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jeudi 26 mars 2026

NOIRES SONT LES ÂMES PERDUES de Oriane Dardres [audio]

 


VOolume Éditions
Lu par Adelaïde Poulard
9 heures et 10 minutes




L'avis express de Dup sur Noires sont les âmes perdues.

Une grande fresque sociale de la vie parisienne d'après-guerre. Passionnant.


L'AVIS DE DUP


mon coeur balance


Paris 1919. L'ambiance est loin de la liesse attendue d'une fin de conflit entre le nombre de disparus, d'estropiés, d'éclopés et la grippe espagnole qui poursuit ses ravages.
Adèle est une jeune arnaqueuse, voleuse si cela ne suffit pas, qui tire plus ou moins son épingle du jeu. Mais elle en veut plus, toujours plus, pour tirer son frère Simon hors de l'eau. Ce dernier revenu de la guerre avant la fin du conflit avec un genou en vrac, se morfond dans sa chambre et ne veut plus sortir.

Adèle est ingénieuse et débrouillarde et met en place des plans de plus en plus fous, pour récupérer des sous, pour lui offrir le meilleur à manger. Bien évidemment, cela dérape et elle se retrouve dans les catacombes sous Paris à errer avec Gontran, un compagnon d'infortune. Ils découvrent un sarcophage qu'ils ouvrent et libèrent ainsi Isaac, un vampire. Gontran servira de repas à Isaac tandis qu'Adèle s'enfuit. 

Mais Isaac la retrouvera la nuit suivante dans sa chambre. Tétanisée de peur au début, les rouages de son cerveau la sorte bien vite de sa transe. Et déjà elle imagine tirer profit de la présence d'Isaac et de l'emprise qu'elle a sur lui. En effet, le vampire semble la prendre pour la nécromancienne qui l'a transformé.

Adèle est un personnage très morally-grey qu'il faut accepter si l'on veut apprécier ce récit. Malgré tout elle est touchante par sa volonté d'aider à tout prix son frère. Ses pensées, ses actions, se reflètent dans le titre du roman qui prend alors tout son sens ! Simon lui ne peut que toucher le lecteur avec son traumatisme bien marqué. Mais la palme revient largement au personnage d'Isaac. D'abord parce que l'on est loin de l'image du vampire romantique et gothique classique puisque l'autrice en fait la victime. Ensuite parce que les descriptions de sa douleur, de sa souffrance permanente, broieraient les cœurs les plus endurcis. De fait Isaac est mort de froid en 1812 lors de la retraite de la Bérézina, avant d'être transformé. Et ce froid polaire le torture toujours.

Noires sont les âmes perdues est un roman à l'ambiance sombre où l'apparition du fantastique n'apporte pas comme d'habitude l'évasion, mais au contraire souligne la noirceur et le chaos ambiant. La plume d'Oriane Dardres est très visuelle et son récit nous immerge dès le premier chapitre. Le Paris d'après-guerre devient presque un personnage à part entière, avec sa fresque sociale réaliste. C'est le fantastique au service d'un récit contemporain et historique.

J'ai beaucoup apprécié ce récit et l'audio lui rend justice, même si j'ai toujours la même réserve vis à vis de la narratrice Adelaïde Poulard. Pour la narration et les voix de femmes elle est parfaite, en revanche son interprétation des voix masculines me fait grincer des dents. Cependant l'attrait du récit d'Oriane Dardres nous replonge immédiatement dans l'ambiance adéquate et le plaisir revient.



lundi 18 novembre 2024

LE FAMILIER de Leigh Bardugo

 


Éditions SABRAN
De Saxus
448 pages
19,90 euros




L'avis express de Dup sur Le familier de Leigh Bardugo

Une fantasy historique efficace que j'ai bien appréciée.


L'AVIS DE DUP



J'ai été une fan absolue du grishaverse avec la trilogie Grisha, mais aussi la duologie Six of crows ont été de formidables coups de cœur. Puis beaucoup moins fan de sa Neuvième maison qui m'a laissé sur le chemin du premier tome. J'ai donc longtemps hésité avant de postuler pour ce service presse, d'autant plus que la couverture écartait d'emblée un retour dans le grishaverse. Mais l'argument one-shot l'a emporté. 

Comme d'habitude, je n'ai pas lu le résumé... et me voilà embarquée dans de la fantasy historique. Chez moi, ça passe ou ça casse... et c'est passé. Ceci dit, vous pouvez le constater avec les cœurs ci-dessus, ce n'en est pas tout-à-fait un. J'ai apprécié l'aspect historique, apprécié la magie présentée par Leigh Bardugo, même s'il faut passer les 200 premières pages pour la voir exploser, et c'est là que le bât blesse, c'est long 200 pages sur 450 comme "introduction". Non, je suis sévère, il y a bien plus que de l'introduction, mais bon sang, connaissant Leigh Bardugo, on se demande à chaque page quand ça va exploser.

L'autrice nous plonge en Espagne, au XVIe siècle, en plein boum de l'Inquisition. Luzia est une convertie qui fait semblant, comme beaucoup d'autres et reste profondément judaïsante. Mais c'est une très bonne actrice qui ne sera jamais jugée pour ça, juste qu'elle sait qu'elle a cette épée de Damoclès au dessus de la tête en permanence. Même si son simple statut de servante, d'esclave je dirai presque, ne risque guère d'intéresser quiconque...

Mais Luzia a un fort caractère et à force d'être humiliée par Valentina Ordono sa maîtresse, elle laisse échapper son pouvoir qui s'apparente alors à de petits miracles. Cette dernière se saisit de l'opportunité pour essayer de briller en société en l'exhibant. Luzia va attirer l'attention de requins bien plus gros qui vont chercher à l'exploiter pour obtenir les faveurs du roi Philippe, "l'autrichien".

Le contexte historique est fort bien campé et a sans nul doute dû nécessiter beaucoup de recherches, mais je ne suis pas la cible pour juger. L'ambiance est délétère, l'armada espagnole vient de subir un sacré revers contre l'Angleterre et l'Espagne peine à se relever. L'inquisition bat son plein et rajoute à l'insécurité.

Côté magie, comme je le disais, pendant presque 200 pages on assiste à des petits tours de prestidigitation de Luzia. Jusqu'à ce qu'elle soit parrainée par un des requins, Victor de Paredes, et qu'elle rencontre le Familier de celui-ci : Santangel, dit "el alacran" : le scorpion. Leur deux magies vont entrer en résonance et se renforcer tandis que Santangel est chargé de la former pour des épreuves qui se dérouleront devant le roi. 

Ce sera une compétition, il y aura d'autres "magiciens" présentés par d'autres requins, et Leigh Bardugo va s'en donner à coeur joie. J'ai adoré cette véritable explosion des différentes magies exposées, cette guerre de pouvoir, avec toujours l'inquisition censée vérifier que ces pouvoirs sont divins et non malins...

Une légère romance s'installe entre Luzia et Santangel, mais elle est loin de prendre le pas sur l'histoire que nous déroule l'autrice. Si je n'en fais pas un coup de cœur, c'est aussi parce que je n'ai pas développé beaucoup d'empathie pour le personnage principal de Luzia, Santangel est légèrement en retrait. Même si j'ai énormément apprécié leurs histoires personnelles, leurs magies, déjà j'ai préféré ce Familier. Mais mon allégeance est allée plutôt sur le parcours chaotique et ô combien douloureux de Valentina, assister à son réveil, à l'éclosion tardive de cette femme. Une révolution féministe au XVIe siècle, on en rencontre peu et cela méritait d'être relevé.

Le familier est un roman qui mérite d'être lu, instructif par son côté historique, jouissif lorsque Leigh Bardugo laisse éclater son talent de magicienne. Il faut juste être patient somme toute. 



jeudi 21 mars 2024

PEINES DE MOTS PERDUS de Jean-Laurent Del Socorro

 


Éditions Argyll
304 pages
21,90 euros




L'avis express de Dup sur Peines de mots perdus de Jean-Laurent Del Socorro

Un roman de cape-et-d'épée composé de trois grosses nouvelles vives et entraînantes.

L'AVIS DE DUP



Sachant que ce nouveau roman de Jean-Laurent Del Socorro se situait dans l'univers de Un royaume de vent et de colères que j'avais beaucoup aimé, de Du roi je serai l'assassin que j'avais adoré (et de La guerre des trois rois que je n'ai toujours pas lu), je ne pouvais que me précipiter sur cette sortie.

Peines de mots perdus fait référence à l'oeuvre Peines d'amours perdus de William Shakespeare que nous croiserons dans ce roman. L'oeuvre aussi bien que le personnage. Et des personnages célèbres, historiques, nous en croiserons plus d'un, insérés intelligemment, ils s'intègrent parfaitement au récit. 

Cette fois-ci, l'auteur se concentre sur Axelle, l'une des cinq personnages clé du Royaume de vent et de colères. On croisera Gabriel, par la force des choses puisqu'il sera adopté par Axelle, mais il ne fera que de brèves apparitions ici. Axelle que l'on va suivre dans trois périodes de sa vie : 1593, 1603 et 1621. En effet, le roman se découpe en trois actes, séparés par des entractes, comme au théâtre. Un assemblage de trois grosses nouvelles somme toute.

Acte I : Axelle de Thorenc qui n'est au départ qu'une capitaine de mercenaires, de lansquenets plus exactement, est alors emprisonnée avec toute sa bande. Elle accepte une mission en Angleterre pour les sortir tous de ce faux pas. 

Acte II : Axelle est alors Chevalière de Saint-Germain, mais aussi aubergiste de "La roue de la fortune" avec son mari Gilles à Marseille. C'est encore la lieutenante des quarante-cinq, Agnès de Loignac, des affaires spéciales de Henri IV, qui va l'expédier à nouveau à Londres.

Acte III : Axelle a vieilli, ses enfants suivent leur route et Gilles vient de décéder. Elle tâchera de faire son deuil lors d'une troisième virée en Angleterre, cette fois-ci en compagnie d'Agnès.

Le fil rouge en sera ces missions concernant toujours des objets d'obsidienne contenant une magie occulte, l'artbon, conférant aux sorciers capables de la manipuler, un pouvoir terrifiant qui pourrait bien changer le cours de la guerre qui occupe alors les rois de part et d'autre de la Manche. 

Les trois histoires se déroulent à un rythme très rapide, un vrai cape-et-d'épée. Pas de temps mort, à peine le temps de creuser les sentiments et états d'âmes des personnages. Les dialogues sont vifs et entraînants. Les bastons à l'épée virevoltantes. Les déplacements bien souvent à cheval ou en calèche, toujours à tombeaux ouverts. Lorsqu'ils doivent être plus longs, comme la traversée de la Manche, alors ils ne prennent qu'un petit paragraphe. 

Peines de mots perdus est un roman divertissant, qui se lit très rapidement tant on est entraîné par son rythme endiablé. Il m'a cependant laissé sur ma faim, comme s'il me manquait quelque chose, un peu plus de profondeur dans les interactions entre tous les personnages qui participent aux missions aux côtés d'Axelle. "L'effet nouvelle" que je crains la plupart du temps. Jean-Laurent Del Socorro se rattrape côté profondeur cependant en publiant en fin d'ouvrage le pamphlet féministe d'une autrice anglaise Jane Anger, "Pour la protection des femmes". Jane, qu'il avait inclus dans les deux dernières histoires. 


Jean-Laurent Del Socorro sur Bookenstock :


jeudi 9 juin 2022

CELLE QUI DEVINT LE SOLEIL de Shelley Parker-Chan

 


Éditions Bragelonne
405 pages
25 euros
édition cartonnée





L'avis express de Dup sur Celle qui devint le soleil de Shelley Parker-Chan

Une fiction historique magistrale, légèrement teintée de fantasy.


L'AVIS DE DUP



Lorsque des brigands débarqués dans son village tuent son père et son frère, Zhu la petite paysanne destinée à RIEN comme l'a prédit l'oracle consulté récemment, décide de s'emparer de l'identité de son frère. Elle sera donc désormais Zhu Chongba, celui-ci était destiné à la grandeur, alors cette grandeur sera pour elle.

Zhu va d'abord rejoindre le monastère le plus proche de son village où elle saura se faire accepter à force de persévérance. Elle est fraîchement ordonnée moine lorsque son chemin croise pour la seconde fois Ouyang, le général eunuque de l'armée Yuan. Son action orientera le chemin de Zhu radicalement.

Les six-sept premiers chapitres ne concerneront que Zhu, même si on entrevoit rapidement les deux autres personnages principaux, Ouyang et Ma. Mais dès l'arrivée de Zhu à Anfeng, cité où se concentrent les Turbans rouges, noyau de la résistance, la narration va alterner entre ces trois personnages, le récit devient alors bien plus dynamique et j'ai alors complètement adhéré à l'histoire.

Nous sommes au XIVème siècle et la chine est dominée par les Yuan, ces mongols venus du nord. Le peuple, surtout celui du sud est opprimé et la révolte s'organise. L'autrice a choisi cette période qui correspond à l'ascension au pouvoir de Zhu Yuanzhang et l'avènement de la dynastie Ming. 

Transposer Zhu Yuanzhang en Zhu Chongba, et qui plus est une femme même si personne ne le sait (ou si peu), il fallait oser. Surtout dans un peuple où les traditions font que la femme n'est rien, tout juste une poule pondeuse devant fournir des descendants mâles. La vie de Ma que l'on découvre au fil des pages en est le parfait exemple. La relation qui s'installe entre ces deux femmes est complexe et passionnante.

Les différentes étapes de l'ascension de Zhu seront entremêlées au destin du Général Ouyang. J'ai adoré les passages le concernant, Shelley Parker-Chan décortiquant la psychologie complexe de ce personnage mutilé enfant, puni pour une faute de ses aïeux. Promu grâce à l'amitié du fils du Prince, celui-là même qui est à l'origine de la disgrâce de sa famille... Ouyang est partagé entre l'amour, la haine et la répulsion de sa condition.

Impossible de ne pas penser aux romans de G.G. Kay lorsque l'on lit ce roman de Shelley Parker-Chan. Ils sont de la même veine, de la puissante fiction historique légèrement teintée de fantasy. Une immense fresque centrée sur l'humain avec des personnages complexes et des destins glorieux. Mais là où elle se distingue nettement de Kay, c'est qu'elle explore à fond le thème du genre et de l'identité de genre de façon ambitieuse et assurément réussie.

Celle qui devint le soleil est une lecture puissante, profonde et prenante qui s'appuie sur des personnages extrêmement touchants que je ne suis pas prête d'oublier, avec en toile de fond l'ascension de la dynastie Ming. Une lecture que je conseille fortement !


D'autres avis chez: L'ours inculte, 

lundi 16 décembre 2019

JE SUIS FILLE DE RAGE de Jean-Laurent Del Socorro





Éditions Actusf
519 pages
23,90 euros





L'avis express de Dup sur Je suis fille de rage de Jean-Laurent Del Socorro


Énorme coup de coeur. Point.
Rien d'autre à dire !



L'AVIS DE DUP



Troisième roman de Jean-Laurent Del Socorro, troisième coup de coeur ! Et même si je ne sais toujours pas si c'est le C ou le R de son nom qu'il faut doubler, je sais que je lirai le suivant ! C'est un des rares auteurs, avec Guy Gavriel Kay, qui me fait aimer les romans historiques qu'habituellement je fuis.

Ce roman est parait-il un pavé... je ne sais pas, je ne l'ai pas encore vu en chair et en os en papier et carton comme annoncé, car lu dans sa version numérique. Et bien je peux vous dire qu'il ne m'a semblé nullement long. Découpé en grandes parties suivant les années qu'a duré ce conflit, j'ai été fort étonnée d'arriver aussi vite à la dernière, encore plus brève que les autres car elle ne concerne que la signature de l'armistice et l'assassinat de Lincoln.

La guerre de sécession donc. Vue de l'intérieur, avec ses dirigeants, ses têtes pensantes, ses acteurs de part et d'autre des lignes de front. Vue sur place aux abords des grandes villes, le long de ses rivières, dans les plaines ou les bayous. Dans la poussière ou la boue, dans le froid ou la chaleur écrasante. Les charniers qu'on piétine, les cris des blessés, les hurlements des agonisants. La guerre. D'un côté, le Nord, les Yankees, les Bleus. De l'autre, le Sud, les Dixies, les Gris. Et surtout, la remise en question de l'esclavage. Inutile de vous dire combien je suis crasse en Histoire (ceci explique cela)... j'ai donc appris beaucoup, beaucoup de choses, et ce de façon passionnante.

C'est un roman polyphonique, j'adore. Avec un système mnémotechnique adopté par l'auteur qui fonctionne à merveille. Une appellation de chaque personnage qui frappe, comme Le général qui ne comptait pas ses morts (Grant), La fille qui n'avait plus de père (Caroline), etc. Au premier coup d'oeil on sait si l'on a à faire avec un personnage du Nord ou du Sud grâce à un drapeau, et si l'action se situe à l'est ou à l'ouest. Jamais le lecteur n'est perdu.

C'est un roman qui mélange la narration à la première personne du singulier, la narration épistolaire, et les flashs news des journaux d'époque. J'adore.
C'est un roman qui mélange des récits historiques réels traduits et des récits imaginés, romancés. Avec des personnages féminins d'une trempe impressionnante, wow ! Mention spéciale pour Minuit, cette vieille esclave affranchie qui a pris le fusil. L'ensemble est touchant, émouvant et prend sérieusement aux tripes. J'ai adoré.

Une touche de fantasy, vraiment très légère, est apportée dans les chapitres concernant Abraham Lincoln dans son bureau de Washington, qui converse avec la Mort. Ce dernier personnage se charge de marquer sur la tapisserie des murs, un trait à la craie blanche pour chaque mort engendré par le conflit. Cette action renforce puissance mille l'horreur des batailles lues par ailleurs. De là à voir un clin d'oeil avec l'appellation "Maison Blanche", il n'y a qu'un pas ! J'ai adoré.

Bref en résumé, j'ai TOUT aimé dans Je suis fille de rage. TOUT. Ce fut une lecture intense, passionnante, instructive. Ne passez pas à côté de cette perle. Moi je vais tout faire pour me le procurer, car en plus je soupçonne la beauté de l'ouvrage quand je vois le Skin Trade de cette même collection Perles d'Épice.


Jean-Laurent Del Socorro sur Bookenstock :


jeudi 4 mai 2017

BOUDICCA de Jean-Laurent Del Socorro





Éditions ActuSF
280 pages
18 euros

4éme de couv :

Angleterre, an I. Après la Gaule, l’Empire romain entend se rendre maître de l’île de Bretagne. Pourtant la révolte gronde parmi les Celtes, avec à leur tête Boudicca, la chef du clan icène. Qui est cette reine qui va raser Londres et faire trembler l’empire des aigles jusqu’à Rome ? À la fois amante, mère et guerrière mais avant tout femme libre au destin tragique, Boudicca est la biographie historique et onirique de celle qui incarne aujourd’hui encore la révolte.


L'avis de Dup :

La sensation déjà ressentie dans Royaume de vent et de colères d'aller à l'essentiel est encore accentué dans ce nouveau roman de Jean-Laurent Del Socorro. Boudicca est un court récit, mais d'une densité incroyable. En moins de 240 pages l'auteur va nous conter la vie de Boudicca, cette reine celte qui a vécu de l'an 28 après J.C. à l'an 61. C'est donc en quelque sorte une biographie à peine teintée de Fantasy par le biais de quelques rêves mystiques.

Un roman dans lequel on s'immerge pleinement et rapidement. Boudicca donc, qui deviendra reine des Icènes à la mort de son père Antedios, un clan celte du sud de l'Angleterre. Une gamine qui aura souffert du désintérêt, voire du rejet de son père pour cette enfant qui lui a ravi sa femme. Une gamine qui pourtant n'aura de cesse de s'entraîner dur à la lance et au bouclier pour briller à ses yeux.

C'est le druide Prydain qui se chargera de son éducation, qui lui apprendra le pouvoir des mots qui restent si souvent coincés dans sa gorge, mais aussi le poids des silences. Elle acquièrera ses qualités de combattante grâce à Ysbal, la guerrière aux trois maris. Elle connaîtra l'amour avec Pratsutagos son mari et Jousse son amante.

Mais, de son premier rêve mystique au dernier, ce sera les romains qui impacteront sa vie, qui influenceront ses décisions. Elle subira le règne de Claudius, puis celui de Néron. Même si Boudicca est une reine guerrière, le récit de sa vie ne sera pas uniquement rempli de batailles et de combats. Alors que sa fierté en souffrira, elle saura faire des compromis, accepter des négociations et passer des accords avec ces maudits aigles. Elle constatera par elle même que ce mélange des civilisations apportera certains bienfaits à son peuple, comme exploiter la culture des céréales, comme le pavage des voies de circulation. Elle saura apprendre de ses victoires comme de ses défaites.

Boudicca est donc le portrait d'une femme forte, indépendante et fière, remplissant tour à tour son rôle d'épouse, de mère, de reine. Mais c'est aussi une peinture de cette civilisation celte du premier siècle de notre ère, avec ses croyances et ses mythes, avec en toile de fond l'empire romain et ses velléités expansionnistes. Bref c'est instructif en plus d'être passionnant. Tout cela servi par une écriture fluide et concise qui m'avait déjà conquise. Un bien agréable moment de lecture que je vous recommande bien sûr. 
Et puis, un peu comme une cerise sur le gâteau, cette couverture que l'on doit à Yana Moskaluk que j'aime beaucoup.





Hop ma première lecture pour le 4ème round !
Le "livre masculin" du Défi N°1

jeudi 16 juin 2016

LE SANG DES DIEUX ET DES ROIS de Eleanor Herman




Éditions Robert Laffont
Collection R
462 pages
17,90 euros



4ème de couv :

A 16 ans, Alexandre, héritier du trône de Macédoine, est en passe de découvrir son destin de conquérant, mais se trouve irrésistiblement attiré par une nouvelle venue... Katerina doit naviguer dans les eaux troubles des intrigues de cour tout en taisant sa mission secrète : tuer la reine. Mais c'est sans compter sur son premier amour... Jacob est prêt à tout sacrifier pour gagner le coeur de Katerina, même si cela signifie se mesurer à Hephestion, tueur sous la protection d'Alexandre. Et, par-delà les mers, Zofia, princesse persane fiancée à Alexandre sans l'avoir rencontré, désire changer sa destinée en partant en quête des légendaires et mortels Mangeurs d'Esprit.




L'avis de Dup :



Alexandre le Grand, la Macédoine, la Grèce antique, voilà qui fait rêver. Il n'en fallait pas plus pour que je me rue sur cette proposition de partenariat avec Babelio. Depuis que j'ai découvert les romans de fantasy historique, je ne me lasse pas d'en découvrir de nouveaux.

Néanmoins je dois dire que je ressors de cette lecture avec un avis un peu mitigé, alors même que la liste des points positifs est longue. Tout d'abord c'est un roman choral où l'auteur met en scène alternativem
ent et sans ordre sept personnages que nous suivons dans des chapitres qui leur sont consacrés. Quatre principaux : Alexandre, Hephestion son ami, Katerina et Zofia. Trois secondaires : Jacob, l'ami de Katerina, Cynané et Olympias respectivement la demi-sœur et la mère d'Alexandre.

J'adore ce type de roman, d'autant que l'auteur facilite la lecture en utilisant toujours la narration à la troisième personne. C'est censé augmenter le rythme de lecture car en quittant un personnage, on a hâte de le retrouver. Sauf que cela n'a absolument pas marché pour moi car je ne me suis attachée à aucun. Je les ai trouvé assez creux, aucun ne m'a fait vibrer. Très caricaturaux également, la palme revenant à la princesse Zofia, nièce du roi de Perse. Amoureuse d'un soldat, elle fuit le palais avec juste quelques bijoux lorsqu'on lui annonce ses fiançailles avec Alexandre de Macédoine. Zofia est la parfaite caricature de la niaiseuse, sans consistance à qui j'aurais volontiers donné quelques claques pour la faire réagir. Hormis son sursaut incarné par sa fuite, elle est d'une passivité... lassante.

Bon, c'est un roman jeunesse et ceci doit expliquer cela. Est-ce aussi pour cela que l'auteur a utilisé tout le long des diminutifs pour ses personnages ? Je ne sais pas, mais j'ai trouvé que des Alex, Kat, Heph et Zo ne collaient pas du tout avec l'ambiance antique et j'avoue que ce petit détail m'a beaucoup irrité.

L'intrigue est sympa même si j'en ai supputé très vite la chute et là encore je mettrai cela sur le compte de la jeunesse du public visé.

Passons aux points positifs tout de même ! L'époque choisie bien sûr et l'érudition de l'auteur dans ce domaine se sent nettement. Les descriptions des décors, des us et coutumes, de l'habillement des princes, des paysans en passant par les guerriers, la nourriture et le type de cuisine également différents selon les régions, tout cela est très intéressant. Et bien sûr les différents dieux et les croyances d'alors, le pouvoir des oracles... c'est tout simplement passionnant.

Fantasy oblige, la magie. Le Sang-serpent : La magie de l'esprit. Le Sang-terre : la magie du corps, ou bien encore le Sang-fumée... (et non, je n'en dévoilerai pas plus). Ce qui est dommage c'est que les explications des dites magies n'arrivent que vers la fin de cet opus.

De belles batailles, notamment la première d'Alexandre où l'on sent poindre le grand stratège de guerre qu'il deviendra. À noter également car c'est suffisamment rare, une belle participation féminine, et très originale d'ailleurs, lors de cette première bataille.

Un bestiaire imaginaire avec des hypothétiques pégases qui font rêver, mais un griffeux bien réel dans l'histoire : une sorte de panthère ailée, immense et sauvage qui terrorise et fait beaucoup moins rêver. Et, frissons garantis, une armée de scorpions et serpents associés !

Le sang des dieux et des rois est un livre qui se lit vite grâce à une écriture simple et efficace, mais qui n'a déclenché en moi aucune passion. Comme si l'auteur s'était efforcée d'appliquer une intrigue aux connaissances historiques qu'elle avait de cette période et de cette région. Puis efforcée une fois encore de rendre cette histoire plus adaptée à la jeunesse. Du coup j'ai ressenti comme un décalage, quelque chose de faux et qui ne coulait pas de source. Ceci dit c'était intéressant et je ne regrette en rien ma lecture. A noter également la couverture magnifique de cet ouvrage que je trouve insolite et très adaptée.





mardi 2 février 2016

LES CHEVAUX CÉLESTES de Guy Gavriel Kay




L'Atalante Éditions
649 pages
27 euros


Résumé :





Pendant deux ans, au cœur des montagnes entourant le lac Kuala Nor, loin à l’ouest de la cité impériale, et même au-delà des frontières de l’empire de la Kitai, le jeune Shen Tai, seul au fond d’une cabane isolée, a écouté, dans l’air dur et froid des nuits de lune et des nuits noires, les voix des fantômes des soldats morts pendant la violente bataille qui s’est déroulée à cet endroit. Afin d’honorer la mémoire de son père, le général Shen Gao, qui était à la tête des soldats de l’empire, c’est en ces lieux maudits qu’il s’est voué corps et âme à la pénible tâche d’enterrer les os de tous les combattants.
Alors que Tai prépare son retour vers la cité impériale et la cour, tout aussi dangereuse que magnifique, de Taizu, l’Empereur de la Kitai, un émissaire de l’empire Tagur, la nation rivale, lui apporte une nouvelle surprenante : Chen-Wan, l’une des épouses de Sangrama le Lion, empereur du Tagur, lui a offert, pour le remercier de sa tâche, un présent. Or, celui-ci est d’une telle ampleur qu’il peut changer le visage même de l’empire de la Kitai… ou mener Tai à une mort certaine.



L'avis de Dup :

L'auteur nous plonge dans un empire imaginaire, la Kitai, dans laquelle on reconnait aisément la Chine antique alors à l'apogée de son rayonnement. Les spécialistes vous diront que cela correspond à l'époque de la dynastie Tang, donc de 618 à 907. Un monde où tout n'est que ravissement, où culture et art rivalisent de préciosité. Un monde où la poésie est un art de vivre à part entière et Guy Gavriel Kay retranscrit cela à merveille. Ce roman est une ode à la poésie, qui se fait subtile, toujours nuancée, parfois sournoise. Parce qu'à l'époque, il fallait savoir peser ses mots sous peine d'être mal vu, voire même tout bonnement décapité. C'est qu'ils ont le sabre facile !

Nous suivons Shen Tai, fils de l'honorable général Shen Gao qui doit arrêter ses études suite au décès de son père pour accomplir deux ans de deuil rituel. Pour honorer la mémoire de son père, il se retire dans le sud-ouest de la Kitai, dans les montagnes, près du lac Kuala Nor, lieu historique de batailles acharnées entre la Kitai et son voisin ennemi. Pendant deux ans il va enterrer les milliers de morts laissés là, à l'abandon. Sa tâche va susciter bien des émois de part et d'autre de la frontière proche, et notamment un cadeau disproportionné de la part d'une princesse étrangère : un lot de deux cent cinquante chevaux sardiens. Cadeau empoisonné s'il en est car Shen Tai va devenir le centre d'intérêt de toute la Kitai. En effet, ces chevaux célestes sont vénérés mais peu nombreux dans l'Empire.

Ce cadeau va entraîner Shen Tai dans une cascade d'événements qui va bouleverser son destin, mais également celui de l'Empire tout entier. C'est passionnant et instructif car tout fictif que puisse être cet Empire, l'auteur s'est appuyé sur des bases historiques réelles que l'on voit se dérouler sous nos yeux. L'aspect Fantasy est là, bien sûr, mais de façon très discrète, en s'appuyant sur les mythes et légendes des voisins de la Kitai, des peuples du nord habitants au-delà de la Grande Muraille. Entre les rites chamaniques et la magie, la frontière est floue et laissée à notre appréciation.

Il va sans dire que comme toujours avec cet auteur, les personnages de Shen Tai et tous ceux qui gravitent autour de lui sont ciselés à la perfection et nous entraînent avec force dans ce récit. Si Shen Tai est plus passif, impuissant devant l'avalanche des événements historiques, sa petite soeur Li-Mei va elle se battre pour faire ployer son destin. Même si mon cœur reste accroché aux Lions d'Al-Rassan que je classe en tête de mon top GGK, Les chevaux célestes sont un coup de coeur aussi.  Apprendre ou réviser l'Histoire avec Guy Gavriel Kay comme professeur est inscrit au programme dupinien pour les années à venir... 


 Guy Gavriel KAY sur Bookenstock :





Et je suis un peu à la bourre pour le challenge de Licorne !
Je vais tâcher de rattraper mon retard... ce qui signifie quelques chroniques de Fantasy à venir :))





mardi 12 février 2013

ROSE MORTE de Céline Landressie




Tome 1 : LA FLORAISON


Editions L'Homme Sans Nom
480 pages
19,90 euros


4ème de couv :

France, fin du xvie siècle. 
C’est dans ce pays en proie à de terribles dissensions religieuses que se réfugient les Greer, fuyant l’Angleterre élisabéthaine. Eileen, seule enfant du comte, est une jeune femme vive et de caractère. Mais son âge avance, et son père la met au pied du mur : elle doit se marier.
Et c’est en faisant tout pour éviter cette terrible obligation à l’aide de sa fidèle amie Charlotte que Rose fera connaissance d'Artus de Janlys.
Le séduisant et mystérieux comte l’entraînera dans un univers dont elle ne soupçonnait pas l’existence, où les crimes terribles qui secouent Paris trouveront une explication apparemment inconcevable, mais bel et bien réelle...


L'avis de Dup :

Il est des livres dont on espère ne jamais atteindre la dernière ligne. Rose Morte en fait partie. C'est pourtant avec avidité qu'on en parcourt les pages, avançant sans cesse, aspiré par ce récit hypnotique.

Il est des récits qui jamais ne quittent définitivement notre esprit, et nul doute que l'histoire de lady Rose restera imprimé au fond de moi. J'ai vécu à ses côtés presque quarante huit heures en apnée,  partageant tout, espérant même secrètement prendre sa place. Oui moi, malgré mon âge avancé... Comment ne pas rêver se plonger dans un regard comme celui-ci ?

Il y avait dans ses iris un étrange chatoiement, une sorte de lent miroitement donnant l'impression saisissante qu'ils étaient en mouvement. Comme si elle eût contemplé la surface d'un lac caressé par la brise. Un lac de montagne, au printemps, qui refléterait les verts pâturages alentours. Un lac isolé où seuls viendraient boire les loups à la nuit tombée... Un lac serein. Insondable. Éternel...

Ce récit se passe en 1598. Henri IV, la ligue catholique, l'Edit de Nantes... récit historique donc, d'une époque troublée de notre Histoire avec un grand H que j'aime beaucoup. Eileen Greer, "Rose" pour ses amis, vit depuis bientôt trente ans en Normandie, depuis sa plus tendre enfance. Ses parents se sont exilés d'Angleterre, abandonnant terres et titres pour fuir la "putain hérétique", Elizabeth, comme beaucoup de catholiques. Ces querelles religieuses passent bien au-dessus de la tête d'Eileen, dont la principale préoccupation est d'établir une stratégie afin d'éviter un énième mariage que lui impose son père bien aimé. Aidée en cela par son amie Charlotte, qui va lui "ravir" son promis comme prévu, lors du bal de présentation. Et c'est à cette occasion qu'elle va faire la connaissance du Conte de Janlys, Artus de son prénom.

Artus c'est le charme personnifié, la beauté mâle parfaite, des yeux, mmmh... ah oui, je vous en ai déjà parlé. Un charisme à toute épreuve, un charme irrésistible, un ... je pourrai en remplir des pages ! Mais moi quand je le dis, cela fait tout de suite niais, midinette aux hormones en ébullition. Alors que sous la plume de Céline Landressie je vous promets que l'alchimie fonctionne. Il suffit de relire le passage cité plus haut. Et c'est toujours par petites touches, que l'on découvre Artus. En résumé, un beau brun ténébreux. Et retenez bien ce dernier adjectif, car avec lui, l'auteur va faire basculer son récit dans le fantastique. 

Et je n'en dirai pas plus. Oui, je sais, c'est frustrant. Mais en aucun cas je ne voudrai spoiler ce merveilleux roman. Je veux vous laisser découvrir ce monde créé par l'auteur, que vous restiez ahurie comme moi devant sa richesse imaginative. Ce récit, servi par une plume plus qu'agréable, offre tous les ingrédients pour plaire : des meurtres, une vengeance, de la séduction, de la passion flirtant parfois avec de la haine, de l'action, beaucoup d'action. Oui, j'ai TOUT aimé.

Il est des livres qu'il faut lire, celui ci en fait partie.