un matin dans une demeure inconnue.
Livrée à elle-même au cœur d'un village aussi étrange que désert, privée de ses souvenirs, elle va bien vite se rendre compte que les secrets de son passé sont liés à ceux des anciens habitants des lieux.
Pour se défaire de ces liens invisibles et espérer quitter ce village aux allures de prison hors du temps, elle va devoir raviver les cendres d'un bûcher centenaire...


La chronique  ☻

Mais avant de laisser la place au jeu des questions-réponses voici la présentation d'Emmanuel !




Ok, il manque sa trombine...
Elle va viendre, elle va viendre :))

C'est le suspense !!!




Bonjour à tous, amis de Book en Stock, et merci encore à Dup et Phooka de m’accueillir parmi vous ce mois-ci !


Certains me connaissent peut-être si vous visitez de temps en temps le site Elbakin.net, puisque j’en suis l’un des trois fondateurs et le « rédacteur en chef » depuis ses débuts, en septembre 2000. Voilà qui ne me rajeunit pas, alors autant passer rapidement sur ce point !


Quand on lit de la fantasy ou du fantastique depuis longtemps, on peut trouver naturel de finir par s’en lasser, mais pas forcément. On se lasse de certains schémas (la fantasy épique ou l’urban fantasy répondent tout de même très souvent aux mêmes codes), vus et revus. Certes. Mais on trouve toujours de nouvelles plumes, de nouvelles façons de raconter une histoire.
À mon tour cette fois de me retrouver de l’autre côté de la barrière.
Pour quel résultat ? Je vous laisserai bien sûr seuls juges en la matière !



J’ai toujours été un peu rêveur et les histoires des uns et des autres m’ont accompagné tout au long de ma vie (Ah, Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson de ma jeunesse !). Y compris en tant que traducteur, mon métier de tous les jours.
Mais après avoir pendant de nombreuses années fait taire une petite voix insistante toujours prête à chuchoter à mon oreille, je me suis moi-même lancé. Si jamais le roman ne vous plaît pas, vous pourrez notamment adresser vos reproches à Simon Pinel des éditions Critic, je profite de cette occasion pour le dénoncer ! Mais surtout pour le remercier, car il fait partie de ceux qui m’ont poussé à me lancer comme on dit.
Que pourrais-je rajouter sur Le village lui-même ? Je n’aime pas trop le jeu des comparaisons mais si l’on doit plutôt parler d’influences, je pourrais citer pêle-mêle : Carlos Ruiz Zafón, Neil Gaiman, un peu Stephen King, un peu China Miéville, un peu Clive Barker, ou dans un tout autre registre Brandon Sanderson… Mais ces auteurs m’ont avant tout marqué ou nourri en tant que lecteur ou chroniqueur. J’imagine que l’on met surtout de soi dans ses histoires, en particulier pour un premier roman !



Depuis trois ans environ maintenant, je tiens aussi un site plus personnel (http://www.emmanuel-chastelliere.com/ ), où je parle notamment pas mal de traductions et un peu d’autres choses, selon mes envies.
Et désormais, plus largement, de mes projets dans le domaine de l’écriture ! Mais que ce soit là-bas ou ici l’espace de quelques semaines à vous embêter, j’attends avec impatience vos questions ! Je dois dire que je suis un peu nerveux de passer après une belle liste d'invités et j’espère me montrer à la hauteur.
Dans le cas contraire… Aïe ! En tout cas, n’hésitez pas à aborder tous les sujets qui vous passent par la tête ! Je suis aussi clairement geek sur les bords et volontiers bavard, donc, ne vous inquiétez pas, j’ai en général toujours quelque chose à dire (Qui a envie de discuter astronomie ou tatouages ?). Ça ne se voit sans doute pas dans ce petit texte ou dans Le village, mais j’ai de l’humour, si, si ! Alors, j’essaierai de jouer cette carte aussi pour vous répondre.
Et comme j’ai déjà fait bien assez long, permettez-moi de conclure par une touche Bisounours, en vous remerciant pour votre curiosité et votre passion, et surtout en vous souhaitant une très bonne lecture pour celles et ceux qui auraient choisi de pénétrer dans l’enceinte du village.
Attention à vous… 


*************************************

Dup :

J'ouvre le bal !
Tout d'abord merci de ta présence parmi nous :)

Emmanuel ou Gillossen ? Comment préfères-tu qu'on t'appelle ?
Et pendant qu'on y est, peux-tu nous expliquer ce pseudo ?



Emmanuel :

Alors, à choisir, je préfère qu'on m'appelle par mon prénom ! 



C'est sûr que le pseudo parle à plus de monde (en tout cas, dans le cercle des amateur de fantasy, dirais-je), mais ce n'est pas moi. Son origine est cela dit assez simple. En fait, avant la naissance d'Elbakin.net (enfin, .com au début d'ailleurs), mes deux camarades co-fondateurs et moi-même nous nous étions retrouvés pour notre intérêt pour le Seigneur des Anneaux Online, qui ironiquement a mis des années à sortir après la création du site. 



Du coup, Gillossen, à la base, c'est le pseudo que je m'étais inventé pour le personnage que j'avais prévu de jouer dans ce MMORPG... auquel je n'ai finalement jamais touché de ma vie. Voilà ! Je crois qu'il mélange "étoile" et "neige" dans la langue des elfes. ;-)



 Phooka :


Coucou Emmanuel,



(Dup est décidément trop rapide ...)



Tes expériences de traducteur et de chroniqueur/rédacteur en chef pour Elbakin t'ont elles aidé pour te lancer comme auteur? Que t'ont elles apporté?

Emmanuel :


Un peu. Disons que grâce à ces expériences diverses et variées, je savais en tout cas ce que je ne voulais PAS écrire ! Aucune prétention ou jugement de valeur là-dedans, mais si on n'est pas motivé par son histoire, forcément... ça part déjà mal. Mais l'envie d'écrire remontait à bien plus longtemps que ça et bien avant la création d'Elbakin.net d'ailleurs. Je l'avais simplement étouffée pendant presque aussi longtemps !


Lady K :


Bonjour Emmanuel :)



Comment s'organise une de tes journées types de travail en tant que traducteur/écrivain ? Est-ce que tu écris seulement quand tu n'as pas de travail de traduction, ou bien tu fais les deux "en même temps" ?

Emmanuel :



Bonjour !
Je suis plutôt un lève-tôt. J'aime commencer ma journée de travail de bonne heure pour me dire qu'ensuite j'aurais du temps pour moi (et/ou mes projets plus personnels). Donc je me retrouve en général à traduire le matin et en début d'après-midi et à écrire plutôt en fin d'après-midi ou soirée. Mais ce sont deux activités suffisamment souples pour pouvoir s'adapter à l'actualité du moment (en cas de rush par exemple) et bousculer un peu tout ça ! 



Amarüel :


Bonjour Emmanuel ! 

Outre les auteurs que tu cites pour parler de tes inspirations, est-ce que tu vas chercher du côté des jeux vidéo ou du cinéma (ou d'autres médias) pour écrire ?

(Astronomie et Tatouages : avec plaisir !)

Emmanuel :



Bonjour !
Oui et non ! J'aime beaucoup les deux - et je reste convaincu que le personnage de Kefka de Final Fantasy VI est l'un des meilleurs méchants jamais créés tous media confondus -, mais j'ai rarement des inspirations me venant directement de quelque chose. En général, l'inspiration, si je puis dire, prend souvent des chemins détournés chez moi. Mais il y a quelques clins d’œil aux jeux vidéo ou au cinéma dans Le village malgré tout. Je ne sais pas si tous sont évidents en revanche !


Mariejuliet :


Waouh les questions s'enchaînent. Je me dépêche avant qu'on me vole "la mienne" :

D'où t'es venu cette envie de passer du côté obscure de la force?
Et bonjour :-)


Emmanuel :


Bonjour !
J'ai fêté mes 30 ans. ;-) 
Je plaisante à moitié, mais ce fut une sorte de déclic. J'en avais assez d'être "passif", en quelque sorte. Mais j'ai un côté dilettante (Victor est l'un de mes personnages préférés chez Terry Pratchett, si vous voyez de qui je parle), alors il fallait surtout se donner un bon coup de pied aux fesses pour se lancer enfin. 



Licorne :


Bonjour Emmanuel !

Bien alors je suis celle qui n'a pas encore reçu le livre ! Mais j'attends toujours de pieds ferme ! ;)

Je ne parlerai donc pas encore du style ou de l'histoire, mais en attendant peux tu nous dire comment tu as procédé pour l'écriture de ce premier roman, un premier roman ce n'est pas rien ! Avais tu déjà une idée précise, ou es tu parti en suivant tes envies du moment, un genre d'improvisation ? As tu déjà remarqué des "tics" d'écriture ou un rituel quelconque ? Merci d'avance de tes réponses.


Note de Dup : Licorne je te rassure, personne ne l'a encore reçu, mais tu verras il se lit très vite ;)



Emmanuel :



Bonjour !
J'avais une idée de base assez précise : une héroïne qui se réveille seule, privée de ses souvenirs, dans un village en apparence paisible et laissé faussement à l'abandon. J'avais aussi envie de fantastique plutôt que de fantasy "pure et dure". Pour le reste, je dirai que le roman compte trois versions sur plus de 18 mois, et si les premiers chapitres sont toujours restés les mêmes (à peu de choses près), la seconde moitié du texte a régulièrement évolué. 
Des tics d'écriture ? Hmm... Peut-être pas concernant l'écriture proprement dite, mais j'ai remarqué avec ce roman et mes nouvelles déjà écrites que j'ai tendance à faire plus sombre que je ne l'avais imaginé au départ. Ce n'est pas une démarche volontaire ou pire calculée, mais ça me vient naturellement.



Le chien critique :






Bonjour Emmanuel,


Tout d’abord merci de te prêter au jeu des questions/réponses parfois casse-gueule.
Et félicitations pour la parution de ton livre.

Deux questions :
Je suis un lecteur essentiellement adepte de science fiction. 
Je connais quelques classiques en fantasy ou fantastique (Tolkien, Pratchett, Gaiman, Lovecraft ...), mais j’ai rarement pris une claque dans mes lectures, sauf avec China Mieville (une de tes inspirations). 
Qu’est ce qui pourrait, à ton avis, pousser les lecteurs de SF à s’intéresser à ton roman ? 

Les critiques/avis, bien que subjectives, peuvent parfois être assassines, surtout pour un premier roman. (Tu n’as pas peur de la faux qu’aiguisent tes futurs lecteurs !)
D’après toi, c’est quoi une « bonne » et une « mauvaise » critique, peu importe si on a aimé ou non le livre ?



Emmanuel :


Bonjour !
Ah, malheureusement, lisant en moyenne deux romans de SF par an (le dernier étant "Le livre des choses étranges et nouvelles", si c'est bien de la SF)... je ne sais pas si je pourrais "cibler" quelque chose qui retiendrait particulièrement l'attention des amateurs éclairés du genre ! Je dirai qu'au-delà des genres littéraires justement, tout dépend de ce que l'on recherche comme thématiques dans un livre. Le roman évoque pêle-mêle la fragilité et la dureté de l'adolescence, le poids des regrets ou de la culpabilité, le sacrifice, le tout dans une veine plutôt sombre, je pense... On peut retrouver de tels "ingrédients" en SF comme en Fantasy. 

La différence entre une bonne et une mauvaise critique ? Pourquoi je songe tout de suite à la différence entre un bon et un mauvais chasseur ? Plus sérieusement, une bonne critique, même assassine, c'est une critique argumentée, qui essaie d'aller au-delà du ressenti brut. Bien sûr certains romans provoquent des réactions viscérales, mais je trouve préférable d'expliquer pourquoi on en est arrivé là, en positif comme en négatif.  Dans mon cas, comme j'ai justement l'expérience de 15 ans de chroniques, j'ai déjà prévu de ne pas regarder ça de trop près... même si, évidemment, comme tout le monde, je préfère qu'on me contacte pour me dire qu'on a vraiment aimé le roman !



Dup :

Pour éclairer dame Licorne et ceusses qui ne vont pas sur facebook, raconte donc les péripéties de cette parution mouvementée !


Emmanuel :


Je vais commencer au moment de l'envoi du roman chez l'imprimeur alors, ce sera déjà bien assez long ! 
Il faut savoir que mon éditeur est belge, son imprimeur aussi et qu'il y a tout autant de mouvements sociaux en Belgique qu'en France ces dernières semaines. Donc, si les exemplaires du roman ont été imprimés comme prévu, ils se sont retrouvés bloqués dans l'entrepôt de l'imprimerie à cause des piquets de grève. Ensuite, alors qu'une fenêtre de livraison avait été trouvée, il y a eu de terribles orages en Belgique qui ont coupé plusieurs routes, dont même des autoroutes ! Donc impossible pour les camions de circuler. Ensuite, ter, retour des grèves ! Et pour finir la semaine passée, l'entrepôt en question a été en partie inondé... Touche finale, la Poste belge était en grève ce lundi. Mais heureusement, les exemplaires précommandés avaient "normalement" pu passer de l'autre côté de la frontière pour les lecteurs français. Du moins, je l'espère... 
Et j'espère surtout m'arrêter là ! J'ai un peu l'impression d'avoir cumulé TOUS les problèmes possibles et imaginables en 15 jours/trois semaines... Mais avec un peu de chance, je n'en aurai plus jamais de toute la suite de ma "carrière", qui sait ?


Ramettes :


Bonjour Emmanuel 

Ton premier roman t'aura marqué par son écriture mais aussi pour sa vie hors manuscrit... Nous attendrons donc patiemment. ..
En attendant puisque tu as de l humour passons aux choses sérieuses... es tu sucre ou salé ? Oui ici on a besoin de savoir si les auteurs son plutôt cacahouètes ou mnms (je ne sais même pas écrire le nom) ... oui on veut savoir si pendant l'écriture tu bois des litres de café ou de thé. ..
Voilà je me suis grillée toute seule... j'ai intérêt à assurer dans ma chronique ! Lol!


Emmanuel :

Bonjour !

Merci d'attendre... plus très longtemps, croisons les doigts ! 
Malheureusement, je suis plutôt les deux, sucré et salé... même si en ce moment, ni l'un, ni l'autre ! Si je devais vraiment choisir, les M&Ms, mais alors, ceux au beurre de cacahuète. Les pires et les meilleurs à la fois. Et je dois boire 4 ou 5 cafés dans la journée, ce qui est beaucoup trop (ma préférence va aux essences costariciennes, si vous voulez vraiment tout savoir). Mais je n'ai rien contre le thé, plutôt vert.


XL :


Bonjour, sans le livre on peut déjà parler de la couverture, elle m'avait bien attirée vers ce partenariat mais vus les démêlés j'ai bien fait de m'abstenir, car pour arriver à La Réunion c'est toujours compliqué... donc la couverture, dirais-tu qu'elle reflète bien le roman ou qu'elle est plus là pour intriguer ? as-tu eu ton mot à dire ? je ne sais pas pourquoi mais elle m'évoque le Grand Meaulnes


Emmanuel :


Bonjour !
Ah, pour le coup, elle reflète parfaitement le roman, puisque Marc (Simonetti) l'avait lu avant de commencer à travailler sur l'illustration ! Mais elle est aussi là pour intriguer, dans le sens où elle ne doit pas trop en révéler sur l'intrigue. Et j'ai eu mon mot à dire, en effet. J'ai présenté mes idées et mes envies à Marc, mais c'est lui qui a tranché au bout du compte ! Je me suis rangé à ses suggestions quand il a fallu faire un choix. 
On peut encore le voir travailler ici : http://www.iamag.co/features/making-of-the-village-by-marc-simonetti/ J'en étais très content au moment de sa conception, j'en suis toujours amoureux aujourd'hui ! 



La suite de l'interview par ICI



mardi 14 juin 2016

THE CIRCLE Tome 1 de Sara B. Elfgren et Mats Strandberg


CHAPITRE 1: LES ÉLUES




Editions Pocket
Sortie le 14 avril 2016
592 pages
9,30 euros 





Une nuit de pleine lune, un astre brille au-dessus de la forêt d'Engelsfors, en Suède. Six lycéennes sont mystérieusement attirées, dans une marche somnambule, jusqu'à un vieux parc d'attractions à l'abandon. Là, une prophétie leur est révélée. Elles sont les Élues, un groupe de sorcières liées les unes aux autres.
À Engelsfors, le Mal est puissant, actif. Il les cherche, les chasse. Si elles apprennent à maîtriser leur pouvoir, si elles restent unies et arrivent à faire front ensemble, elles pourront le vaincre. Mais comment former un cercle soudé quand tout les oppose ?




L'avis de Phooka:


Voilà le livre qui m'a réconciliée avec la lecture et le plaisir. Ces derniers temps, j'avais tendance à m’essouffler très vite et à ne pas avancer malgré la qualité des livres lus. Et là enfin le déclic !!!

Tout de suite, je me suis plongée dans l'atmosphère d'Engelsfors et de son lycée et je me suis attachée aux différents personnages. C'est vrai et ce n'est pas la première fois que je le dis, j'aime beaucoup les romans initiatiques se situant dans un contexte scolaire et si j'avais eu besoin d'une preuve supplémentaire je l'aurais avec cette lecture.


Engelsfors, c'est un bled paumé en Suède. Le genre d'endroit que les jeunes ont envie de fuir. Le genre Forks quoi ...

On y rencontre six jeunes filles, des adolescentes aussi différentes les unes des autres que possible: Minoo, Anna-Karin, Rebecka, Linnéa, Ida et Vanessa.
Minoo, c'est la fille de bonne famille, toujours première de la classe et qui accumule les meilleures notes. 
Anna-Karin, c'est la campagnarde qui vit dans une ferme avec sa mère dépressive et son grand-père qui s'occupe de tout malgré son grand âge. Elle adore les animaux, les vaches en particulier, mais elle souffre de ses origines et de son côté rondouillard. Elle a toujours été la risée de son école, harcelée par les autres.
Linnéa est la gothique du groupe. Une "taiseuse" que peu connaissent, mais que tout le monde regarde de travers.
Vanessa la fille facile, Ida la peste et Rebecka la solitaire.

Bref, six filles aux caractères bien différents et qui n'ont d'autres liens que de fréquenter la même école. Elles ne sont pas amies et ne se connaissent pas vraiment ... jusqu'au jour où elles se retrouvent toutes les six au milieu de la forêt en pleine nuit et en pyjama !

Là elles rencontrent Nicolaus qui leur apprend qu'elles sont sorcières et sont "l'élue". Oui l'élue au singulier car Nicolaus attendait une élue et non six! Mais Nicolaus n'en sait pas plus, il doit "se souvenir" et pour le moment sa mémoire est vierge ... La seule chose dont il se souvient, c'est que le Mal approche et qu'elles sont les seules à pouvoir y faire face. Comment ? Pourquoi ? Ça, personne ne le sait !

Les filles sont surprises, inquiètes ou excitées à l'idée d'avoir des pouvoirs. Chacune réagit différemment, à sa manière, selon son caractère. Les suivre est un régal. Elles ont des réactions inattendues et souvent touchantes. Et quand une "épidémie" de suicides se propage dans l'école, elles savent qu'elles doivent réagir de peur des conséquences. Mais elles ne savent pas comment. Elles vont apprendre sur le tas. Le problème c'est que vu leurs origines et caractères différents, l'entente est loin d'être cordiale entre les six. Or elles doivent être unies pour faire face au danger. Ces six filles, le lecteur s'y attache, malgré leur défauts et l'envie de leur coller des claques parfois. Des vraies ados qu'on aime et déteste tout à la fois.

A travers ces "sorcières", c'est toute l'adolescence qui se joue. Les suicides, les comportements plus ou moins extrêmes, leur place dans la société, leur vision des autres et surtout d'elles-même. Tout y passe et c'est un tableau de cette période de la vie que l'auteur brosse à travers ce récit. Mais ce n'est pas un roman sociologique non, loin de là, c'est bien une histoire de sorcières, pleine de suspense, de rebondissements et de surprises que vous aurez dans les mains.  Il m'a fallu toute la volonté du monde pour ne pas me jeter immédiatement sur le tome 2 déjà sorti chez Fleuve éditions !

The circle est un gros coup de cœur. Peut-être pas le roman prix Nobel de la littérature, mais un livre avec lequel j'ai passé de superbes soirées et qui a su m'emporter dans son récit. A découvrir absolument, du pur plaisir!



lundi 13 juin 2016

DIS-MOI SI TU SOURIS de Eric Lindstrom




Éditions Nathan
390 pages
16,95 euros


4ème de couv :

"Je suis Parker, j'ai 16 ans et je suis aveugle. Bon j'y vois rien, mais remettez-vous : je suis pareille que vous, juste plus intelligente. D'ailleurs j'ai établi Les Règles :
- Ne me touchez pas sans me prévenir ;
- Ne me traitez pas comme si j'étais idiote ;
- Ne me parlez pas super fort (je ne suis pas sourde) ;
- Ne cherchez jamais à me duper.
Depuis la trahison de Scott, mon meilleur pote et petit ami, j'en ai même rajouté une dernière. Alors quand il débarque à nouveau dans ma vie, tout est chamboulé. Parce que la dernière règle est claire : Il n'y a AUCUNE seconde chance. La trahison est impardonnable".



L'avis de Dup :

Parker a 8 ans lorsqu'un accident de voiture la prive de sa maman et de sa vue. Cela fait donc 9 ans qu'elle gère sa vie d'aveugle, et ma foi plutôt bien quand on découvre que tout les matins à l'aube, elle part seule courir, sprinter plus exactement, sur un stade proche de chez elle. Elle s'est édictée des règles strictes, relisez le résumé, qu'elle applique aux autres comme à elle-même, et n'y déroge jamais.

Parker c'est une un peu une grande gueule qui n'hésite pas à dire ce qu'elle pense. Avec des opinions bien tranchées, jamais de demi-mesure, comme souvent lorsqu'on a 17 ans. Ses réparties sont cinglantes, mais passent bien car elle sait enrober ça avec humour et surtout beaucoup d'autodérision. Une autodérision qui me faisait en même temps sourire et qui me pinçait le coeur.

En fait Parker s'est blindée, forgée une carapace et bien peu de ses proches savent comment s'y prendre avec elle. Il faut dire qu'elle a des excuses notre Parker. Son père qui l'a choyée et guidée dans son apprentissage de la cécité est décédé il y a tout juste trois mois. Le sort s'acharne n'est-ce-pas... mais à noter néanmoins que l'auteur ne vire pas pour autant dans le pathos. Son oncle, sa femme et leurs deux enfants sont venus s'installer chez elle, et une nouvelle vie a dû commencer, avec beaucoup de frictions... À cela se rajoute de gros changements au lycée, une invasion de nouveaux car il y a eut un regroupement de deux établissements. Enfin, pas que des nouveaux, certains étaient au collège avec elle, dont Scott...

Le fil conducteur de l'histoire est classique, les premières amours les déceptions et les espoirs qui vont avec, la merveilleuse béquille de l'amitié qu'il faut savoir consolider... Ce que j'ai le plus apprécié finalement dans ce roman, c'est de voir l'évolution de Parker, qui ne va pas se faire sans douleur. Lorsque les événements arrivent à créer une faille dans sa carapace, quand elle se rend compte par elle-même que c'est son attitude et non son handicap qui l'éloigne des autres, c'est elle-même qui va faire voler en éclats ces barrières. On assiste alors à un combat contre elle-même qui m'a beaucoup ému.

Dis-moi si tu souris est une jolie romance new adulte touchante et loin d'être niaise. Une vraie petite teigne que le lecteur ne peut qu'aimer, tout comme ses proches, qu'elle soit aveugle ou non. Une jolie lecture que je vous conseille sincèrement.